person:vincent de gaulejac

  • Enquête sur l’homoparentalité - La Vie des idées
    http://www.laviedesidees.fr/Enquete-sur-l-homoparentalite.html

    (Article du 29 mai 2008)

    Que sait-on aujourd’hui des hommes, homosexuels, qui veulent devenir pères ? Comment rendre compte de ce désir ? Au terme d’une enquête menée auprès d’un petit panel de 27 hommes, Emmanuel Gratton classe le désir d’enfant en trois catégories principales.

    http://www.laviedesidees.fr/local/cache-vignettes/L308xH308/arton341-bb620.png
    #famille #homosexualité #homoparentalité #France


  • Des enseignants du primaire ciblent les élèves qui commettront un jour des délits
    http://www.nouvelles.umontreal.ca/recherche/sciences-de-la-sante/20130408-des-enseignants-du-primaire-ciblent-les-eleves-qui-comm

    Les enseignants du primaire sont les témoins privilégiés de l’évolution des enfants. Leurs observations pourraient même aider à prévenir la délinquance chez certains élèves. […] Suivis depuis 1986, les individus qui ont obtenu des cotes élevées pour leurs mauvais agissements sur les bancs de la petite école couraient davantage de risques de se retrouver devant un juge au début de l’âge adulte.

    Par problèmes de conduite, on entend les cas où l’enfant frappe, mord, bat, désobéit ou vole. Les comportements blessants et dénués de sensibilité s’expriment à travers le mensonge, l’intimidation et le manque d’empathie par exemple.

    « Ces enfants vivent une tragédie. Pourtant, nous pourrions agir tout de suite grâce à des interventions efficaces et simples qui mettent l’accent sur le renforcement des bons comportements. Tout cela couterait bien moins cher que d’attendre que ces enfants commettent des délits à l’adolescence. […] »

    La professeure croit qu’un premier pas dans cette direction consisterait à systématiser l’évaluation annuelle de la conduite des élèves. « Comme les enseignants sont aptes à le faire, cela pourrait faire partie de leur tâche. Cela faciliterait l’introduction d’interventions. Ce serait formidable ! »

    #éducation #surveillance #sécuritarisme #Minority_report #Ce_serait_formidable

    • Ca ressemble furieusement au délire de Foutriquet sur la détection des pedocriminels avant 3ans. Il me semble qu’il y a des psy scolaires pour suivre les gamins qui ont des problème de violence ou d’empathie, j’en connait qui bosse avec les creches ou la petite ecole. qu’est ce qu’ils comptent ajouter a cela ? Le fichage a vie ne réglera rien. Les enseignants vont détecté les enfants non-conforme (ce qu’ils font deja) et après ? Un suivit de mes fesses vu le manque d’effectif dont souffre déjà l’éducation national et le nombre de dossiers qu’ont déjà a gerer les psy-scolaires.

    • Oui, ça ressemble beaucoup au rapport #Bénisti, c’est pour cela que j’avais mis le lien sur le collectif "Pas de zéro de conduite".
      Sur le fond, c’est effectivement délirant, mais, en effet, il y a des enseignants, psyschologues, etc. pour s’inscrire dans ce genre de démarche.
      La question du #déterminisme sous-jacent est déjà problématique en soi.
      La question des conditions du diagnostic est vraiment problématique, que signifie « frappe, mord, bat, désobéit ou vole » ? Tous les enfants sont dans ce cas, où alors c’est que le regard social ne se pose pas sur tous de la même façon, ce qui m’amène au dernier point : l’accompagnement proposé, financé ou non, relève du contrôle social et non de l’aide apportée à une "enfance en danger".


  • Quand les entretiens d’embauche virent au délire
    http://www.marianne.net/Quand-les-entretiens-d-embauche-virent-au-delire_a226273.html

    « La sélection est devenue un enjeu sensible, les organisations ont inventé des dispositifs pour rationaliser, objectiver les choses, confirme Vincent de Gaulejac. Entre les chasseurs de tête et les officines de sélection, le recrutement est aujourd’hui un véritable marché. » Et tant pis si les méthodes de rationalisation sont parfois limites. Et si les entretiens flirtent souvent avec, au mieux, l’impolitesse, au pis, l’illégalité. « Après trois entretiens réussis chez Total, la responsable des RH a fini par m’avouer qu’en réalité le poste avait déjà été pourvu en interne, se souvient Patricia, 32 ans. Ils ne m’avaient fait venir que pour donner l’apparence d’un recrutement à plusieurs candidats, mais les jeux étaient faits depuis le début. J’ai trouvé ça gonflé. » Plus personne n’est gêné de faire déplacer quelqu’un deux, trois, dix fois...

    Oui, j’ai connu ça, quand on t’utilise pour faire croire à un vrai recrutement. C’est assez dégueulasse.


  • Comment les imposteurs ont pris le pouvoir
    http://www.marianne.net/Comment-les-imposteurs-ont-pris-le-pouvoir_a225940.html

    Il serait pourtant injuste – et autoflagellateur – de limiter l’imposture au champ médiatique. L’apparence étend son règne dans tous les champs socioprofessionnels. Dans l’entreprise, ceux qui savent présenter leur (absence de) travail sous un jour favorable progressent plus vite dans la hiérarchie que les laborieux qui œuvrent dans l’ombre sans mettre en avant leurs réalisations. Sonia, 37 ans, marketeuse dans une entreprise de cosmétiques, confesse que son ascension professionnelle a essentiellement reposé sur son talent pour la mise en scène : « Je dirais que 70 % de mon temps est consacré à préparer les réunions. Je suis devenue une pro du logiciel PowerPoint, je passe des heures à peaufiner mes présentations ! » Dédier plus de temps à soigner le reporting qu’à bosser ses dossiers est le meilleur moyen de booster une carrière, les imposteurs de bureau l’ont bien compris.


  • Comment le néolibéralisme a réussi à faire « muter » la lutte des classes pour l’exploiter à son avantage, en neutralisant habilement les velléités de la classe ouvrière. Il suffisait d’instaurer la concurrence généralisée, et ça a marché. C’était aussi simple et efficace que l’adage bien connu « diviser pour mieux régner ». Pendant que la classe ouvrière lutte avant tout contre elle-même, la classe capitaliste profite tranquillement..

    cf cette interview passionnante http://www.atlantico.fr/decryptage/warren-buffett-t-raison-quand-affirme-que-lutte-classes-existe-et-que-sont :

    La lutte des classes n’a jamais disparu en France, et comme je l’avais théorisé il y a vingt ans, il me semble que la lutte des places a remplacé la lutte des classes qui ont éclaté. L’exemple de la classe ouvrière par exemple a éclaté en trois parties distinctes : les ouvriers qui sont sortis par le haut en devenant techniciens, les derniers bastions qui se sont maintenus et ceux qui ont sombré dans le chômage et l’exclusion. Il n’existe donc plus aucune solidarité de classe tant ces différentes populations sont socialement éloignées les unes des autres. Les ouvriers qui se sont insérés dans les classes moyennes et qui ont permis à leurs enfants d’accéder aux études supérieures sont entrés dans une logique d’individualisme, comme toute la société française, qui les a déliés de leur ancienne classe.

    (...)

    Dans notre siècle, la lutte des classes a changé et il est davantage questions d’enjeux symboliques que d’enjeux d’affrontement et de mouvements sociaux. Le nouveau visage de la lutte des classes s’éloigne de celui que nous lui connaissions durant la période du capitalisme industriel entre patrons et ouvriers, bourgeois et prolétaires, ceux d’en haut et ceux d’en bas. Cette lutte n’est plus frontale, elle s’est déplacée du niveau social et au niveau psychologique. Cela s’illustre parfaitement dans les revendications liées aux conditions de travail, les travailleurs se battaient autrefois pour l’amélioration de leur condition matérielle alors qu’à présent ils le font pour des conditions psycho-sociales comme la reconnaissance du travail accompli ou la limitation du stress.

    En savoir plus sur http://www.atlantico.fr/decryptage/warren-buffett-t-raison-quand-affirme-que-lutte-classes-existe-et-que-sont

    #buffet #lutte-des-classes #néolibéralisme


  • Sortir du mal-être au travail
    Par V. de Gaulejac & A. Mercier (éd. DDB)

    Recension : http://www.liberation.fr/economie/2012/11/11/lutter-contre-le-management-totalitaire_859650

    Extraits du #livre pp. 14-18 :

    « Nous nous engageons donc

    A. Mercier : Je suis journaliste à Radio France depuis plus de trente ans. dans le monde de la #presse, le désengagement est un peu une maladie professionnelle. Un #journaliste ne doit-il pas rester neutre et se contenter de relater les faits ? De quel droit viendrait-il s’immiscer dans ce qu’il médiatise ? Être en mesure de dire, de montrer ou d’écrire l’exacte réalité de ce qui se produit, voilà le fantasme qui plane sur ma corporation. Comme si l’on pouvait accéder au réel par le pouvoir magique d’une simple carte de presse, que l’on attribue – sans exiger de surcroît aucune information – à toute personne qui tire la majorité de ses revenus de l’exercice de la profession.

    Lutter contre la croyance dans une forme de surpuissance que les journalistes s’imaginent tirer de leur supposée capacité à décrire “les choses telles qu’elles sont” fut longtemps pour moi un combat quotidien. Expliquer que l’honnêteté consiste à ne pas faire accroire que l’information nous est donnée toute crue, prête à être servie “nature”, convaincre qu’il est sans doute beaucoup moins partisan de laisser paraître, dans le traitement journalistique, la main qui l’a fabriquée plutôt que de vouloir à tout prix l’effacer, répéter que l’on ne peut donner qu’une représentation des évènements et en aucun cas en livrer une essence univoque, voilà quelle fut ma manière de résister à l’objectivité du temps.

    Mais cette résistance, [...] est devenue aujourd’hui parfaitement vaine pour la raison que le mode de fonctionnement du système médiatique s’est entièrement fondu dans la vision hypermoderne d’un monde dont les évènements paraissent s’imposer, indépendamment de l’action des hommes, au point de rendre illusoire la volonté d’en vouloir infléchir le cours.

    S’adapter est aujourd’hui devenu le maître-mot, le verbe-programme, l’ardente obligation. L’adaptabilité implique la souplesse, la polyvalence, l’interchangeabilité, la négation des spécialités et, plus globalement, l’indifférenciation généralisée. Voilà qui n’est guère valorisant pour une corporation dont les membres ont une certaine tendance à se croire irremplaçables ! Mais le plus grave réside ailleurs, [...] Le travail du médiateur transforme une addition d’individus en un ensemble de personnes qui dépasse la somme des individualités, désormais reliées par le souci de leur dimension collective. Il fait du monde le lieu d’une intersubjectivité et permet aux citoyens d’exercer leur liberté de choisir entre la préservation ou la transformation de ce qui se produit. Or, en faisant croire à une naturalisation des évènements, les dérives du système médiatique contribuent paradoxalement à forger le sentiment d’impuissance face au réel dont on constate qu’il a progressivement envahi les esprits de nos contemporains.

    [...] Rêve de figer l’instant dans l’épure de la factualité, le spontanéisme de l’émotion ou de la compassion bien-pensante. Illusion qui contribue à faire du monde un #spectacle, tour à tour terrifiant et rassurant, auquel il faudrait assister à la fois impuissants et distraits.

    [...] j’ai réalisé que les principes à l’oeuvre dans la nouvelle #idéologie managériale (neutralité, urgence, maîtrise, objectivité) étaient les parfaits instruments de cette déconnexion, qu’ils venaient la renforcer en lui donnant un vernis conceptuel permettant aux dirigeants des entreprises de presse d’ériger en règles positives les travers intrinsèques de toute une profession. J’ai compris que l’incroyable multiplication des postes d’encadrement censés superviser le travail d’une équipe – même réduite – n’avait pour conséquence que d’assécher l’autonomie de tous, quand bien même le produit réalisé gagnerait à sa préservation. J’ai aussi perçu la raison pour laquelle les réunions se multipliaient, avec pour résultat de maîtriser les contenus à l’avance alors que la vocation du journaliste reste de saisir l’apparition du nouveau. J’ai encore pu cerner l’origine d’une sensation, jusque-là mystérieuse : celle qu’une partie de la hiérarchie n’avait plus pour souci premier le #travail bien fait mais la gestion maîtrisée d’une information aseptisée et convenue qui ne jugeait plus de la qualité d’un travail en fonction de sa pertinence professionnelle mais à raison de sa conformité avec des objectifs préalablement définis par elle. j’ai également réalisé que la stratégie d’évitement des conflits, supposée faire droit aux singularités de chacun, n’avait d’autre but que d’étouffer la vitalité collective du métier en instaurant des processus de communication internet totalement artificiels et infantilisants, qui empêchent les échanges spontanés et brident les velléités d’organisation d’un collectif rédactionnel. J’ai compris pourquoi la direction des ressources humaines avait mis tant d’acharnement à supprimer les commissions paritaires qui permettaient aux responsables des rédactions et aux syndicats d’évoquer la situation professionnelle de chaque salarié dans le cadre de sa corporation à l’occasion des augmentations de salaires [cf. par exemple : http://www.snj-rf.com/tags/commission+paritaire ]. Ces discussions de l’avis de tous, avaient le grand avantage de replacer le travail de chacun dans l’exercice d’un métier. Elles étaient un moment fort de la vie de l’entreprise. Aujourd’hui, la direction distribue unilatéralement les promotions. Ainsi, progresse l’individualisation, au fur et à mesure que disparaissent les instances où pouvaient encore s’exprimer collectivement les corps professionnels. » #journalisme #néolibéralisme #médias


    • Oui Philippe, elle était d’ailleurs super-contente à Noël, parce qu’elle a reçu à l’école un très joli cadeau (subventionné par la mairie) dont l’aspect normatif ne m’avait qu’à moitié étonné : un magnifique service à thé en plastique rose. Les garçons, eux, avaient une sorte de monster-truck arachnoïde qui me faisait beaucoup plus envie.

    • Nous on avait eu la surprise, quand la grande était encore en crèche, de récupérer un jour un cahier avec des sortes d’exercices dedans (tracer des traits, ce genre de choses).

      Il s’agissait d’une intervenante extérieure, qui leur faisait faire ça « pour les préparer à l’école l’année prochaine » (soupir)...

    • Petite section ??? C’est vrai qu’ils poussent mémé dans les orties, cela dit, ce qui m’a le plus tué, c’est que les parents sont demandeurs, comme ça, ils ont l’impression de suivre les « progrès » de leur rejeton.

      J’ai une copine dont le gosse était noté à coup de smileys en moyenne section, ce qui est éminemment pervers, parce que voilà une codification que le gamin est tout à fait à même de comprendre. Un jour, le gosse est rentré à la maison avec un carnet pleins de smileys qui font la gueule et ce commentaire lapidaire :

      Ne maîtrise rien, sauf ses sphynters

      Les parents, fins comme comme une brandade de morue oubliée à la cantine municipale, se sont directement mis à se lamenter et à regarder leur gosse comme si on l’avait diagnostiqué autiste profond.
      Sauf que le gosse, je le connaissais et que j’avais joué avec lui : un peu rêveur, parfois brusque et bagarreur, comme on peut l’être à cet âge, il avait reçu une magnifique grue de chantier télécommandée pour son annif, genre, l’engin prévu pour des gosses du double de son âge. Et vous savez quoi ? Ce petit crétin manœuvrait bien mieux que moi le petit crochet au bout du bras pour prendre et déplacer des charges, soit une parfaite maîtrise des déplacements en 3D.

      Je l’ai dit aux parents et leur ai expliqué que ce prof était probablement un jeune con mal dégrossi. Mais bon, au final, ils ont envoyé ce gosse parfaitement normal et heureux se taper un chemin de croix chez une orthophoniste et une psychomotricienne pour « rattraper » son retard imaginaire, le tout en ponctuant leurs très nombreuses discussions sur ce sujet et en présence du gosse, de force soupirs et yeux levés au ciel.

      Ce qui fait qu’il y a fort à parier que le gosse, entre la réaction des parents, l’hostilité du prof et les contraintes médicales, a dû parfaitement intégrer le fait qu’il était un peu... différent.

      Donc, méfiez-vous de l’effet normatif de l’école, il peut être carrément lapidaire !

    • @monolecte : j’ai un peu cherché les réactions sur les forums, et je suis évidemment (comme à chaque fois qu’il s’agit de tous petits) tombé sur les forums de mamans. Et, oui, elles sont toutes super-contentes parce qu’elles vont bientôt recevoir le premier « carnet de notes » de leur niard en maternelle.

      Mais j’ai toujours pas compris si cette chose était une invention récente de la Sarkozye, si c’est obligatoire ou encore si c’est une initiative de l’école…

    • @baroug mouhahahahaha !

      @arno C’est assez récent, mais ma gosse (9 ans, CE2) y a eu le droit dès la grande section, à doses homéopathiques cependant, parce que ça dépend pas mal de la bonne volonté des enseignants, et chez nous, en dehors du blaireau de l’exemple, ils sont très conscients des travers de l’introduction précoce des notations.
      Le truc, c’est que oui, les parents sont demandeurs, parce qu’ils ont intégré la dimension compétition-tri précoce de l’école et ils y adhèrent.

      J’ai laissé tombé les parents d’élèves parce que j’y étais inaudible. Tous les ans, c’est mobilisation pour sauver SON école, SON prof, en concurrence directe avec l’école d’à côté. J’ai déjà dit que je voulais bien aller secouer le bureau de l’inspecteur de l’académie à condition que le discours soit :

      On ne lâche rien, aucune fermeture de postes est justifiable, on est tous unis contre vous, tout le département !

      Mais non, c’est chacun pour sa gueule et tout le monde dans le cul. Le recteur a parfaitement compris le truc et alterne les fermetures entre voisins : une année, le bled d’à côté perd son poste, et l’année suivante, c’est nous. Comme on ne les a pas soutenu quand ils étaient dans la merde (trop contents de n’y pas être nous-mêmes !) ben ils nous ignorent l’année suivante. En 3 rotations, tu peux fermer les écoles rurales et arriver à des écoles cantonales avec 20 mn de transport matin et soir et 35 élèves par classe.
      Voilà ce qu’on gagne à ne pas jouer collectif.

      De la même manière, impossible de faire entendre que les devoirs sont interdits au primaire. Ils sont ravis que les gosses aient des devoirs tous les soirs, et quand il n’y en n’a pas, c’est que la maîtresse fait mal son boulot et ils les réclament.
      L’inégalité des chances creusée par les variables domestiques des devoirs du soir, en fait, ça les arrangent bien aussi : parce qu’ils savent que si la mère a sacrifié sa carrière ou si elle n’est pas obligée de bosser pour des horaires et un salaire de merde (et si elle a eu un bon niveau d’éducation initial, mais bon, parfois, ils n’ont pas toutes les données !), les gosses seront avantagés d’office dans la compétition. Voilà ce qui leur importe : non pas d’éviter que l’école répète les inégalités sociales, mais au contraire, qu’elle les accentue afin de favoriser leurs gosses dans la course à l’échalote, tant ils ont parfaitement intégré qu’il n’y aura pas de gamelles pour tout le monde, que les places sont chères et que le tri est de plus en plus précoce.

      Donc, bienvenue, les gars, dans la grande foire d’empoigne de l’Éducation Nationale : vous n’avez pas fini d’en chier !

    • oui, la fille de mon mec y a eu droit aussi. C’était franchement horrible de la voir se foutre la pression toute seule parce qu’elle « n’avait pas eu tout bon ». On a du lui expliquer 500 fois qu’on s’en foutait complètement.

    • Et c’est terriblement contre-productif. Surtout que les parents ne sont pas toujours très clairs dans les rapports qu’ils ont eux-mêmes eu avec l’école. Ceux qui en ont chié ont tendance à projeter sur leurs gosses l’image d’une école-prison, d’une école-exclusion qui remet en scène à travers leurs gosses leur propre souffrance.

      J’étais une petite saleté de première de la classe. Donc, pour moi, l’école, c’était une bonne période de ma vie. En plus, j’étais populaire, parce que suffisamment fouteuse de merde pour ne pas être la fayotte des profs.
      Quand la gosse s’est mise à ramer en maths, j’ai laissé pissé pendant que son père paniquait grave, se rejouant sa propre incapacité dans la matière, ses rapports conflictuels avec un prof con. Plus il insistait sur les maths et moins la gosse embrayait. Il a fini par laisser pisser aussi (un peu marre de faire le père fouettard) et on a fait confiance à la maîtresse. Ben voilà, un trimestre plus tard, elle vient de ramener des 20/20 en maths à la maison.
      Fin de la pression...
      Pour le moment.

    • Je confirme pour l’éducation nouvelle. Nos deux filles y sont depuis cette année, et on voit une différence sur pas mal de points : absence quasi totale de devoirs, accompagnement et considération des élèves très différents, etc.

      Cela dit même dans ce cadre là les histoires d’évaluation finissent par pointer le bout de leur nez, notamment via des demandes de parents qui s’inqjuiètent un peu pour la rentrée au collège. Du coup c’est sous forme de « ceintures » plutôt que sous forme de notes, mais ça peut avoir des effets assez comparables (stigmatisation, dévalorisation de soi, compétition, etc.).

      D’ailleurs @peweck je crois avoir vu passer ton nom lors d’une réunion à l’école récemment :-)

    • @juba, je ne suis plus à Antony mais je continue de faire des images dans les différentes écoles (et en ce moment au Cafézoïde, soit dans ces lieux de l’enfance qui ont du sens !)

      Après faut s’entendre sur les mots et sur la manière de procéder : évaluation est différent de notation mais dans la pratique ça peut, effectivement, être la même chose si c’est pas compris.
      On pourrait avoir d’autres débats passionnants sur Autorité/autoritarisme, liberté/limite, apprentissage/dressage, individu/individualisme…

    • Pourquoi je pleure sur l’école de la République :
      http://www.liberation.fr/societe/01012369919-pourquoi-je-pleure-sur-l-ecole-de-la-republique
      "Hier, j’ai trouvé deux avis dans ma boîte aux lettres concernant mes enfants. L’un, de l’école primaire, avec cette phrase absconse : « Beneylu Jim se fera une joie de vous accueillir à l’adresse : www.beneyluschool.net ». L’autre, du collège : « Objet : mise à disposition de téléservices. » Il commence ainsi : « En tant que personne détentrice de l’autorité parentale, vous pouvez désormais mieux suivre la scolarité de vos enfants en utilisant les téléservices de consultation des notes… »"

    • Arf. Cela fait quelques années que les miens en sont sortis et ils n’ont pas grandi en chiraquie ni en sarkozie, mais la logique me semble similaire... Du coup, avec mon bagage de « travailleur social », j’ai vécu ça comme papa et comme « social ». En bref, tous les niveaux scolaires ont des objectifs « pédagogiques » et du coup, le système scolaire se met en branle dès le départ, la « violence symbolique » aussi... (http://fr.wikipedia.org/wiki/Violence_symbolique - http://www.barbier-rd.nom.fr/violencesymbolique.html)

      Du côté des intervenants (ou des des penseurs de l’intervention), l’intention de bien faire en informant les parents dès que possible, etc., est pensé positivement : permettre à chacun de travailler les « lacunes » pour améliorer la réussite scolaire. Mais par le fait même c’est l’échec scolaire qui est créé... C’est forcément normatif, c’est forcément arbitraire. Pour ceux qui rentre dans une spirale comme celle décrite par Agnès, c’est bien l’enfer qui nait de ces bonnes intentions. En l’occurrence, cela ne fait qu’anticiper de quelques années le système de création violence symbolique.

      De notre côté, tant la direction que l’association des parents tentaient de sensibiliser à la richesse des rejetons, de mettre en évidence leurs capacités et le fait que ces « évaluations » (on n’avait pas de carnet) sont à prendre avant tout comme une balise, non comme un diagnostic imposant forcément une thérapie (et certainement pas immédiate, les mômes changent et grandissent tellement vite...). Et puis il y a tous ces petits trucs tout simple qui peuvent aider chacun : jouer ensemble, découper ensemble, dessiner, faire des collages... Eviter les écrans en tous genres... Mais bon, peu de parents avaient le temps... Peut-être étaient-ils trop occupés par les rendez-vous de psychomotricité...

      De toutes façons, cela ne change rien au fait que l’école soit partie intégrante d’un système de reproduction des inégalités, mais on peut au moins tenter d’en adoucir l’approche par les performances, en renforçant l’approche par les relations... En attendant la révolution ?

    • Pour mes enfants en maternelle, 19, 17 et 13 ans aujourd’hui, il y avait déjà ces carnets d’évaluation allant de A+ à E.

      Mais globalement je n’ai jamais adhéré au système scolaire à la Française : trop de Français, trop de Math, trop d’Histoire-Géo, de chimie, de physique, de géologie et pas assez de : apprendre à apprendre, savoir se nourrir, savoir se laver, savoir entretenir son corps, savoir porter les premiers secours, savoir la vie en groupe.

      Les « réformes » du système scolaire se posent en grand débat sur plus de telle ou telle matière par rapport aux existantes ou dans les techniques d’enseignements et jamais sur ce que nous aimerions que nos enfants puissent acquérir de manière globale pour faire face aux défis rencontrés dans leurs vies.

      Qu’il y ai des notes donc, sur les apprentissages, coule de source puisqu’il s’agit de la petite section à la terminale et même au-delà de donner un satisfecit à ceux qui auront su reproduire le modèle imposé le plus longtemps possible.

    • En région parisienne, il y a bien une petite école qui résiste à la façon d’un village gaulois, il s’agit de l’école Decroly, un jour il faudrait que je me fende d’un article sur le sujet.

      http://www.ecoledecroly.com

      Je ne remercierai jamais assez mon fils Nathan de m’avoir guéri définitivement de toute angoisse dans le domaine normatif de l’éducation nationale, et de m’avoir délivré de quelques entraves dont je n’étais pas entièrement émancipé, un peu de celles qu’Agnès décrit plus haut dans son commentaire.

      Et même si mes enfants sont scolarisés tous les trois dans une école alternative à bien des égards, je garde une oreille sur le sujet, notamment grâce au site pas de zéro de conduite, dont je recommande la visite aux jeunes parents de notre petit groupe

      http://www.pasde0deconduite.org

    • http://seenthis.net/messages/54261
      De toute manière, le meilleur choix, c’est de défendre une école publique libre, gratuite et de qualité pour tous.

      Maintenant, la réalité, c’est que les pros de la prospective ont bien noté que nous n’avons plus d’industries productives dans ce pays et que le gros des besoins dans les prochaines décennies, ce seront des larbins pour torcher le cul des vieux et servir les fortunés... donc, le retour à l’asile (ancien nom de la maternelle, où l’on apprenait aux gosses de pauvres à lire, écrire et compter, juste ce qu’il faut pour être de bons serviteurs) et au certif est bien suffisant pour les prochaines années en terme d’éducation de la population.

    • @moderne sur Lyon y’en a deux, l’#école nouvelle du Chapoly et l’école nouvelle de la Rize. Les deux ont en général un stand au salon Primevère, si tu veux te faire une idée plus précise.

      Après, effectivement, ça reste une école privée (bon nous on dit « associative », mais c’est assez hypocrite). Et je suis bien d’accord que l’idéal et l’objectif c’est une école publique de qualité pour tous. Mais nous on a essayé, et ça a fini par deux années de scolarisation en famille pour s’en remettre :-(

      #éducation #école_nouvelle

    • Je ne prône pas les écoles alternatives à tout prix mais, entre le mythe d’un État qui serait au service des citoyens avec un chouette école n’a que trop vécu. L’Éducation Nationale n’est plus, pour moi, en dehors de quelques exceptions, à la hauteur de grand chose.
      Je ne sais pas pour les autres mais à Antony, il y a cette volonté de faire société. Sans être naïf sur la sélection par l’argent qui s’opère de manière différentes et peut-être finalement plus hypocrite dans le secteur public, il y a un projet de société de vivre ensemble, d’apporter aux enfants les outils de compréhension du monde, d’autonomie de chacun en interaction avec le groupe, l’envie d’apprendre et de découvrir, etc.
      La plupart des avancées inventées dans les écoles alternatives ou les crèches parentales se retrouvent, amoindries, dans le système, ce dernier a donc besoin des marges pour ne pas sombrer. Peut-être que ce n’est pas lui rendre service d’ailleurs…


  • Le travail est devenu violent

    Quels sont les symptômes du mal-être dans les organisations aujourd’hui ?

    De plus en plus de salariés témoignent d’un mal-être profond lié aux transformations des organisations du #travail et des pratiques de #management. Tout est parti du secteur privé. Dans L’emprise de l’organisation, une étude sur IBM réalisée avec Max Pagès, nous avons montré que les nouvelles formes de management conduisaient à une intériorisation des conflits liés au travail : ces derniers étant passés du registre social au registre psychologique. Cela signifie que les salariés sont devenus « divisés de l’intérieur » : une partie d’eux-mêmes adhérant à l’organisation et à ses objectifs, l’autre partie prenant ses distances pour échapper à cette pression du travail. Le symptôme majeur de ce mal-être est lié au sentiment d’être pris dans des injonctions paradoxales. La frénésie modernisatrice, la culture du résultat et l’obsession de l’évaluation des performances créent en effet un monde pathologique et paradoxal. Ce malaise profond se répand dans tous les secteurs, y compris dans le public : à l’hôpital, dans la police, la justice, l’université... Par ailleurs, le management par projets, la compétition généralisée…tout cela aiguise les rivalités entre les gens et produit un délitement du collectif.

    Quelles en sont les conséquences psychologiques ?

    Chacun vit une sorte d’infantilisation et d’instrumentalisation où on lui demande d’être à la fois autonome et de se conformer au système. Ce type d’injonction paradoxale rend fou ! Cela se répercute sur les relations de travail : l’individu se retrouve seul, ne pouvant plus partager avec les autres son mal-être. Les salariés semblent n’avoir pas d’autre choix que celui de se révolter … ou de se détruire. Les #suicides de salariés au cours des dernières années me font penser à ce que faisaient les Bonzes au moment de la guerre du Vietnam : ils s’immolaient par feu pour dénoncer la violence de la guerre. De la même façon, ces salariés ont voulu que leur acte serve d’exemple ; c’est une façon de dénoncer le système, pour ne pas que d’autres salariés vivent la même chose.

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