Tout indique que le numérique, qui n’est certes qu’un outil, modifie fondamentalement toutes les données, les rapports aux savoirs, les apprentissages formels, informels et non formels. Les possibilités d’autodidaxie, d’échanges de savoirs en réseaux, de productions collectives ont été décuplées sans impacter réellement l’école. Et les projets les plus nobles, comme celui de refonder l’école, ne franchissent pas le pas.
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Ainsi, on utilise, en général, le numérique pour améliorer le modèle pédagogique qui résiste depuis la nuit des temps, celui de la transmission magistrale, de l’explication, comme s’il était universel, éternel, indiscutable. On ne change pas de modèle. Ceux qui le contestent provoquent encore sarcasmes et colères. Les programmes catalogues de notions surmontent les socles de compétences et les finalités. Les organisations semblent immuables : « la classe, la discipline émiettée, l’heure, le prof ». Les savoirs sociaux, les acquis de plus en plus importants extérieurs à l’école restent hors de ses murs. La compréhension du monde, du milieu, de l’environnement, l’histoire et la géographie des savoirs, le sens des apprentissages scolaires restent maintenus dans l’ombre.
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Des collectivités progressistes se voient contraintes de construire des structures faites pour ne rien changer fondamentalement. On peut transposer l’exemple à l’architecture des programmes, à la conception de l’école dans la cité, à la définition des missions des enseignants. En aménageant le passé, on empêche de rompre avec lui et de construire l’avenir.
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Si l’on veut vraiment changer, il faut, pour le moins, ne pas se mettre en condition de ne pouvoir le faire. Il faut tracer des perspectives claires et mobilisatrices. […] Il s’agit en fait de refonder l’école en regardant l’avenir à long terme, en regardant la jeunesse, en faisant un minimum de prospective. Il n’y aura pas de refondation sans ruptures programmées dans le temps.
Reconnaissons que parmi les « pépés », les alternatives se sont réduites : soit l’école du libéralisme et de la marchandisation, soit l’école émancipatrice et démocratique qui a le mérite de parler de refondation, mais qui aurait intérêt à programmer les ruptures nécessaires, inéluctables et à les préparer avec détermination, en faisant confiance aux acteurs qui ont confusément conscience des dangers de sclérose et de destruction du système mais qui attendent, depuis longtemps déjà, des mises en perspective et du débat.