• La fureur moralisatrice de la gauche israélienne
    Par Ilan Pappe | 16 novembre 2023 – The Palestine Chronicle – Traduction : Chronique de Palestine – Chris et Dine

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    (...) La gauche sioniste en Israël est dans les limbes.

    D’une part, elle est ostracisée par la société juive qui, au mieux la considère naïve et, au pire, l’accuse de trahison. Ceci en réaction à leur soutien à la solution à deux États et à l’appel à mettre fin à l’occupation. Bien sûr, cette aliénation est encore plus aiguë depuis les événements du 7 octobre.

    D’autre part, elle n’est pas considérée, à juste titre, comme une véritable alliée de la lutte de libération palestinienne.

    Le plus grand espoir de la gauche israélienne était que la gauche mondiale, comme elle l’appelle, partage le même vocabulaire et la même attitude à l’égard de l’opération du 7 octobre menée par le Hamas ; à savoir qu’elle soutienne Israël inconditionnellement.

    La gauche israélienne a été scandalisée par le fait que, aux yeux de la gauche mondiale, l’opération du Hamas n’exonérait pas Israël de ses politiques criminelles passées ni ne donnait le feu vert à Israël pour sa politique génocidaire en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

    À sa grande surprise, la gauche mondiale dans son ensemble s’est ralliée aux appels à « arrêter la guerre » et à « libérer la Palestine », plutôt que de se faire l’écho de la réponse rabâchée par les gouvernements : « Nous soutenons le droit d’Israël à se défendre ».
    Israël et le colonialisme

    Ce qui est le plus éclairant – dans le dialogue entre sionistes libéraux dans les pages de Haaretz – est leur attaque féroce contre quiconque associe le colonialisme à Israël.

    Pour une raison qui leur appartient, ils ont choisi comme principale coupable Judith Butler (ndt : philosophe universitaire, qui appelle au cessez-le-feu et s’oppose, avec d’autres intellectuels juifs américains aux actes commis par Israël avec le soutien étasunien), frustrant ainsi beaucoup d’entre nous, qui avons consacré notre carrière, probablement depuis les années soixante, à présenter le sionisme comme un colonialisme de peuplement. (...)

    #7oct23

    • En fait, aujourd’hui, la présentation du sionisme et d’Israël comme un projet de colonisation de peuplement fait consensus parmi les principaux chercheurs sur le Moyen-Orient, et elle n’est contestée comme paradigme exact que par le courant universitaire israélien dominant.

      Aux yeux des sionistes libéraux, la gauche mondiale est coupable de deux « péchés » : d’une part, elle associe l’état israélien à une colonisation de peuplement et, d’autre part, elle fournit un contexte à l’attaque du Hamas du 7 octobre.
      Pas de juste milieu

      Cette autosatisfaction et cette fureur ne sont pas propres à la gauche sioniste. Vous l’entendrez de la part d’acteurs à Hollywood, de journalistes et d’universitaires traditionnels du Nord, qui doivent soudain prendre position : sont-ils avec le mouvement palestinien de libération ou contre lui ?

      Il n’y a plus de juste milieu. Il est impossible de soutenir l’occupant libéral, le nettoyage ethnique progressiste et le génocide de gauche.