Plus sérieusement, ce qu’il dit ce n’est pas vraiment ça : ça fait des années que Serres, dans ses livres et ses régulières interviews, s’évertue à éduquer les imbéciles qui ont peur des dernières avancées technologiques. On sait depuis longtemps en quoi la « pédagogie » récurrente est un outil bien maîtrisé des progressistes (s’ils ne comprennent pas, éduquons-les).
Ce qu’il dit ce n’est pas « juste » que des changements anthropologiques sont en train de se faire (à peu près tout le monde est d’accord là-dessus !) : il sous-entend surtout que c’est « comme ça », un point c’est tout, comme si le choix de développer ou de limiter telle ou telle technique n’était pas un choix politique et/ou moral ! Comme si ça allait de soi, que c’était le sens de l’histoire, on va d’un point A un point B et on est obligé d’y passer.
L’Histoire, à l’inverse, est plein de sociétés qui ont fait le choix, conscient ou demi-conscient, de ne PAS développer une technique qu’elles trouvaient néfastes. Nous sommes la seule société de l’histoire connue, à penser que toute nouvelle chose doit être développée du moment qu’on sait le faire.
Quant à Stiegler, il ferait mieux de relire Ellul (qu’il connaît j’en suis persuadé, mais qu’il met à point d’honneur à ne jamais citer sinon ça ruinerait un peu son biz).