• « Campagnes à vendre. Le miroir aux illusions », par André Dréan (Apache éditions, 2002)
    http://www.infokiosques.net/lire.php?id_article=961

    Il faut donc aménager les régions désertifiées pour les transformer encore plus en parcs et en villages à la française, dans lesquels les ilotes épuisés des centres urbains pourront déguster de l’authenticité rurale de pacotille, et, pourquoi pas, y développer le télétravail. Dans les années 70, les révoltés qui désertaient les mégapoles espéraient au moins réaliser ailleurs des activités communautaires en rupture avec le monde de la marchandise. Les cadres transplantés, eux, viennent avec leur ordinateur portable et veulent disposer sur place de marchandises dernier cri.

    Pour réaliser de tels objectifs, à côté de l’#agriculture high-tech ultraconcentrée et de l’utilisation de zones ravagées comme poubelles industrielles, la France subventionne l’agriculture et l’élevage de #terroir, source de prestige et de lucratifs bénéfices sur le marché mondial, dans lesquelles la #bio banalisée, déjà en partie industrialisée et financée par l’#agroalimentaire, jouera le rôle de la bergère. Voilà le sort réservé à la progéniture des derniers agriculteurs : jardiniers de la nature en kit, grooms de gîte d’étape, gardiens de dépôt d’ordures. Mais, dans les plans de répartition de la population, Paris n’a pas oublié celle des #mégapoles. Il compte confier la reconstruction de hameaux en ruine à des « désespérés » des banlieues casernes. Rien de tel que le travail au RMI, en plein air et au milieu des décombres, sous l’œil de la gendarmerie, pour calmer les esprits échauffés.

    #campagne #urbanisation #productivisme #capitalisme

    • Exactement la sensation que j’ai de plus en plus : nous sommes le frigo et la réserve d’indigènes pour le repos des urbains stressés ; mais nous sommes totalement niés comme citoyens à part entière de la République. Donc, nous ne sommes que des éléments du décor et nous n’existons pas en tant que familles, avec des besoins en santé, transports, éducation, services publics, culture, etc.
      Je pense d’ailleurs que le peu d’intérêt pour la question cruciale des gaz de schiste vient du fait que les mecs en ville ne se sentent absolument pas concernés, que ce ne sera pas leur flotte et leur environnement direct qui sera menacé et que si ça leur permet d’avoir un meilleur confort énergétique pour moins cher, ils ne voient pas pourquoi 3 bouseux hirsutes pourraient gêner.

    • Allons, allons, les campagnards ont encore le droit de rendre à la France le service que la Tunisie ne leur rend plus : consentir à accueillir les vagues d’urbains stressés qui ont DROIT aux congés payés et autres vacances scolaires.

      Et à les accueillir avec le sourire, si possible en tenue légère, y compris après 23h et si possible gratuitement, avec leurs gosses à chier.

    • Je viens d’écouter Place de la toile sur France Culture et ils parlaient justement du haut débit à la campagne, avec, à la clé, les désirs de gentrification des élus ruraux, la peur légitime de déclassement citoyen des habitants ruraux et, finalement, beaucoup de raisonnements urbains sur le prolongement des infrastructures que leur sont nécessaire pour répondre à leur besoin quand il sont en villégiature chez nous.

    • Au-delà de la satisfaction des besoins des vacanciers urbains, je crois aussi que ce que tu nommes justement les désirs de #gentrification passent par l’inféodation à un modèle urbain de développement : rond-points qui poussent dans des endroits improbables où la très grande majorité du temps tu tournes tout-e seul-e, gigantesques « équipements culturels » avec 10 dates à tout casser dans l’année (les blockbusters que tu retrouves dans la ville moyenne du coin). Une affaire de #marketing_territorial, de concurrence de bourg à bourg, ville à ville, métropole à métropole.

      En somme, on applique une culture de #masse partout, y compris là où précisément il n’y a pas de masse, parce que la culture de masse est l’horizon rêvé du planificateur. On invoque la masse, on cherche à la mimer, elle est là en permanence comme fantôme, mais tout ça floppe. Enfin, ça floppe dans le réel, mais pas dans le discours, et c’est ça qui va l’emporter. Celle/celui qui a réalisé l’#aménagement pourra en parler avec ses pair-e-s comme d’un élément de prestige : au pire, il/elle aura été visionnaire, et le futur aura déçu les possibilités qu’il/elle y voyait.