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« vivere vuol dire essere partigiani » Antonio Gramsci

  • Daniel Bensaïd fut l’un des grands rénovateurs du marxisme | Darren Roso
    https://www.contretemps.eu/daniel-bensaid-renovateurs-marxisme

    Daniel Bensaïd rejetait l’idée de l’inéluctabilité historique, considérant l’histoire comme une série de carrefours et non comme un chemin unique. Pour Bensaïd, la lutte des classes restera centrale tant que le capitalisme existera, mais son issue est toujours imprévisible.

    Daniel Bensaïd sera tôt ou tard reconnu comme l’un des rénovateurs les plus inventifs et les plus brillants de la théorie marxiste révolutionnaire de notre époque. Solidement enraciné dans le marxisme classique, et même dans le trotskisme classique, il a su aller au-delà, vers de nouveaux domaines, de nouvelles problématiques, de nouvelles idées, de nouvelles illuminations.

    Il était également un écrivain remarquablement doué. Si ses livres peuvent être lus avec un tel plaisir, c’est qu’ils sont écrits avec la plume acérée d’un véritable auteur, qui a le don du trait : un trait qui peut être assassin, ironique, enragé, ou poétique, mais qui va toujours droit au but. Ce style littéraire, propre à l’auteur et impossible à imiter, n’était pas gratuit, mais au service d’une idée, d’un message, d’un appel : refuser la conformité, refuser la résignation, refuser la réconciliation avec les vainqueurs.

    Sa pensée philosophique n’est pas un exercice académique : d’un bout à l’autre, elle est traversée par le courant brûlant de l’indignation, un courant, comme il l’écrit, qui ne peut se dissoudre dans les eaux tièdes de la résignation consensuelle. D’où son mépris pour ceux qu’il appelait les « Homo resignatus« , ces intellectuels ou hommes politiques que l’on reconnaît de loin à leur impassibilité de crapauds face à l’impitoyable ordre établi.

    Pour Bensaïd, « L’indignation est un commencement. Une manière de se lever et de se mettre en route. On s’indigne, on s’insurge, et puis on voit. » Parmi toutes les contributions « hérétiques » de Bensaïd au renouveau du marxisme et de la théorie révolutionnaire, la plus importante, à mes yeux, est sa rupture radicale avec l’idéologie positiviste, déterministe et fataliste du Progrès inéluctable qui a tant pesé sur le marxisme « orthodoxe », notamment en France.

    Sa relecture de Marx, avec l’aide d’Auguste Blanqui et de Walter Benjamin, l’a amené à comprendre l’histoire comme une série de carrefours et de bifurcations ; un champ de possibilités dont l’issue est imprévisible. La lutte des classes est au cœur du processus historique, mais son résultat est incertain.