• L’environnement oublié dans le projet de loi agricole | Le Télégramme
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    Gestion de l’eau et réduction de l’usage d’engrais et de pesticides, notamment, sont absentes du projet de loi d’orientation agricole, présenté ce mercredi.

    Attendu depuis de nombreux mois, retravaillé à la suite de la colère des agriculteurs, le projet de loi d’orientation agricole a été présenté, mercredi 3 avril, en Conseil des ministres. Le texte s’articule autour de trois grands piliers : la transmission, la simplification et la formation. Mais pour les ONG et l’opposition de gauche, il omet les enjeux de rémunération et manque d’ambition pour embarquer l’agriculture dans sa nécessaire transition face au dérèglement climatique : limiter son impact sur la nature, émettre moins de carbone, être plus économe en eau, moins consommer d’engrais et pesticides.

    « Si le terme de transition agroécologique est récurrent dans le texte, les mesures concrètes pour la mettre en œuvre sont presque inexistantes et certaines d’entre elles entraînent même un retour en arrière », estime dans un communiqué Thomas Uthayakumar, directeur du plaidoyer de la Fondation pour la nature et l’homme (FNH).

    Une « fuite en avant » du gouvernement
    L’association Agir pour l’environnement dénonce un texte qui « consacre une trajectoire d’industrialisation et de négation de l’urgence environnementale, cédant à toutes les exigences cyniques des syndicats productivistes ». « L’agrobusiness en a rêvé, la FNSEA l’a demandé, le gouvernement l’a fait », tacle Greenpeace. Le syndicat minoritaire Confédération paysanne, classé à gauche, dénonce une « fuite en avant » du gouvernement, qui « utilise les vieilles recettes du passé (…) au profit de quelques-uns et au détriment du plus grand nombre ».

    « Les mobilisations agricoles ne doivent pas être instrumentalisées au profit de reculs sur le plan sociétal et environnemental », reproche encore le collectif Nourrir, qui rassemble une cinquantaine d’organisations en faveur d’une refonte du système agricole et alimentaire. Pour la députée LFI Aurélie Trouvé, cette loi « entérine de graves régressions environnementales, plutôt que d’offrir aux agriculteurs les moyens de faire la bifurcation agroécologique ».

    Le plan Ecophyto toujours attendu
    Le premier article de la loi, ainsi que l’exigeait la FNSEA, consacre l’agriculture, la pêche et l’aquaculture au rang d’« intérêt général majeur en tant qu’elles garantissent la souveraineté alimentaire de la Nation ». Cette disposition est destinée à « nourrir la réflexion du juge administratif » quand il aura à trancher un litige autour d’un projet agricole, selon le cabinet de Marc Fesneau. Autrement dit, quand il faudra mettre dans la balance production de nourriture et impératif de protection de la nature. Le texte vise aussi à réduire les procédures autour des constructions de réserves d’eau pour l’irrigation et de bâtiments d’élevage. L’objectif du gouvernement est de raccourcir les délais du contentieux mais aussi d’atténuer les conséquences légales pour les exploitants en cas d’atteintes à la biodiversité (destruction de haie par exemple).

    Par ailleurs, la version définitive du plan Ecophyto, qui vise à réduire de 50 % le recours aux produits phytosanitaires d’ici à 2030 mais que le gouvernement entend assouplir, est attendue dans les prochaines semaines.