Aux États-Unis, un peuple sans conscience sociale ? (RAGEMAG)
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Au fur et à mesure que les perspectives de rejoindre la classe dominante s’amenuisaient, les ambitions des classes populaires n’avaient de cesse d’être revues à la baisse. L’imaginaire américain, à l’origine, s’opposait à la naissance d’une conscience de classe dans la mesure où les pauvres se considéraient comme concurrents pour pouvoir s’extirper de leur condition. Depuis une cinquantaine d’années, comme le note Thomas Frank, la concurrence entre pauvres change drastiquement d’objet, et vise simplement à ne pas subir de déclassement supplémentaire, ce qui renforce paradoxalement encore leur animosité interne. La peur d’être déchu est porteuse de plus encore de férocité que le désir de s’enrichir. Tristesse du rêve américain, dont la seule perspective pour la préservation de son rang social est devenue, dans un monde sans espoir, de ne pas voir les plus mal lotis que soi, être trop gâtés par l’État, précipitant le peuple dans les bras d’un « populisme de droite faisant son miel de la crainte de millions d’ouvriers et d’employés de ne plus pouvoir tenir leur rang, d’être rattrapés par plus déshérités qu’eux » [2].








