Le Hezbollah, comme les clercs sunnites, refuse un projet de loi criminalisant les violences conjugales. C’est une question très intéressante.
Qassem : Law on domestic violence will sabotage family values – Daily Star
http://www.dailystar.com.lb/News/Local-News/2011/Aug-09/Qassem-Law-on-domestic-violence-will-sabotage-family-values.ashx#axzz1
Hezbollah’s deputy secretary general Sheikh Naim Qassem Monday expressed opposition to a draft law criminalizing domestic violence, saying that it would sabotage family life.
Il ne s’agit pas simplement d’un archaïsme quant au statut des femmes : il s’agit fondamentalement (et à nouveau) du rapport des individus aux tribunaux religieux. Le statut personnel, au Liban, n’est pas « civil » (au sens où il dépendrait du rapport du citoyen à l’État), mais largement religieux : le statut personnel est géré par des « lois » dépendant de chaque communauté et les conflits sont résolus par des tribunaux religieux.
Le numéro 2 du Hezbollah met exactement ce point en avant :
“We are against domestic violence, we do not accept harming women, and we affirm their rights, which were given to them by Islam in all areas,” Qassem said. “But we don’t approve of fragmenting the family with complaints that open the door for courts to interfere in any small or trivial dispute.”
Et l’article de rappeler :
The law would criminalize domestic violence, which currently falls under the jurisdiction of religious courts.
Ça n’est donc pas seulement le statut de la femme qui est jeu, mais la place fondamentale de l’individu dans la société libanaise. Avant d’être un citoyen (même loi pour tous), l’individu dans la société libanaise est d’abord assujetti à sa religion, puisque son statut personnel (mariage, enfants, héritage, ici violences conjugales...) est déterminé par des lois religieuses et réglées devant des tribunaux religieux.
Comme je le répète à chaque occasion : le confessionnalisme politique au Liban ne se résume pas à la « troïka » de gouvernement partagée entre les trois principales confessionnels, il s’agit bien plus profondément, pour chaque individu, de sa dépendance juridique directe à sa religion plutôt qu’à une loi commune.
Le Hezbollah rejoint sur ce sujet tous les partis confessionnels du Liban (ici « confessionnels » est à prendre au sens fort : ces partis ne se contentent pas de défendre les individus de leur « communauté » confessionnelle, ils militent et défendent la structure politique confessionnelle du pays). De ce point de vue, il fait partie du problème.