Nicole Garreau

Poétesse sans talent et dictateuse sans vergogne

  • a rêvé qu’elle peignait, cette nuit, elle a rêvé qu’elle peignait de grandes toiles un peu « à la Staël » — du faussement vite fait, trois coups de brosse, de larges à-plats, quelque chose à la frontière entre l’impressionnisme et l’abstrait. C’est rigolo parce que c’est exactement à l’opposé de ce qu’elle tentait de réaliser durant les quelques (lointaines) années où elle-même s’escrimait à se faire passer pour l’artissssss’ qu’elle n’a jamais été : elle elle était une laborieuse, une tâcheronne, elle se perdait dans des zigouigouis qui lui faisaient oublier l’ensemble, elle avait le nez collé sur sa feuille, elle n’avait pas de vue globale de son « travail ». Le geste parfait qui tombe pile-poil au bon endroit, ce n’était pas pour elle ; elle n’avait pas de génie, elle appliquait des règles mal comprises, elle en bavait et ça se voyait.

    D’ailleurs dans son rêve elle avait un bras démesuré et peignait très loin de la toile pour pouvoir la voir tout le temps toute entière. C’est un truc qu’il faisait, Staël, aussi ? Aussi étrange que cela puisse paraître elle n’y avait jamais réfléchi, à ça, au fait de savoir si l’on avait déjà tenté de procéder à des mesures anthropométriques pour vérifier si les impressionnistes ou les abstraits ont des bras plus longs que par exemple les expressionnistes ou les pompiers. Pardon ? Oui, bon, d’accord, ce type de questionnements ça fait un peu nazie ou Bertillon.

    N’empêche, elle va aller farfouiller sur Internet pour voir ce qu’elle peut trouver à ce sujet — la distance physique entre l’œuvre et l’artissssss’ pendant que cellui-ci la produit. C’est un bon sujet d’étude et de rumination pour les dix à douze minutes qui lui restent à vivre, ça, non ? En tout cas ça prouve même sur son lit de mort la vieille Garreau demeure viscéralement kimilsungiste-kimjongiliste-kimjonguniste : pour des gens comme elle c’est toujours la Science qui prévaut.

    #JeNeSuisPasFolleVousSavez.