François Isabel

Ni dieu, ni maître, nirvana

  • Législation. Cannabis : la maire de Strasbourg souhaite une expérimentation locale
    https://www.dna.fr/politique/2024/03/30/cannabis-la-maire-de-strasbourg-souhaite-une-experimentation-locale

    Alors que l’Allemagne autorise à partir du 1er avril la consommation et la culture de cannabis, la maire écologiste de Strasbourg, Jeanne Barseghian, appelle à la mise en place d’une « expérimentation » locale pour sortir d’une approche française répressive aux résultats « peu probants ».

    « Sur un bassin de vie commun, nous allons avoir deux règlementations différentes, presque diamétralement opposées, entre l’Allemagne, autorisant la consommation récréative de cannabis, et la France, présentant l’une des législations les plus répressives d’Europe », plaide la maire dans un entretien à l’AFP.
    La décision allemande « doit nourrir une réflexion »

    « Evidemment, ça interroge, et ça ne va pas manquer d’interroger la population », dit-elle, en insistant sur l’importance des « flux permanents » transitant entre les deux pays via Strasbourg, ville frontière dont le réseau de transports s’étend outre-Rhin et amène bien des usagers à s’y rendre quotidiennement, pour y travailler ou y faire leurs courses.

    « Le fait qu’un pays européen comme l’Allemagne, attaché à l’ordre public et à la santé publique, décide de faire évoluer sa législation montre bien qu’une politique purement répressive ne lui a pas semblé satisfaisante ni efficace », poursuit Jeanne Barseghian. « A mon avis, ça doit nourrir une réflexion » sur les choix politiques français en la matière.

    Cinq millions de Français en ont consommé

    Elle cite les chiffres de Observatoire européen des drogues et des toxicomanies selon lequel 47,3 % des Français adultes disent avoir déjà consommé du cannabis, un chiffre plus élevé que dans n’importe quel autre pays de l’UE. La France compte 5 millions d’usagers de cannabis, selon l’Observatoire français des drogues.

    « En tant que maire de grande ville, je suis confronté au quotidien à des interpellation d’habitants qui légitimement s’inquiètent de trafics qui perdurent et qui génèrent des sentiments d’insécurité, voire de la délinquance et une économie parallèle », témoigne l’élue.
    L’Allemagne va-t-elle inclure les zones frontalières ?

    Alors, elle est très attentive à l’évolution de la législation allemande, et ses conséquences possibles de ce côté-ci de la frontière. « C’est un point d’attention depuis plus d’un an. Nous avions pris l’initiative avec le maire de Kehl (ville allemande voisine, NDLR) d’interpeller les autorités allemandes pour leur demander de considérer les zones transfrontalières comme la nôtre », explique-t-elle.

    La nouvelle loi, votée fin février au Bundestag, autorise les personnes résidant en Allemagne depuis au moins six mois à cultiver chez elles jusqu’à trois plants pour leur usage propre, ou à se procurer jusqu’à 50 grammes de cannabis séché par mois auprès des nouveaux « Clubs de cannabis », associations à but non lucratif.

    « Cela va rester très encadré, beaucoup moins permissif que ce qu’on peut observer aux Pays-Bas », anticipe Jeanne Barseghian. « Ces clubs ne seront pas des lieux de consommation, il n’y aura pas de coffee-shop », insiste-t-elle.
    La maire aimerait une expérience à Strasbourg

    Intéressée par cette « approche prudente », la mairie va « observer ce qui va se passer en Allemagne, ce que cette législation va générer en termes d’usages, de politique de sécurité, de baisse -ou pas- des trafics, de santé publique ».

    « Et il me semblerait intéressant d’ouvrir une expérimentation à une échelle locale transfrontalière, qui permettrait de tester à Strasbourg ce qui va être mis en œuvre côté allemand », soutient la maire.