• Sur les côtes bretonnes, les huîtres menacées par l’acidification des océans | Le Télégramme
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    L’acidification de la mer, conjuguée à d’autres effets du changement climatique, risque de fragiliser les écosystèmes des côtes bretonnes. Notamment les organismes à coquilles.

    Élévation du niveau de la mer et érosion du trait de côte : ces impacts du changement climatique sur notre littoral sont désormais bien identifiés du grand public. On connaît moins, en revanche, le phénomène de l’acidification des océans. Lui aussi pourrait avoir des conséquences importantes, notamment sur les huîtres, les moules ou encore les ormeaux. C’est l’un des enseignements du bilan annuel du Haut conseil breton pour le climat (HCBC), où siègent 20 scientifiques de différentes disciplines.

    La raison est à trouver dans cette particularité des océans : ils absorbent une grande partie du CO2 présent dans l’atmosphère. Sur la dernière décennie, près de 30 % des émissions totales ont été captées au large. Mais le surplus de carbone atmosphérique généré par l’activité humaine modifie, en retour, la chimie des eaux. D’ici à 2100, leur acidité pourrait ainsi augmenter de 30 à 200 %, dans le pire des scénarios. Tout dépendra de la capacité de l’humanité à diminuer ou non ses rejets de dioxyde de carbone.

    Mortalité chez les larves
    « Les conséquences les plus importantes de l’acidification seront probablement observées pour les organismes qui fabriquent leur coquille ou leur squelette à partir [du carbone] présent dans l’eau de mer », détaille le HCBC. Sont avant tout concernés les animaux se déplaçant peu et ayant un cycle de vie long « comme les huîtres plates ou les ormeaux vivants en milieu côtier breton ».

    « Lorsque l’acidité de la mer augmente, ils doivent dépenser plus d’énergie pour fabriquer leur coquille », détaille l’océanographe brestoise Anne-Marie Tréguier, co-présidente du Haut conseil. Au stade de la larve, cela entraîne des déformations importantes et une forte mortalité, notent les chercheurs. Ils constatent aussi des coquilles moins robustes chez l’adulte et, donc, une plus grande vulnérabilité face à leurs prédateurs.

    Ostréiculteurs et conchyliculteurs bretons doivent-ils d’ores et déjà s’inquiéter ? Le HCBC estime probable que le changement climatique impacte la filière. « En 2050, dans un scénario avec beaucoup d’émissions de CO2, l’acidification risque d’apporter un agent stressant supplémentaire pour la filière, qui en subit déjà d’autres, comme la pollution », appuie Sabine Roussel, chercheuse à l’UBO. « Ça ne veut pas dire que tout est compromis, mais ça va encore complexifier les choses. »

    Effet cocktail
    L’acidification n’est pas le seul phénomène à prendre en compte. La hausse de la température moyenne de la mer aura aussi un impact fort, en favorisant notamment l’apparition de maladies. Et cela est vrai pour les huîtres comme pour l’ensemble des écosystèmes marins. Mais, en l’état actuel des connaissances, les scientifiques ne peuvent pas établir avec certitude l’ampleur des conséquences de cet effet cocktail, qui combine une mer à la fois plus chaude et plus acide.

    D’autant que de multiples causes sont aussi à l’œuvre du fait de l’homme, souligne le Haut conseil : surexploitation des ressources, destruction des habitats, espèces invasives, pollution terrestre… « Si les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas fortement réduites, une chute drastique de la biodiversité marine risque de se produire », s’alarment les scientifiques. Avant d’en appeler à la réduction de ces « facteurs aggravants » et au renforcement des zones de protection sur nos côtes.