Le rapport cherche en permanence à transformer ce qui pour la majorité des gens est un moyen –prévenir maladies et handicaps pour que ces maladies et handicaps perturbent le moins possible ce qui constitue, pour chacun de nous, l’essentiel et le précieux (voir des amis, aller au cinéma, rêver, prier, militer, écrire, jardiner, se promener, voyager, etc .) – en une fin : le but de notre vie, dès la #retraite, devrait être de faire de la prévention de la « dépendance » et de l’isolement.
Absence sidérale, ici, de toute réflexion sur l’importance de donner un sens à sa vie, d’avoir le sentiment que notre vie a un sens, de se sentir socialement utile, etc.
Absence sidérale, ici, de toute réflexion sur le fait que le vieillissement ne concerne pas que les vieux ; sur ce que change, pour tous les membres d’une #société, de ne plus mourir majoritairement jeune(s), comme autrefois ; sur les âges de la vie, sur les parcours de vie, sur la caducité du modèle classique – formation, activité, retraite –, etc.
Quant à cette « prévention de la #dépendance », évidemment nécessaire mais qui, répétons-le, n’est pas une fin en soi, elle est ici très particulièrement conçue et travaillée. Les conditions de vie et de travail, qui figurent parmi les principales causes des maladies chroniques et des handicaps (rappelons que beaucoup de maladies sont à temps de latence long : elles ne se déclarent qu’au bout de nombreuses années d’exposition à certains facteurs pathogènes), ne sont pas évoquées. Tout commence à la vieillesse dans ce rapport soi-disant sur le « vieillissement ». Quelques mots sur l’environnement ou le logement des « personnes âgées », oui... Mais sur le fait que ces personnes, quand elles vivent dans des logements et environnements pathogènes, y vivent en général depuis des décennies et ne font qu’en payer les conséquences dans leur vieillesse, rien.
La « dépendance » est omniprésente dans ce rapport. La réflexion sur ses causes, absente.
Exception pour une seule cause : la « dépendance liée à l’âge ». Sauf que les meilleurs gériatres expliquent que cette « dépendance liée à l’âge » n’existe pas.
Mais c’est tellement pratique : ça permet de mettre sur le dos de l’âge tout un tas de causes de maladies et de handicaps, notamment toutes celles liées au travail, à la pauvreté, et à la manière dont sont sous-aidées et sous-traitées les personnes handicapées quand elles ont plus de 60 ans.