person:marie zimmermann

  • Un texte qui fait énormément de bien par les temps qui courent
    Camarades féministes, je vous rends hommage | A contrario
    http://www.acontrario.net/2013/04/06/camarades-feministes-je-vous-rends-hommage

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    Camarades féministes, je vous rends hommage
    Gaelle-Marie Zimmermann | 6 avril 2013 | 1 réaction

    way-to-feminismImaginez un groupe de gens : vous pouvez choisir le contexte social et affectif qui vous « parle » le mieux, peu importe, car on dégagera des constantes comportementales collectives indépendantes de la CSP et du type de groupe.

    Imaginez donc, à votre guise, une famille, un groupe de collègues, de potes, des couples, des forums, des sites, des blogs, une émission de télé, de radio, un repas entre amis, bref des assemblées diverses, officielles ou non, IRL ou virtuelles.

    Visualisez une femme ou plusieurs dans ce groupe donné. Vous y êtes ? ok. Maintenant, visualisez-la dans trois situations précises de prise de parole, que cette parole soit orale et physiquement adressée au groupe ou écrite et mise en ligne face à ce groupe :
    – Elle est en train de contrer un argument qui lui paraît sexiste
    – Elle défend un argument féministe
    – Elle dit simplement « Je suis féministe »

    Ce n’est plus une femme : c’est une emmerdeuse. Elle n’est pas drôle (ou ne l’est plus). Elle est « lourde ». Elle est hystérique. Elle a besoin d’un bon coup de bite. Elle saoule. Sérieux, elle saoule, quoi.

    Il y a peu, j’écrivais que pour briser les codes sociaux, quels qu’ils soient, il faut avoir du courage. Je le réaffirme aujourd’hui, sans qu’il ne soit pour autant question de nous décerner des médailles, mais toute personne qui a un jour élevé la voix contre un ordre établi sait de quoi je parle.

    Briser les codes (et pas uniquement sur le web hein, on parle ici des luttes 2.0 ET des luttes de terrain, bien que le web soit lui aussi une forme de « terrain ») demande de la volonté, du cran, un mental d’acier, et de l’endurance.

    Cela demande aussi la force d’assumer le regard des autres, très majoritairement négatif. Oui, négatif. Le soutien militant en interne ne compense pas la violence du rejet global.

    Briser les codes, lutter, militer au quotidien, ça demande également de la force. Celle d’accepter que notre entourage proche, notre famille, nos collègues, nos enfants, nos amis, ne comprennent pas forcément ce qui nous pousse à refuser de nous taire, et ce qui fait de nous une personne aussi « chiante » et « pénible ».

    Mais ça exige surtout, et c’est là qu’on a besoin d’être, à l’intérieur de soi, d’une solidité à toute épreuve, l’audace de l’indifférence absolue à l’opinion d’autrui tout en étant capable d’aller interpeler cette opinion rétive au changement. Être féministe n’est pas une posture passive, mais un choix de poser des actes quotidiens, au détriment de la récompense sociale que constitution l’approbation des autres.

    Car briser les codes, c’est renoncer définitivement à chercher cette approbation, et accepter une fois pour toutes qu’il faut en avoir bien fini avec la démarche de réassurance narcissique, car elle ne viendra jamais du militantisme. Celle ou celui qui vous affirme que militer est une forme de narcissisme est probablement quelqu’un qui se contente de s’écouter parler face à une assemblée préalablement acquise à sa cause et à sa petite personne, et qui n’a jamais retroussé ses manches pour aller s’exprimer et lutter dans le vrai monde, celui qui n’est ni réceptif ni bien disposé à l’égard de l’égalité totale (ou, comme le prétendent nos détracteurs, du « totalitarisme égalitaire »).

    Être féministe, c’est aussi l’assurance de passer pour une salope, une conne, une hystérique, une pouffiasse, une mal baisée, une emmerdeuse, une fille qui n’a pas d’humour, une mauvaise mère, une mauvaise épouse, une mauvaise travailleuse, une personne « pas corpo », une empêcheuse de régner en rond, une femme qui ne « comprend pas », qui « devrait arrêter », qui ‘exagère », qui « voit le mal partout », qui « veut se rendre intéressante », qui « cherche la merde ».

    C’est remettre cent fois son ouvrage sur le métier en sachant parfaitement que viendront, toujours, et très très vite, les insultes, les menaces, le discrédit, l’incompréhension, le mépris, le rejet, la violence et la hargne.

    #féminisme

    • Je pense très sincèrement que j’ai perdu beaucoup d’amis à cause de cet engagement. Je me souviens encore du jour où, passant chez un ami, sa nouvelle compagne m’a accueillie par un très glacial : « tu ne vas pas nous faire chier avec tes conneries féministes ». #ambiance
      Et assez rapidement par la suite, je suis devenue assez franchement indésirable. Je ne parle pourtant pas que de ça. J’ai aussi de belles envolées sur le capitalisme (au sujet duquel, il est bien plus facile de trouver des oreilles attentives), les gosses, le temps qui passe, la montagne, le vélo ou même le temps qu’il fait et qu’il devrait faire...
      Mais bizarrement de tous les sujets de conversation qui sont récurrents chez moi, c’est bien celui qui rencontre le plus d’hostilité, de résistance, voire de rejet et à propos duquel on se permet des attitudes et des réflexions que je n’ai même pas vues envers des fafs.
      Si j’étais psychanalyste, je dirais qu’on est tombé sur un bon gros noyau de résistance.

    • @bp314 : ce que tu dis me fait tousser. Tu ne peux pas ramener le féminisme à ça !!!

      Certes je suis le premier à contester quand on place la domination masculine à le genèse de tous les problèmes du monde, et qu’on explique que le capitalisme n’est qu’une conséquence annexe du patriarcat. Parce que ça laisserait entendre qu’il suffirait à l’humanité de se débarrasser des mâles pour vivre dans le meilleur des mondes. Et ça laisserait entendre aussi que les femmes auraient toujours été étouffées par la culture patriarcale et n’auraient jamais pu avoir la moindre influence positive sur le monde jusqu’à aujourd’hui. Je le vis comme une victimisation excessive des femmes, qui se dédouaneraient un peu trop vite de leur co-responsabilité vis à vis de l’état actuel du monde, et une lecture affreusement sexiste.
      Moi, à cause de mes gamète, je serais intrinsèquement un mâle dominateur, de façon innée ou acquise, car ma masculinité me priverait de défense immunitaire contre le virus de la pensée patriarcale ? Cette généralisation, tout comme le fait de réduire mon identité à mon genre me fait bondir.
      Voilà pourquoi je me prends la tête avec des féministes. Je me sens moi-même féministe, mais je suis hyper-sensible sur certaines nuances du discours.. (et ça peut parasiter les autres aspects dérangeants et classiques du féminisme comme décrit par Gaelle Marie Zimmerman)

    • @petit_ecran je ne voie pas le commentaire de @bp314, peut etre que je comprend mal, mais dans ta reponse beaucoup de choses me posent problemel. c’est toi qui glisse de patriarcat à tous les mâles. Les feministes ne veulent pas d’un monde sans hommes, merci de ne pas fantasmer n’importe quoi.
      Dénoncer la culture partiarcale ce n’est ni s’en prendre aux hommes, ni prétendre qu’individuellement des femmes aient puent malgrès cette culture avouer de l’influence. Victimisation c’est vraiment encore un mot problématique. Dans une société patriarcale les femmes son victime de discrimination en général, individuellement certaines femmes ne sont pas victime. Dans une culture patriarcale, les hommes sont généralement les bénéficiaires d’ aventages liés à leur sexe ( les dominants), mais individuellement certains hommes peuvent souffrir de discrimination (ceux qui je sont pas cis genre qui sont féminisé d’une manière ou d’une autre).

      C’est exactement comme pour le racisme, est-ce que tu répond aux militants contre le racisme qu’il existe un racisme anti-blanc et que lutter contre la discrimination des noirs c’est vouloir un monde sans blancs ? J’espère que non. Si tu es blanc, même si tu compatir avec les discriminations que subissent les noirs, tu fait partie du groupe privilégié, tu aura moins de problèmes pour avoir un logement par exemple, ça fait de toi un dominant, que tu te serve de ce pouvoir ou non, c’est un pouvoir que tu as le choix de refuser, contrairement au groupe dominé ou discriminé.

      Après que tu le veuille ou non, comme tu est un homme, tu bénéfice des aventages de ton sexe, pas de salaire inférieur, pas de mains au fesses dans les transports publics, pas d’injonctions à enfanter aussi forte que pour les femmes, pas d’injonctions perpétuelles sur ta minceur ou la sexualisation de ta tenue vestimentaire, être écouté dans une assemblée... Ce n’est pas des privilèges que tu a réclamé ou revendiquer, mais tu en bénéficie quant même.

    • @mad_meg : effectivement le commentaire de bp314 a disparu. Dans mon souvenir il disait que pour lui le féminisme n’était qu’une diversion, pour nous diviser et nous détourner du vrai problème qu’est la lutte des classes, ce qui m’a fait tousser.
      Mon propos visait au contraire à défendre l’idée que ces deux causes sont tout sauf en concurrence, et vouloir les hiérarchiser (dans un sens ou dans l’autre) ne mène à rien.
      Pour ta comparaison avec le racisme, oui, je m’opposerais à quiconque prétend que c’est avoir la peau blanche qui fait de nous des racistes, parce qu’on serait né dans le camp des dominants et que le fait de bénéficier automatiquement d’avantages, de privilèges (*) si tu veux, liés à notre identité de dominants nous rendrait intellectuellement incapable de nous opposer à l’idéologie raciste (je l’ai entendu sur le féminisme : je ne peux pas être féministe puisque je suis un mec, ma pensée est forcément corrompue par le luxe patriarcal, tout comme on m’a asséné une autre fois que je ne pouvais pas être marxiste vu que je n’étais pas ouvrier).
      Ne me fais pas dire que j’utilise le racisme anti-blanc pour affaiblir la cause anti-raciste, ni que j’agite l’épouvantail du matriarcat pour préserver la suprématie du patriarcat. Je considère simplement que pour être efficace, une lutte doit toujours veiller à rester lucide et précise, sinon on fournit des munitions à l’adversaire..
      Le sujet initial du post était l’antipathie que peuvent susciter les féministes. En rebondissant sur la position de bp314, j’expliquais quelles étaient pour moi les sources de conflit avec certaines féministes.

      * pour moi pouvoir monter dans un bus sans subir d’attouchements sexuels n’a rien d’un privilège, c’est juste un droit fondamental, on est bien d’accord :-)

    • @petit_ecran
      tu ne comprend pas l’exemple des attouchement dans le bus. Tu dit que c’est un droit fondamental, on est bien d’accord, mais ce que je veux dire c’est que les hommes n’ont pas à se battre pour ce droit fondamentale, c’est ce qui fait d’eux des privilégies. Pour toi c’est normal de prendre le bus sans te faire harceler sexuellement, mais d’un point de vue féminin, c’est un privilège qui n’est pas accordé aux femmes. Tant qu’une femme (et d’autres après) ne t’as pas raconté le harcèlement dans le bus, tu ne peut pas en avoir conscience* et la conscience que tu en aura sera celle du récit d’une autre, pas une expérience vécu dans ta chaire. Tu trouve normal ce qui est en fait un privilège du point de vue sexuel, c’est dans ce sens que je prennait cet exemple.

      Le parallèle que je fait avec le racisme, c’est que je suis blanche, et j’essaye tant que je peu de ne pas avoir de comportement ou de propos raciste ni de faire de white-splanning. Sauf que comme je suis blanche, je ne vie pas la discrimination raciale dans ma chaire, je n’en sais que ce qu’on m’aura dit (compatir n’est pas pâtir) et même si je ne cherche pas les avantages liées à ma blancheur de peau, je profite de ces avantages sans m’en rendre compte, que je le veuille ou non. Par exemple je suis peu contrôlé par la police, c’est un avantage, un privilège de ma blancheur. Ca ne fait pas de moi une oppresseuse, ni une raciste, mais ca fait de moi un membre du groupe dominant du point de vue racial. Même avec toute la bonne volonté du monde je ne serais jamais ce que ca fait d’être noire et je ne peut pas prétendre à la même légitimité (à cause de mon manque d’expérience vécu) pour parlé de racisme qu’une personne qui le vit au quotidien. Plusieurs mouvements antiracistes se sont plein de se faire confisqué la parole par les blancs, les blancs sont plus habitués a parlé en public et plus écouté que les noirs, le parallèle avec le féminisme est ici assez évident il me semble. Dans les groupes féministes le problème est le même, les hommes féministes monopolisent la parole sans s’en rendre compte, tout comme les blancs dans les asso anti-racistes.

      Quant à la hiérarchisation des luttes, je renverrai à Angela Davis qui a bien compris a quel point les différents systèmes de dominations sont interdépendants et interconnectés.
      http://lmsi.net/Touche-pas-a-notre-Angela
      (Comme par hasard la lutte qu’on oublie de cité chez Mme Davis, c’est le féminisme.)

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      sinon pour revenir au texte de Zimmerman, elle dit dans les commentaires que cet article vise à encourager les féministes qui en ont pris plein la gueule cette semaine. Or je n’ai ni la TV, ni fesse-bouc, ni twiiter et je suis largué sur ce coup là. Pourquoi c’est pire cette semaine ? Qu’est ce que j’ai raté ? Si une bonne âme veut bien m’expliquer ou me donner les liens qui vont bien, je suis preneuse.

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      *peut être que tu avais déjà remarqué mais généralement les harceleur le font discrètement et la « surprise » général auquel j’ai assisté cet été quant le harcèlement de rue a été médiatisé était assez parlante. Plein de mecs ont dit « mais je savais pas ! » tout comme plein de geeks ont dit « mais je savais pas » après l’article de @mar_lard par exemple.

    • @mad_meg : ok, je comprends mieux en quoi on peut reprocher au mâle blanc de faire de l’ombre aux noirs ou aux femmes, quand il veut jouer les sauveurs charitables en exploitant ses réflexes de dominateur expérimenté, au lieu de les laisser s’affirmer et s’exprimer.
      J’espère que les tartines que je mets volontiers sur seenthis ne me font pas passer pour un de ceux là :-)
      En ce qui me concerne, tous les sujets qui touchent à l’humain me passionnent et je m’y implique avec autant de passion et de sincérité, sans distinction ni hiérarchie. Je serais bien déçu d’apprendre que je suis en proie à une déformation masculine...

    • @petit_ecran, pas de soucis pour la discussion, pour le moment tout va bien et puis j’aime bien discuter avec toi, c’est pas la première fois qu’on échange sur le sujet. ^^ Si il faut un jour que je te traite de machiste ne t’inquiète pas je ne prendrait pas de gants :p

      J’ai quant même encore un truc à dire, mais croire que tu es à l’abri d’une déformation andocentré (masculine), ou ethnocentrée (occidentale) ou éventuellement hétérocentrée (si tu es hétéro), ou anthropocentrée ou tout autre centrée que tu voudra, je trouve ca un peu naïf ou c’est le signe d’un certain aveuglement. Même si l’empathie et l’imagination sont très fort, on ne peut pas sortir totalement de sa propre perception qui est forcement déformante. C’est pas marrant mais il faut l’accepter je pense. C’est un paradoxe pas si insoluble quant on est de bonne volonté, il suffit juste de la garder à disposition dans un coin de sa tête pour savoir d’où tu parle (ici pour toi du groupe dominant-masculin) et à qui tu parle (ici à des militantes qui se font traité de tous les noms à tout bout de champs et donc plutôt sur la défensive et assez peu patientes avec les membres du groupe dominant-masculin). Dire que tu est membre du groupe dominant ne fait pas de toi un dominateur, mais ca fait de toi une personne avantagée. Tu serais dominateur si tu niait tes privilèges et si tu t’en servait pour discriminé les autres groupes ou si tu voulait privé l’autre groupe des avantages dont tu bénéficie. Ce qui ne semble pas être le cas pour toi.
      Voie tu la différence entre dominant et dominateur ? Je pense (ou j’espère) que c’est ce que voulait te dire les féministes qui t’on enervé.

    • @tanxxx : tu nous dis si ça floode :-)

      @mad_meg : heureux de poursuivre la réflexion, donc. Je suis conscient de mes « filtres » liés à mon profil biologique et social. Et je suis heureux à chaque fois que je lis quelque chose qui élargit mon regard, modifie mon point de vue, et c’est pourquoi j’apprécie la plupart des réflexions féministes, sur seenthis ou ailleurs.

      Ce qui m’agace, ce sont diverses petites choses qui à mon sens nuisent à la cause féministe, car elles amplifient les résistances au changement au lieu de les effacer.
      Ce sont les procès d’intention, les interprétations, qui ramène le genre des débatteurs au centre du débat alors que le principe du débat c’est d’essayer de convaincre par les arguments, pas par le discrédit de tes contradicteurs. Ce sont des coups bas dans lesquels le féminisme est galvaudé.
      C’est aussi des histoires de posture, et le rejet de la tentation de ne plus voir le monde qu’au travers du prisme féministe. Un exemple : je dénonce les mecs qui vont en haut des grues pour récupérer la garde de leur gamin, car c’est pour moi une posture victimaire malhonnête et néfaste pour la cause féministe. Mais je ne partage pas l’analyse de ceux qui disent que ces mecs ont une attitude patriarcale, que les caprices d’enfants gatés seraient une corruption patriarcale. Ils ont juste une attitude d’enfant gâté, et les attitudes d’enfant gâté, ce n’est pas le fruit d’une éducation, c’est justement ce qui précède l’éducation. Là où ça touche au féminisme, c’est juste parce que le mec dans son caprice instrumentalise le féminisme pour se poser en victime et asseoir son caprice. Mais le fond de l’affaire n’est pas un sujet typiquement féministe

      Je me bagarre contre la tendance à sexuer les problèmes, les injustices. L’acte de prédation n’est pas typiquement masculin. Il est beaucoup plus répandu chez les hommes, c’est sûr, mais c’est un problème humain. Quand une femme vole un bébé dans une clinique, on ne peut pas mettre ça sur le compte de l’influence patriarcale. Quand Balavoine chante « je vais tout casser », il ne se comporte pas en petit propriétaire mâle de son fils, mais en petit propriétaire tout court.

      En gros, je suis pour un féminisme qui accepte les asymétries de départ, réelles ou supposées, pour les rectifier et ne pas rester bloqués dessus, et qui lutte contre les biais psychologiques qui permettent aux uns de vivre aux dépens des autres, plutôt qu’un féminisme qui se casse les dents pour tenter de démontrer qu’hommes et femmes sont parfaitement identiques mais que les hommes sont les porteurs sains d’un virus malfaisant, l’idéologie patriarcale, qui anéantit les femmes et nous prive donc du meilleur des mondes... Car dans cette deuxième vision, cette vision binaire qui semble faire de l’homme et de la femme respectivement un coupable et une victime éternelle, j’y vois un fatalisme triste, celui d’un féminisme résigné, où la femme entretiendrait par une addiction à des combats symboliques son statut enviable de victime, où elle se complairait dans le fait d’avoir le beau rôle, celui de martyre des prédateurs masculins.

      Bref, il s’agit avant tout d’ouvrir les yeux aux uns et aux autres, et en se braquant les uns les autres on ne fait que perdre du temps...

    • trop long. je réponds pas. mais sur le refus de « sexuer les problèmes » j’en reste complètement COITE. Le viol ne serait pas subit prinipicalement pas des femmes ? les femmes ne subiraient donc pas pour la majoriuté les violences conjugales ? les femmes donc ne seraient pas payée 28Ù de moins que les homes en moyenne, etc ? Si ça s’appelle féminisme, c’est qu’il y a une raison PRECISE à ça.

    • Reprocher aux dominés d’avoir une attitude de dominé est quelque peu gonflé. Ou en tout cas, c’est faire preuve d’un manque de tolérance et d’empathie pénible.

      Z’allez me dire, mais de quoi y cause et quel rapport avec la choucroute ?

      Je cause de cette façon de dire « tout de même, cette cause est bien trop noble pour se laisser aller à utiliser tel langage, telle attitude ».

      Vous commencez à voir où je veux en venir ? Sans doute pas. Mais je continue.

      C’est par exemple cette façon que Politis parfois a de saper les saines révoltes en évoquant « un registre de langage que l’on n’approuve pas ». C’est à peu près ce que Denis Sieffert utilise comme expression pour condamner l’air de rien les discours parfois un peu emportés de certains gauchistes. Et tenter de rester « au dessus de la mélée, nous on est des gauchistes respectables ».

      Quand les choses sont révoltantes, on se révolte et c’est tout à fait respectable !

      Et ceux qui ne comprennent pas cette révolte devraient se poser la question de leur incompréhension plutôt que de la saper en la condamnant d’office d’un « le débat est impossible, vous êtes hystérique ».

    • @Tanxxx : mea culpa, j’ai été imprécis, je pensais écrire « sexuer TOUS les problèmes ». Bien évidemment il existe énormément de problèmes liés au genre, et quasiment tous au détriment des femmes, et c’est pour ça que je trouve le féminisme légitime et plus que jamais d’actualité.
      Je n’attaque pas LE féminisme, j’essaie d’apporter des critiques constructives sur des dérives ou des approximations rencontrées dans le cadre d’échanges animés par la cause féministe. C’est ma façon de m’impliquer ici.
      Ici j’essaie de partager mes points de vue pour rendre la lutte plus efficace, et ailleurs dans la vraie vie, au boulot, avec mes enfants ou mes voisins, j’essaie de garder à l’esprit cette lecture féministe pour ne pas favoriser, voire pour lutter contre, la domination masculine.

    • @Biggrizzly : "Reprocher aux dominés d’avoir une attitude de dominé est quelque peu gonflé. Ou en tout cas, c’est faire preuve d’un manque de tolérance et d’empathie pénible."
      Il me semble avoir fait attention à ne pas tomber dans le reproche ou le jugement envers qui que ce soit. J’essaie de disséquer ce qui dans la nébuleuse du débat féministe peut provoquer de l’irritation défavorable à sa diffusion, en dehors du traditionnel rejet réactionnaire bien entendu.
      Effectivement, je dois faire comme Denis Sieffert sans le savoir. Je ne sais pas pour lui, mais pour moi il ne s’agit pas de rester « au dessus de la mêlée » pour jouer les intellectuels respectables et moralisateurs. Je crois juste dans les apports de la lucidité.
      L’injustice existe, elle entretient et provoque nos réactions émotionnelles parfois emportées, je cherche juste à les disséquer pour que nos réactions soient toujours plus pertinentes. Je fais pareil dans tous le sujets qui me tiennent à coeur. Désolé si cela donne l’impression que je manque d’empathie.

    • Je n’attaque pas LE féminisme, j’essaie d’apporter des critiques constructives sur des dérives ou des approximations rencontrées dans le cadre d’échanges animés par la cause féministe. C’est ma façon de m’impliquer ici.

      sauf que ta critique n’est pas constructive, c’est du mansplanning. On te demande pas de nous expliquer comment mener la lutte ou nous dire ce que tu croi être prioritaire pour les femmes. Les dérives du féminisme, c’est franchement un sujet fatiguant. Par contre réfléchir à ta condition de dominant ca serait bien que tu le fasse, c’est ce que j’essaye de te dire depuis le début et que tu ne comprend toujours pas. Qu’est ce que c’est d’être masculin ? Qu’est-ce qu’il faut changer pour ne pas être un dominant, ni un dominateur ? Si tu est de si bonne volonté que tu le dit, c’est ces questions qu’il faut que tu te pose et que les hommes féministes se posent. Or pour le moment ces questions sont peu abordée par les hommes féministes.

      Quant tu dit que tu veux disséquer tes émotions, pourquoi est tu si vexé que des féministes (et des femmes) t’ai rappeler une telle évidence (qu’un homme fait parti du groupe dominant) ? Et pourquoi prend tu le fait qu’on te rappel cette évidence comme une attaque personnelle ? Croit tu que tu est parfait et irréprochable vis à vis des femmes ? toujours, tout le temps ?

      Quant tu dit ca : « Je crois juste dans les apports de la lucidité. »
      tu crois être lucide ? plus que d’autres, ou plus que les féministes ? c’est le genre de remarque ou d’expression qui fait un peu dominateur justement.

    • @mad_meg : je ne suis pas « vexé », même quand tu dis que mes critiques ne sont pas constructives :-)
      J’ai dit que j’étais agacé par certaines postures, car elles déclenchent chez les hommes des postures symétriques qui selon moi rendent le dialogue stérile et je trouve ça contre-productif.
      Quand je croise un Zemmour je lui rentre dedans de façon beaucoup plus virulente, mais je n’en croise pas ici. Pour les questions relatives à la question masculine, je réponds sur l’autre post.
      Oui je suis un élément de la classe dominante, non je ne suis pas parfait avec les femmes. Je suis conscient de tout cela, mais apparemment ça ne se voit pas, je veillerai donc à essayer d’être plus clair là dessus. Sans doute ma façon de m’exprimer n’est pas assez humble ? Je n’en avais pas conscience et je veux bien accepter qu’il s’agisse de déformation masculine à l’insu de mon plein gré..

    • arg je te demande pas d’être humble ou de donner le detail du partage des taches ménagères chez toi. Quant je prend la métaphore du racisme tu semble comprendre, pourquoi quant je remplace noir par femme et blancs par hommes tu ne comprend pas ? Tu va pas aller voire les noirs pour leur dire comment lutter contre le racisme, en leur expliquant que tu est plus lucide qu’eux avec ta vie de blanc. Bah c’est pareil pour les femmes, c’est tout. Je répondait au début à ton idée que des féministes seraient pour un monde sans homme et ce qui me semblait une carricature injuste et c’est a cela que je répondait.

      La condition masculine c’est par exemple un accès très réduit à la contraception, et une prise en main de sa fécondité qu’il serait temps de faire. Je ne voie pas grand monde chez les hommes se poser ce genre de questions, a part au moment du payement de la pension alimentaire, au moment ou les enfants deviennent des « enfants dans le dos ». Je dit pas toi, je te connait pas, mais c’est un exemple du genre de réflexion qu’il faut que les hommes fassent aussi pour avancer et faire avancer l’égalité. Le fait de ne pas avoir le droit d’exprimer ses émotions est une autre approche. Il y en a plein je suis pas un homme, je ne sais que ce que j’imagine. Dans une perspective féministe, on a besoin que les hommes réfléchissent à leur fécondité, à leurs émotions, leur condition d’homme.... Consacre toi a cela par exemple plutôt que dire aux féministes ce qui te semble être lucide.

    • @mad_meg : bon en relisant calmement, j’ai trouvé ce qui coinçait dès le départ : je répondais à bp314 qui, de façon très provocatrice, affirmait que le féminisme était une diversion préjudiciable à la lutte contre le capitalisme (coïncidence, il a à nouveau sévi aujourd’hui :-) ).

      Je m’opposais à cela, tout en concédant que, de mon côté, je réagissais aussi quand j’entendais des personnes affirmer dans l’autre sens que le capitalisme n’était qu’un phénomène accessoire du patriarcat. Dans un sens ou dans l’autre, vouloir hiérarchiser les causes en affirmant que l’une est prioritaire sur l’autre, ou que l’une vampirise l’autre, est une grave erreur. Pour moi les deux doivent se mener de front.
      Problème, en écrivant cela, j’ai oublié de réaffirmer la nécessité de la cause féministe, simplement résumée ici http://seenthis.net/messages/129427 mais qui était tellement évidente à mes yeux que je l’ai zappée.

      Oubli accidentel ou révélateur de mon inconfort masculin sur le sujet, je ne sais, je n’avais sincèrement pas conscience jusqu’à aujourd’hui que j’avais occulté cette évidence dans mon premier message.

      Car ensuite j’ai glissé vers la critique des discours de personnes qui appliquent selon moi leur grille de lecture féministe de façon intempestive, ce qui peut discréditer la lutte et surtout braquer les mecs qui pourraient être réceptifs à la plupart des arguments et commencer à évoluer, parce qu’on est d’accord là dessus, l’enjeu, c’est bien de faire avant tout évoluer les mecs.

      Un dernier truc :

      Tu va pas aller voire les noirs pour leur dire comment lutter contre le racisme, en leur expliquant que tu est plus lucide qu’eux avec ta vie de blanc.

      Es-tu d’accord pour reconnaitre que je ne suis pas allé voir des noirs ou des femmes enfermés dans leur ghetto pour jouer les guides suprêmes ? J’étais dans une discussion sur seenthis, comme n’importe quelle autre discussion, sans me préoccuper des particularités physiques de mes interlocuteurs. Et si un jour je participe à une discussion impliquant des militants anti-racistes n’appartenant pas à la classe des dominants et qui déplorent l’hostilité qu’ils suscitent dans le reste de la population, je me permettrais de leur exposer ce qui à mon sens peut nourrir la résistance à leur discours chez mes pairs blancs dominants si je perçois une application inappropriée de la grille de lecture anti-raciste. Parce que me taire dans cette situation serait une auto-censure condescendante, paternaliste, typique d’un état d’esprit dominant que je rejette. Ce serait une attitude « diplomatique » comme on a avec les étrangers dont on ne partage pas les coutumes, dont on craint la susceptibilité. En me taisant, j’aurais l’impression de me comporter comme un parent qui s’abstient de faire une remarque désagréable à un enfant pour ne pas le contrarier, pour ne pas le rabaisser, pour ne pas freiner son apprentissage.
      C’est parce que je considère sincèrement l’autre comme mon égal, capable de comprendre les choses comme moi, que je ne me censure avec personne, quel que soit son genre ou sa couleur de peau.



  • Marie-Chantal en Afghanistan, ou le féminisme néocolonial selon « Elle » (Beauté fatale)
    http://seenthis.net/messages/101846

    Cette semaine, le magazine "Elle" annonce le départ de deux de ses collaboratrices de longue date, Marie-Françoise Colombani et Michèle Fitoussi. Dans son éditorial, sous le titre "Elles nous ont donné des ailes", Alix Girod de l’Ain raconte le pot de départ : http://www.elle.fr/Societe/Edito/El... A un moment, quelqu’un a lancé : « Mais qui va garder les Afghanes ? » (...) Source : Beauté fatale


  • Marie-Chantal en Afghanistan, ou le féminisme néocolonial selon "Elle"

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    Cette semaine, le magazine "Elle" annonce le départ de deux de ses collaboratrices de longue date, Marie-Françoise Colombani et Michèle Fitoussi. Dans son éditorial, sous le titre "Elles nous ont donné des ailes", Alix Girod de l’Ain raconte le pot de départ :
    http://www.elle.fr/Societe/Edito/Elles-nous-ont-donne-des-ailes-2263672

    A un moment, quelqu’un a lancé : « Mais qui va garder les Afghanes ? » Et c’est vrai que, depuis trente ans, Marie-Françoise et Michèle n’ont pas seulement formé des dizaines de journalistes, elles ont dédié leur force, leur énergie et leur intelligence pour la cause de toutes les femmes. Certes, leur collègue qui signe ces lignes a plus souvent manifesté sa vocation de « clown de bureau » que de figure du combat féministe, mais elle voudrait aujourd’hui se faire la porte-parole de toutes ses consœurs – et confrères ! ce qui est rare nous est cher ! – pour leur dire merci et bravo. Et les assurer, le plus sérieusement, le plus tendrement du monde, d’une chose : promis, Marie-Françoise et Michèle, on gardera les Afghanes.

    Certains ont les bébés phoques ; chez "Elle", on a les femmes afghanes. Seule le "clown de bureau", en effet, pouvait sans doute résumer - avouer - avec une telle ingénuité le regard à la fois spectaculairement ignorant et condescendant qu’elle et ses collègues posent sur leurs "protégées" de prédilection (en 2001, le magazine s’était payé un joli coup de pub en mettant en couverture une Afghane en burqa).

    Dans son hommage à sa collègue, Girod de l’Ain se lamente aussi à l’idée...

    "... de ne plus entendre Marie-Françoise tenter de nous envoyer enquêter chez les femmes opprimées du Kirghoustan inférieur (« 45 heures de voyage en hélico soviétique et 9 vaccins nécessaires, mais c’est un vrai scandale ce qui se passe là-bas »)"

    Bref, le vaste monde qui s’étend au-delà des frontières de Levallois-Perret recèle des contrées exotiques et lointaines dont on se fait une idée si vague et si caricaturale qu’on peut sans problème les fictionnaliser, façon Hergé dans un album de Tintin, en se trouvant très spirituelle. Ces pays ne sont rien d’autre qu’un réservoir de bonnes actions permettant aux bourgeoises occidentales de prendre des poses avantageuses en secourant la veuve et l’orphelin indigènes, victimes de l’arriération et de la barbarie ontologiques de leur civilisation.

    Depuis une dizaine d’années, dans le contexte de l’après-11 septembre, "Elle" a ressuscité avec éclat la grande tradition du féminisme colonial. Il y a une semaine, l’éditorial de Marie-Françoise Colombani, intitulé "Afghanes, la fin de l’espoir", donnait une vision particulièrement lénifiante de l’action de l’armée française en Afghanistan :
    http://www.elle.fr/Societe/Edito/Afghanes-la-fin-de-l-espoir-2258874

    http://cdn-elle.ladmedia.fr/var/plain_site/storage/images/societe/edito/afghanes-la-fin-de-l-espoir-2258874/25931880-1-fre-FR/Afghanes-la-fin-de-l-espoir_mode_une.jpg

    C’est fini. Son départ ayant commencé il y a une dizaine de jours, l’armée française aura bientôt quitté – pour ne pas employer le verbe « fuir » – l’Afghanistan. A ELLE, nous sommes plusieurs à partager une autre image de cette armée : celle de militaires enthousiastes arrivant en 2002 à Kaboul avec, dans leurs avions, des ordinateurs et des imprimantes que nous n’avions pas réussi à acheminer de Paris. Ce matériel était destiné à des journalistes afghanes que nous venions aider sur place à créer leur propre journal. « Roz », « jour » en persan. Un nom qu’elles avaient choisi parce qu’il symbolisait l’espoir.

    Cette couverture d’un numéro de "Roz" permet de préciser le genre d’"espoir" qu’il visait à vendre aux femmes afghanes :

    http://afghalibre.typhon.net/wp-content/uploads/2010/01/page-de-couverture-n%C2%B086-Octobre-20091-231x300.jpg

    En difficultés, le magazine avait bénéficié en 2010 d’une vente aux enchères organisée chez BHL et Arielle Dombasle :
    http://afghalibre.typhon.net/2010/01/11/ils-ont-sauve-le-magazine-roz

    http://afghalibre.typhon.net/wp-content/uploads/2010/01/soir%C3%A9e-vente-aux-ench%C3%A8res-pour-roz-21.jpg

    http://afghalibre.typhon.net/wp-content/uploads/2010/01/soir%C3%A9e-vente-aux-ench%C3%A8res-pour-roz-11.jpg

    Présentées aux lectrices de "Elle" comme charitables et apolitiques, ces bonnes actions s’inscrivent dans la campagne de propagande d’une "guerre pour les femmes", concept qui a tout à voir avec l’idéologie et pas grand chose avec la réalité, comme le résumait un peu brutalement le Feminist Peace Network en 2010, lors de la polémique sur la couverture de "Time" avec la femme au nez mutilé :

    Time Magazine Once Again Trots Out The Tired And Inexcusable ‘We’re In Afghanistan (And Have To Stay) To Protect Women’ Mantra
    http://www.feministpeacenetwork.org/2010/07/29/time-magazine-once-again-trots-out-the-tired-and-inexcusable-w

    http://img.timeinc.net/time/daily/2010/1007/a_time_cover_0809.jpg

    Why we can’t leave Afghanistan – yeah sure, we’ve achieved absolutely nothing, trashed the country and possibly put ourselves in more danger and lost too many of our own in the process as well, but don’t be so selfish as to believe that we can just leave, oh no, we have to stay and protect the poor, pitiful Afghan women (and yes that is the sound of sarcasm you hear dripping off those words).

    Alain Gresh, dans "Mourir pour la liberté (celle des femmes en particulier) en Afghanistan" (Nouvelles d’Orient, 21 août 2008), écrivait :
    http://blog.mondediplo.net/2008-08-21-Mourir-pour-la-liberte-celle-des-femmes-en

    Désormais, l’Afghanistan remplace l’Irak dans le discours américain. Et, pour le gouvernement français, c’est aussi « la bonne guerre ». Or, il est plus que douteux qu’un engagement supplémentaire de l’OTAN aboutisse à des résultats pour l’Afghanistan ; au contraire. D’abord, parce que le gouvernement mis en place à Kaboul est largement inefficace, corrompu, otage de tous les chefs de guerre. Ensuite, parce qu’un engagement occidental accru va faire de l’Afghanistan un aimant pour tous les combattants désireux de s’opposer à l’Occident et servir le discours d’Al-Qaida. Enfin, parce que l’histoire a montré, notamment en Afghanistan (les Britanniques et les Soviétiques en savent quelque chose), mais aussi dans le reste du monde, que l’on n’imposait pas la liberté et la démocratie au bout des baïonnettes.

    D’autre part, M. Sarkozy, dans son discours à Kaboul, a repris un mensonge sur la femme à qui on avait coupé la main parce qu’elle s’était mis du vernis à ongles. Ce mensonge avait déjà été dénoncé par Christian Salmon dans un article publié par Le Monde, « Le paradoxe du sarkozysme », 2 mai 2008.

    « L’histoire circule sur Internet depuis des années dans d’innombrables versions. Parfois la victime est une petite fille de 10 ans. Parfois c’est une femme. Le plus souvent, on rapporte que les talibans se “contentaient”, si l’on ose dire, d’arracher les ongles. Dans la version présidentielle, on a amputé la main. »

    « Il est étrange qu’aucune enquête sérieuse ne soit venue questionner les modes de diffusion d’une telle rumeur. Une source semble en être un rapport d’Amnesty International datant de 1997 dont les conclusions étaient bien plus modestes que les commentaires qu’il a inspirés. “Dans un cas au moins, écrivait l’organisation humanitaire, les châtiments infligés ont pris la forme d’une mutilation. En octobre 1996, des talibans auraient sectionné l’extrémité du pouce d’une femme dans le quartier de Khair Khana à Kaboul. Cette “punition” avait apparemment été infligée à cette femme car elle portait du vernis à ongles.” Sam Gardiner, un colonel de l’armée américaine, qui a enquêté sur la communication de guerre des campagnes en Afghanistan et en Irak, a démontré récemment que “l’histoire des ongles arrachés” avait été choisie par Alastair Campbell, le conseiller de M. Anthony Blair, pour illustrer les violences faites aux femmes par les “étudiants en théologie” et diffusée massivement pour convaincre l’opinion publique et les gouvernements européens qui hésitaient à se joindre à la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis. »

    « La même story fut diffusée à Washington et à Londres, en suivant des scénographies identiques, allant parfois jusqu’à utiliser les mêmes phrases. Dès novembre 2001, a révélé Gardiner, “l’orchestration de la campagne en faveur des femmes afghanes témoignait de similitudes frappantes dans le timing et les scénarios utilisés à Londres et à Washington”. Le 17 novembre 2001, Laura Bush, la première dame des Etats-Unis, déclare : “Seuls les terroristes et les talibans menacent d’arracher les doigts qui ont les ongles vernis.” Et Cherie Blair, son homologue britannique, d’affirmer (à Londres le lendemain) : “En Afghanistan, si vous avez du vernis à ongles, vous pouvez avoir les ongles arrachés.” »

    (...)

    Si la liberté des femmes en Afghanistan préoccupait tellement l’Occident, on se demande pourquoi celui-ci n’a pas soutenu le régime communiste de Kaboul entre 1978 et 1992. A aucune autre période de l’histoire de ce pays, les femmes n’ont disposé d’autant de droits...

    Paternalisme, ignorance et condescendance se retrouvent dans l’attitude de "Elle" à l’égard des minorités visibles en France, comme en a témoigné l’épisode désastreux du « black fashion power », en février 2012 – voir « Quand le magazine ELLE parle des égéries noires et tombe dans le racisme ordinaire », Afrosomething.com, 24 janvier 2012 :
    http://www.afrosomething.com/article/quand-le-magazine-elle-parle-des-%C3%A9g%C3%A9ries-noires-et-tombe-da

    « Après un article polémique, le magazine « Elle » dément tout racisme », Libération, 2 février 2012
    http://www.liberation.fr/medias/01012387546-apres-un-article-polemique-le-magazine-elle-dement-tout-racis

    En 2004, le magazine avait lancé à grand fracas un « appel à Jacques Chirac » pour l’interdiction du voile à l’école – lire Véronique Maurin, « Le magazine « Elle » profite du voile », Acrimed, 5 janvier 2004
    http://www.acrimed.org/article1432.html

    La rédaction pose sur les banlieues françaises le même regard affligé que sur l’Afghanistan, les deux ayant visiblement tendance à se confondre dans son esprit embrumé. Dans son livre « Pour en finir avec la femme », en 2004, la directrice du magazine, Valérie Toranian, racontait en ces termes le choc que lui avait causé la rencontre avec les militantes de Ni putes ni soumises (on ne rit pas) :

    « Il n’y avait plus uniquement Kaboul ou Islamabad, (...) le Kosovo ou le Rwanda pris dans la folie exterminatrice… »

    (Voir « Un féminisme mercenaire », Périphéries, 8 novembre 2004 :
    http://www.peripheries.net/article67.html )

    En dehors de ces "territoires perdus", en revanche, dans la France blanche, républicaine, galante et civilisée, tout allait bien. Avant que l’affaire Polanski, puis l’affaire DSK, viennent sérieusement bousculer cette vision irénique d’une société débarrassée du machisme, et que le renouveau du mouvement féministe français oblige sa rédaction à s’aligner un minimum, l’instrumentalisation sensationnaliste des Afghanes ou des filles des banlieues permettait au magazine de tenir un discours badintérien selon lequel le féminisme avait, à quelques broutilles près, perdu sa raison d’être : les femmes françaises ont toutes les raisons d’être enchantées de leur sort et feraient mieux d’éviter de se plaindre, ou alors on les embarque dans le premier avion pour Kaboul ou le premier train pour Trappes. En attendant, on leur fourgue des crèmes et des fringues par wagons entiers, et on les matraque d’injonctions à les rendre chèvres sur la femme et la mère qu’elles doivent être (voir « Beauté fatale » pour quelques bonnes pelletées d’exemples).

    Alix Girod de l’Ain, auteure de cet édito d’anthologie sur la garde des Afghanes, est d’ailleurs une adepte enthousiaste de la chirurgie esthétique, à laquelle elle a consacré un livre, « Un bon coup de jeune » :
    http://www.anne-carriere.fr/ouvrage_un-bon-coup-de-jeune---162.html

    En mars, elle s’était distinguée par son intervention dans le débat lancé par Osez le féminisme, qui réclamait la disparition du « mademoiselle » sur les formulaires administratifs :
    http://www.elle.fr/Societe/Edito/Apres-vous-Mademoiselle-1769892

    Il faut défendre mademoiselle parce que Mademoiselle Jeanne Moreau, Mademoiselle Catherine Deneuve et Mademoiselle Isabelle Adjani. Il faut défendre mademoiselle parce que quand le marchand de primeurs de la rue Cadet m’appelle comme ça, je ne suis pas dupe, mais je sens que je vais avoir droit à mon basilic gratuit. Il faut défendre « mad-moi-zell’ » parce qu’elle est « chaarmante », la supprimer serait porter un coup fatal aux loulous qui nous interpellent sur les trottoirs : comment on va faire, si ça devient illégal de se faire draguer dans la rue ? Il faut défendre mademoiselle parce que ma fille de 18 ans, avec ses boucles blondes et ses joues roses, n’a pas du tout, du tout, une tête de madame. A la limite, si on doit changer quelque chose sur les formulaires administratifs, il faudrait rajouter une case : « Pcsse ». Mariées ou pas, jeunes ou vieilles, ce qu’il faut revendiquer, c’est notre droit inaliénable à être des princesses.

    Elle s’était attiré quelques réponses cinglantes :

    Non, Alix Girod de l’Ain, nous ne sommes pas des princesses
    http://www.madmoizelle.com/eradiquons-les-princesses-67838

    Cette longue liste d’avanies, à laquelle il faut ajouter l’épisode de « la pipe, ciment du couple », l’été dernier (lire Gaëlle-Marie Zimmermann, « La pipe du magazine « Elle », ciment de la soumission », Le Plus, 21 juillet 2012 :
    http://leplus.nouvelobs.com/contribution/597199-la-pipe-du-magazine-elle-ciment-de-la-soumission.html ), ou encore les ricanements suscités par un recyclage de camelote éditoriale un peu trop voyant
    http://www.rue89.com/2012/08/18/medias-quand-mamie-elle-radote-son-numero-dete-234705
    , auraient pu inviter à plus de modestie. Mais il faut croire que ce n’est pas si facile, pour les dames patronnesses du 6e arrondissement, de renoncer à se considérer comme l’incarnation de la femme libérée à l’échelle planétaire…

    #femmes #presse_féminine #Afghanistan


  • La pipe du magazine « Elle », ciment de la soumission | Gaëlle-Marie Zimmermann (Le Plus)
    http://leplus.nouvelobs.com/contribution/597199-la-pipe-du-magazine-elle-ciment-de-la-soumission.html

    Le magazine féminin « Elle » publie cette semaine un article à propos de la fellation. Intitulé « La pipe, ciment du couple », le contenu ne semble pas plaire à tout le monde. Gaëlle-Marie Zimmermann, chroniqueuse sur Le Plus, l’a lu et adresse un message à la rédaction de l’hebdomadaire. Source : Le Plus


  • Love Confident : quand un réseau féminin flirte avec la délation…
    http://www.slate.fr/story/33707/love-confident-reseau-feminin-flirte-avec-delation

    Délation, calomnie, tout est possible avec « Vigilove », la liste noire des profils d’hommes à éviter sur les sites de rencontre. Un répertoire constitué sans vérification des allégations... Démonstration, preuves à l’appui.

    #Vigilove #Internet #contrôle #rencontres #Meetic