On a oublié un peu trop facilement que le précédent Livre blanc (2008) avait suscité de nombreuses critiques en faisant entrer la « sécurité nationale » dans le répertoire français, un concept tout droit tiré de la politique « #anti-terroriste » américaine.
Ce concept fait des #militaires les auxiliaires d’une politique plus large, dont le président de la République est le maître d’œuvre, aux côtés de son ministre de l’Intérieur, qui devient presque un vice-Premier ministre en cas de crise grave (attaque terroriste, crise environnementale, émeutes urbaines...).
En pratique, la doctrine d’emploi des forces armées a été élargie au-delà de la seule réponse à une agression contre le territoire national ou les « intérêts vitaux » de la France. De fait, la doctrine de « #sécurité_nationale » donne au pouvoir en place les moyens de réagir contre toute « menace » ou « risque » qu’il estimerait susceptible d’affecter la vie de la nation.
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De même, sous bien des aspects, l’intervention française au #Mali concrétise de manière clinquante la philosophie sécuritaire du Livre blanc de 2008. La précédente livraison considérait déjà le Sahel – intégré dans « l’arc de crise » qui s’étend de la Mauritanie à la Corne de l’Afrique » – comme une périphérie menaçante pour la France.
Le Nord du Mali présenterait toutes les caractéristiques de ces « zones grises » mettant en danger la sécurité hexagonale : présence de groupes « djihadistes » liés à Al-Qaida, plaque tournante du trafic de drogue, trafics d’armes légères…
On le voit, la grille d’analyse est « policière » plus que « géopolitique » ou « sociale » et conduit de fait à minimiser le rôle de la gouvernance, la question du partage des richesses et des rapports de force ethno-nationaux.
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Mais l’intervention au Mali a permis aux auteurs du nouveau Livre blanc de justifier l’utilité des forces prépositionnées en Afrique : celles installées au Tchad, en Côte d’Ivoire et au Mali, alors qu’elles étaient remises en cause dans le Livre blanc de 2008 au nom de la rupture consommée avec la « #Françafrique ».
On objectera que la ficelle est un peu grosse, mais elle fonctionne pourtant. En cela, le « hollandisme » appliqué s’inscrit dans le droit fil de ses prédécesseurs. La crise au Mali a offert à l’Élysée l’opportunité de restaurer une partie de son influence en Afrique dans un contexte très concurrentiel, où s’épuisait sa surface de rayonnement.
Le répertoire de la guerre contre le terrorisme a fourni « les marges de manœuvre » nécessaires à cette ambition. Rappelons que l’opération au Mali a été déclenchée hors de tout mandat de l’ONU, sur simple demande du Président malien.