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Agent d’ingérence étrangère : Alle die mit uns auf Kaperfahrt fahren, müssen Männer mit Bärten sein. Jan und Hein und Klaas und Pit, die haben Bärte, die haben Bärte. Jan und Hein und Klaas und Pit, die haben Bärte, die fahren mit.

  • En Chine, Internet est en train de disparaître
    https://legrandcontinent.eu/fr/2024/06/02/en-chine-internet-est-en-train-de-disparaitre

    2.6.2024 par He Jiayan - « Si Internet est l’avenir de la civilisation, alors notre génération n’aura pas d’histoire — parce qu’Internet n’aura laissé de nous aucune trace. »

    On a longtemps cru qu’Internet serait la plus puissante des bibliothèques. La mémoire exhaustive de l’humanité. Le web chinois, dont les contenus sont désormais davantage produits et consommés depuis des téléphones, démontre le contraire : Internet n’archive rien. He Jiayan dissèque une révolution aux conséquences aussi violentes que souterraines.

    « Nous avons longtemps conçu Internet comme une mémoire — nous ne savions pas que c’était celle d’un poisson rouge. » En une décennie, alors même qu’il devenait de plus en plus universel par son nombre d’utilisateurs, Internet a perdu plus d’un tiers de son contenu.

    Pour la Chine, cet effondrement archivistique est encore plus important. He Jiayan, journaliste chinois spécialisé dans le web et le secteur des nouvelles technologies, travaille à partir d’archives informatiques datant d’avant l’Internet mobile. Il montre que le durcissement politique chinois est loin d’être le premier facteur de la disparition de pans entiers du web. L’autocensure et la course à la rentabilité ont conduit souterrainement à la disparition d’une quantité énorme d’informations des serveurs. À l’heure où l’Internet mobile semble être en train de remplacer le premier âge d’Internet, cette disparition semble peu visible — elle est pour autant tout à fait réelle.

    Au-delà de la dimension technique, Jiayan alerte sur la disparition d’une mémoire commune constitutive d’une culture populaire encore vivante, confiée à des serveurs qu’on croyait immortels — et qui menace aujourd’hui de s’effondrer. Pour toute une génération qui a immatériellement construit sa vie dans l’Internet des vingt premières années du XXIe siècle, le risque très concret est de se retrouver avec deux décennies sans mémoire.

    Commençons par une petite expérience.

    Si l’on cherche « Jack Ma » sur Baidu et qu’on fixe une période de référence courant de 1998 à 2005, combien d’informations apparaîtront ? Plutôt 100 millions, 10 millions ou 1 million ?

    J’ai posé la question à plusieurs groupes et l’opinion majoritaire considère toujours que l’ordre de grandeur se situerait entre quelques millions et quelques dizaines de millions. Après tout, Internet est si vaste. Jack Ma, l’ancien entrepreneur haut en couleur, a dû y laisser beaucoup de traces.

    En réalité, pour une recherche Baidu sélectionnant la plage de dates « 22 mai 1998 à 22 mai 2005 », le total des résultats contenant l’expression « Jack Ma » s’élève à 1.

    Et ce seul résultat est lui-même faux : en cliquant dessus, on constate que l’article a en fait été publié en 2021, c’est-à-dire en dehors de la période délimitée ci-dessus. S’il apparaît dans notre recherche, ce n’est que de manière inexplicable.

    En d’autres termes, si l’on veut connaître les expériences de Jack Ma, ses relations, les discussions à son sujet, ses discours ou l’histoire de son entreprise Alibaba pendant cette période, la quantité d’informations brutes valables qu’on obtient sur Internet est nulle.

    Pour une recherche Baidu sélectionnant la plage de dates « 22 mai 1998 à 22 mai 2005 », le total des résultats contenant l’expression « Jack Ma » s’élève à 1.
    He Jiayan

    Peut-être est-ce un problème de Baidu ? Peut-être qu’en utilisant Bing ou Google, la recherche est davantage probante ?

    J’ai essayé : ces deux sites affichent bien des résultats valides — un peu plus que Baidu — mais seulement une petite dizaine. Il y a aussi davantage de résultats invalides qui n’entrent pas dans la période sélectionnée — probablement pour une raison purement technique.

    Portrait d’un monde cassé

    Sous la direction de Giuliano da Empoli.

    Avec les contributions d’Anu Bradford, Josep Borrell, Julia Cagé, Javier Cercas, Dipesh Chakrabarty, Pierre Charbonnier, Aude Darnal, Jean-Yves Dormagen, Niall Ferguson, Timothy Garton Ash, Jean-Marc Jancovici, Paul Magnette, Hugo Micheron, Branko Milanovic, Nicholas Mulder, Vladislav Sourkov, Bruno Tertrais, Isabella Weber, Lea Ypi.

    On peut alors se demander si ce n’est pas parce que Jack Ma est controversé en Chine que ces résultats ne sont pas consultables.

    Ce serait vrai si c’était seulement le cas de Jack Ma. Mais j’ai aussi fait des recherches pour la même période sur Ma Huateng, Lei Jun, Ren Zhengfei, et même Luo Yonghao et Sister Fu Rong — qui étaient à l’époque des célébrités sur Internet — ou encore Jay Chou, Li Yuchun — qui étaient alors des stars de la musique. Les résultats sont du même ordre.

    Dans le cas de la recherche sur Lei Jun, après avoir testé différents sites web, différents noms de personnes et différentes périodes, j’ai découvert un phénomène étonnant. Presque toutes les archives des sites web chinois qui étaient populaires à l’époque — tels que NetEase, Sohu, SMTH BBS, Xizi Hutong, Keyhole Forum, Tianya Club, RenRen Network, Sina Blogs, Baidu Tieba — ont disparu. Un grand nombre de contenus sur des sites web personnels ont également disparu sur une période ancienne, et la plupart des sites web ont même disparu pour toutes les périodes. La seule exception est Sina.com, où l’on peut encore trouver des informations datant de plus de dix ans — mais en nombre assez limité. Plus de 99,9999 % du contenu a disparu.

    Nous avons longtemps conçu Internet comme une mémoire — nous ne savions pas que c’était celle d’un poisson rouge.
    He Jiayan

    Nous sommes en train de passer à côté d’un problème préoccupant : l’Internet chinois s’effondre de manière inéluctable — et le contenu qui existait avant l’émergence de l’Internet mobile a aujourd’hui presque complètement disparu.

    Nous avons longtemps conçu Internet comme une mémoire — nous ne savions pas que c’était celle d’un poisson rouge.

    Au cours des deux dernières années, je me suis forgé une conviction très claire : le nombre d’informations que l’on peut trouver en ligne se réduit chaque année à une vitesse vertigineuse. Il n’y a pas si longtemps, je pouvais encore trouver certaines sources originales. C’est progressivement devenu impossible. Je pouvais encore découvrir les discours des protagonistes ou les articles qu’ils avaient écrits — puis je ne les ai plus trouvés. Je pouvais encore voir de nombreuses interviews ou des vidéos en ligne — elles ont été effacées progressivement.

    Au cours des deux dernières années, je me suis forgé une conviction très claire : le nombre d’informations que l’on peut trouver en ligne se réduit chaque année à une vitesse vertigineuse.
    He Jiayan

    Tout se passe comme si un monstre d’un nouveau genre était apparu, qui dévore les pages web tout au long de l’histoire, les avalant du passé vers le présent, d’abord par petites bouchées, puis par grandes bouchées, dévorant tout l’Internet chinois — cinq ans par-ci, dix ans par là.
    © DPPI-SIPA

    Lorsque l’on regardera en arrière, on constatera que tout ce qui existait dans l’Internet chinois avant la création du mobile — qu’il s’agisse d’un portail, du site officiel d’une organisation, d’une page web personnelle, de forums publics, des blogs Sina, de posts Baidu, de documents, de photos, de musique, de vidéos, etc. — aura disparu.

    Je me souviens qu’il y a plus de dix ans, j’avais l’habitude de changer d’ordinateur parce que mes photos et mes articles compressés étaient stockées sur un serveur. Quelques années plus tard, j’ai découvert que l’entièreté du serveur avait disparu. J’avais l’habitude d’utiliser hotmail, et puis tout a disparu. J’ai également écrit des messages sur RenRen et MySpace… tous disparus.

    Tout se passe comme si un monstre d’un nouveau genre était apparu, qui dévore les pages web tout au long de l’histoire.
    He Jiayan

    Nous pensions qu’Internet pouvait tout sauvegarder. Il s’est avéré qu’il ne peut rien garder.

    Pourquoi cela s’est-il produit ?

    Je pense qu’il y a deux raisons principales.

    La première est d’ordre économique.

    Un site Internet nécessite de la bande passante, une salle de serveurs, du personnel pour le gérer et l’entretenir, ainsi qu’une quantité non négligeable de coûts réglementaires et d’entretien divers. S’il existe une valeur stratégique — par exemple, informer de ses activités pour une entreprise — ou une valeur de trafic à court terme — par exemple, s’il y a toujours des gens qui viennent voir le site de temps en temps —, et si en même temps les comptes de l’entreprise ne sont pas mauvais, alors il y aura une raison de maintenir le site en vie.

    Mais si l’entreprise est sur une mauvaise pente et n’a plus d’argent, c’est tout le site qu’elle gère qui mourra, tout simplement. Renren en est un exemple typique.

    D’un point de vue opérationnel, si une page web n’est pas visitée par quelques personnes tout au long de l’année, elle deviendra un fardeau pour l’entreprise, et le plus rationnel d’un point de vue économique sera de la supprimer — et ce même si l’entreprise n’a pas de problèmes financiers. Les premières années de Sohu ; le site NetEase dont le contenu a été essentiellement perdu ; ainsi que la disparition collective des forums hébergés dans Tianya en sont de bons exemples.

    Si une entreprise est sur une mauvaise pente et n’a plus d’argent, c’est tout le site qu’elle gère qui mourra.
    He Jiayan

    Deuxièmement, les raisons réglementaires.

    En général, la réglementation sur Internet augmente progressivement et devient de plus en plus stricte. Le contenu qui pouvait exister légalement auparavant ne répond plus aux exigences réglementaires ; et ce qui pouvait exister dans la grise auparavant a depuis basculé dans la zone rouge. Tous ces contenus sont directement supprimés.

    Il y a aussi des cas où la polarisation de l’opinion publique est devenue plus forte avec le temps et où un contenu qui était « tout à fait normal » est devenu très sensible pour l’opinion publique. Même s’il n’est pas illégal, il peut intensifier le conflit et créer de la confusion — si bien que le régulateur peut demander qu’il soit éliminé.

    Au-delà des autorités officielles, les internautes en colère agissent parfois comme des modérateurs ou au contraire des faiseurs d’opinion. Ils peuvent faire sortir de l’ombre quelque chose que quelqu’un a posté en passant il y a plus de dix ans, s’y accrocher et cyber-harceler l’auteur jusqu’à sa « mort sociale ».

    En Chine, l’effet le plus important de la réglementation n’est donc pas tant ce que font les régulateurs ou les attaques des internautes en colère que l’« autocensure » qu’ils provoquent au sein des entreprises et chez les particuliers.

    En Chine, l’effet le plus important de la réglementation n’est donc pas tant ce que font les régulateurs ou les attaques des internautes en colère que l’« autocensure » qu’ils provoquent au sein des entreprises et chez les particuliers.
    He Jiayan

    Personne ne sait si un contenu sur un site web ou un mot prononcé par quelqu’un entraînera la mort de cette personne dans plusieurs années. Le meilleur moyen de survivre est donc de supprimer toutes ces « bombes à retardement » potentielles — c’est-à-dire de fermer le site web ou d’en supprimer tout le contenu.

    Bien entendu, les autres causes sont nombreuses qui peuvent expliquer la disparition d’anciennes pages web.

    Peu après la dissolution de l’ex-Yougoslavie, tous les contenus web hébergés sous le nom de domaine international « .yu » — abréviation de Yougoslavie — ont disparu. Un autre exemple est la disparition de sites de musique et de films qui étaient autrefois facilement disponibles pour le téléchargement, en raison du renforcement de la protection des droits d’auteur. Certaines organisations et des individus, pour des raisons purement personnelles, ne veulent parfois simplement plus montrer leurs informations au public et ferment donc leurs sites web officiels ou leurs pages d’accueil personnelles.

    Mais ces raisons sont secondaires et localisées.

    La disparition systématique et à grande échelle du contenu Internet dans son ensemble est principalement due aux lois économiques et à l’autocensure.

    La disparition systématique et à grande échelle du contenu Internet dans son ensemble est principalement due aux lois économiques et à l’autocensure.
    He Jiayan

    Au fond, tout se passe comme si le contenu d’Internet — à l’instar de la vie — était régi par la théorie de l’évolution. Il n’a qu’un seul critère d’existence : attirer le plus d’attention possible au moindre coût.

    Lorsqu’un contenu est capable d’attirer suffisamment d’attention, et que le coût de maintien de ce contenu — en ce compris le coût économique, le coût de la réglementation et le coût de la lutte contre la réglementation — est faible, ce contenu a des chances de survivre sur Internet. Il est probable qu’il changera même de support — par exemple en passant du texte à l’image, de l’image fixe à l’image animée, de l’image animée à la vidéo et, à l’avenir, peut-être de la vidéo bidimensionnelle à la vidéo holographique tridimensionnelle, et ainsi de suite. La plateforme qui sert de véhicule à ce contenu changera également. On passera du portail au forum, aux blogs personnels, au microblogging — et à l’avenir peut-être à une plateforme dont nous ignorons tout pour l’instant.

    Lorsqu’un contenu ne peut plus attirer suffisamment l’attention ou que le coût de maintenance de ce contenu est trop élevé, il disparaîtra d’Internet. La disparition collective de l’Internet traditionnel, avec des ordinateurs servant de terminaux de navigation et des pages web comme supports, est simplement le résultat inévitable de cette « concurrence évolutive pour l’information ».

    La disparition collective de l’Internet traditionnel est simplement le résultat inévitable d’une « concurrence évolutive pour l’information ».
    He Jiayan

    Darwin nous a appris que la clef de l’évolution biologique était la « sélection naturelle, la survie du plus apte ». La clef de l’évolution du contenu d’Internet est la « concurrence de l’information, la sélection de l’attention ». En raison de l’effet de réseau, cette concurrence est dix mille fois plus féroce que dans la nature — dix mille fois plus cruelle. L’Internet traditionnel n’emportera pas l’extinction d’une seule espèce mais l’extinction de la quasi-totalité du contenu.

    À chaque nouvelle génération d’Internet, l’ancienne génération, arrimée à une structure obsolète, s’effondrera. C’est la destinée de tous les sites web et de tous leurs contenus.

    Portrait d’un monde cassé

    Sous la direction de Giuliano da Empoli.

    Avec les contributions d’Anu Bradford, Josep Borrell, Julia Cagé, Javier Cercas, Dipesh Chakrabarty, Pierre Charbonnier, Aude Darnal, Jean-Yves Dormagen, Niall Ferguson, Timothy Garton Ash, Jean-Marc Jancovici, Paul Magnette, Hugo Micheron, Branko Milanovic, Nicholas Mulder, Vladislav Sourkov, Bruno Tertrais, Isabella Weber, Lea Ypi.

    Si Internet est l’avenir de la civilisation, alors notre génération n’aura pas d’histoire — parce qu’Internet n’aura laissé de nous aucune trace.

    Si Internet est l’avenir de la civilisation, alors notre génération n’aura pas d’histoire — parce qu’Internet n’aura laissé de nous aucune trace.
    He Jiayan

    « Pas d’histoire ». Est-ce si important ?

    Bien sûr que oui.

    Pour écrire un article sur Shao Yibo, j’ai essayé par tous les moyens de mettre la main sur la vidéo originale de la participation de Shao Yibo à l’émission « Boshi Tang » en 2007 ainsi que les posts de sa femme, Bao Jiaxin, sur le site Baby Tree, postés depuis quelques années sous le pseudonyme de « Wen Ai Mummy ». Je ne suis pas parvenu à les retrouver — et je ne peux que le regretter.

    Bien que l’article « Red Dust Has Forgotten Shao Yibo » soit toujours très populaire — avec plus de 700 000 lecteurs et 20 000 retweets en seulement une semaine — je suis presque sûr que j’ai dû passer à côté d’informations très importantes et que la qualité de l’article aurait été meilleure si j’avais eu accès à de telles informations.

    Vous vous dites peut-être : « cela n’est utile qu’aux chercheurs et aux rédacteurs comme He Jiayan, je n’écris pas d’articles de ce genre, et ce n’est pas comme si cela n’affectait. »

    Vraiment ?

    Si nous ne pouvons plus avoir accès à tous les discours de Jack Ma, tous les articles de Ren Zhengfei, My Father and Mother et The Spring River Flows East, et tous les messages de Duan Yongping dans Snowball, ne seriez-vous pas un peu triste ?

    Vous me direz que vous êtes insensibles.

    Alors, si nous ne pouvons plus chercher le numéro de Huang Zheng, si nous ne pouvons plus voir les messages de Zhang Yiming ou de Wang Xing, est-ce que vous n’éprouverez pas un peu de regret ?

    Vous m’assurerez que vous ne vous sentez pas désolé non plus.

    Si un jour, Zhihu disparaît comme Tianya Forum, Douban s’efface comme RenRen, B-site se vide comme Sina Blog — ne ressentirez-vous pas un peu de chagrin ?

    Si un jour, les pages Internet de votre blogueur préféré affichent que « l’auteur a choisi de n’afficher que la moitié des posts de l’année » ou que « ce blog n’est plus visible », si vous lisez souvent que « ce compte a été bloqué », que « le contenu ne peut être affiché », si vous recherchez certaines informations dans Shake Voice ou Xiaohongshu, et que les résultats affichent que « l’auteur a effacé tout le contenu »…

    Cela ne vous attristera-t-il pas — ne serait-ce qu’un instant ?

    Les générations de l’Internet traditionnel, nées dans les années 1970 et 1980 ne peuvent plus retrouver leur histoire. Leurs traces en ont pratiquement disparu.

    Les générations de l’Internet traditionnel, nées dans les années 1970 et 1980 ne peuvent plus retrouver leur histoire. Leurs traces en ont pratiquement disparu.
    He Jiayan

    La nouvelle génération peut encore garder les messages de cercles d’amis privés, mais même de cercle d’amis est, de plus en plus, « visible seulement trois jours ». Messages éphémères… — jusqu’à ce que tout s’efface.
    © DPPI-SIPA

    La seule chose qui produit encore du contenu de manière frénétique, c’est le marketing en cascade.

    Mais à l’avenir, il y a fort à parier que même ces messages marketing finiront par disparaître.

    Si quelque chose est important pour nous et qu’il est en train de disparaître, existe-t-il un moyen de le sauver ?

    Certains ont essayé de le faire.

    Il existe aux États-Unis un site web appelé Internet Archive, qui se traduit en chinois par « 互联网档案馆 » et qui préserve un grand nombre de pages web originales. Mais pour avoir essayé de l’utiliser, les pages web originales en chinois sont très peu sauvegardées. L’utilisation en est très difficile, les fonctionnalités de recherche assez primitives et inefficaces. En définitive, quantitativement, elles n’ont pas permis de sauvegarder grand-chose.

    D’un point de vue technique, il ne devrait pas être difficile de sauvegarder toutes les pages web de l’Internet chinois jusqu’à l’essor de l’Internet mobile au cours des dix dernières années. Et le coût n’en serait pas élevé. Après tout, si on la compare à l’ère actuelle de l’Internet, où la vidéo est hégémonique, cette ère faite de pages web au graphisme limité est négligeable en termes d’espace.

    Si on la compare à l’ère actuelle de l’Internet, où la vidéo est hégémonique, cette ère faite de pages web au graphisme limité est négligeable en termes d’espace.
    He Jiayan

    La question est de savoir qui saura le faire, et mû par quoi.

    Les entreprises ne le feront pas. Elles n’y auraient pas d’intérêt commercial.

    Le gouvernement pourrait être en mesure de créer des archives qui conservent toutes les pages — tout comme il construit des bibliothèques et des musées. Mais dépenserait-il de l’argent pour cela ? Il semble qu’il n’y ait pas d’autre raison que de préserver l’histoire. Or même si le gouvernement le faisait, cela ne changerait rien pour les utilisateurs ordinaires d’Internet, car ces archives nécessiteraient un traitement immense concernant les données personnelles et ne seraient accessibles qu’à quelques-uns pour éviter précisément tout abus dans l’utilisation de ces données.

    D’ailleurs, même si un organe quelconque était disposé à le faire, il serait désormais trop tard. Après l’essor de l’Internet mobile, selon une estimation approximative, plus de 99 % du contenu de l’Internet chinois traditionnel devrait avoir disparu.

    D’une certaine manière, les articles que j’ai rédigés ont contribué à la préservation de l’histoire de leurs sujets. Si je n’avais pas écrit sur eux, une grande partie de cette histoire serait déjà introuvable en ligne. Pourtant il ne s’agit pas d’informations originales, mais seulement d’informations de seconde main que j’ai consolidées.

    Après l’essor de l’Internet mobile, selon une estimation approximative, plus de 99 % du contenu de l’Internet chinois traditionnel devrait avoir disparu.
    He Jiayan

    Aujourd’hui, sur tous les événements majeurs qui se sont produits au cours de la première décennie de ce siècle, toutes les célébrités qui ont laissé des traces profondes, les informations que l’on peut encore trouver sur l’Internet chinois sont presque toujours des informations de seconde main éditées par des médias pure player — ou même des informations qui ont été maintes fois reprises et republiées et qui sont depuis longtemps complètement différentes de leur forme originale.

    Les rapports originaux, les vidéos originales, les discours originaux, les observations originales des internautes, les commentaires originaux — tout cela a disparu.

    Dans quelques années, toutes ces informations de seconde main auront également disparu. Tout se passe comme si ces événements n’avaient jamais eu lieu. Comme si ces personnes n’avaient jamais existé.

    Il n’y a rien d’autre à faire que d’accepter la réalité.

    À l’ère d’Internet, les vingt premières années du XXIe siècle seront vingt années sans archives historiques.

    À l’ère d’Internet, les vingt premières années du XXIe siècle seront vingt années sans archives historiques.
    He Jiayan

    Si vous pouvez encore voir des informations anciennes de l’Internet chinois aujourd’hui, ce n’est que la dernière lueur du crépuscule.

    Si vous êtes saisis par leur nature éphémère, vous pourrez soupirer comme Faust sur son lit de mort implorant l’instant : « Arrête-toi, tu es si beau ! »

    Mais cette lueur sera bientôt engloutie par le temps et tombera dans le vide — en même temps que votre exclamation.

    Il n’y a pas d’échappatoire.

    Presque tout ce que vous voyez et créez maintenant — cet article, cette plateforme — finira par se noyer dans le vide.

    As China’s Internet Disappears, ‘We Lose Parts of Our Collective Memory’
    https://www.nytimes.com/2024/06/04/business/china-internet-censorship.html

    4.6.2024 by Li Yuan - The number of Chinese websites is shrinking and posts are being removed and censored, stoking fears about what happens when history is erased.

    Chinese people know their country’s internet is different. There is no Google, YouTube, Facebook or Twitter. They use euphemisms online to communicate the things they are not supposed to mention. When their posts and accounts are censored, they accept it with resignation.

    They live in a parallel online universe. They know it and even joke about it.

    Now they are discovering that, beneath a facade bustling with short videos, livestreaming and e-commerce, their internet — and collective online memory — is disappearing in chunks.

    A post on WeChat on May 22 that was widely shared reported that nearly all information posted on Chinese news portals, blogs, forums, social media sites between 1995 and 2005 was no longer available.

    “The Chinese internet is collapsing at an accelerating pace,” the headline said. Predictably, the post itself was soon censored.

    “We used to believe that the internet had a memory,” He Jiayan, a blogger who writes about successful businesspeople, wrote in the post. “But we didn’t realize that this memory is like that of a goldfish.”

    It’s impossible to determine exactly how much and what content has disappeared. But I did a test. I used China’s top search engine, Baidu, to look up some of the examples cited in Mr. He’s post, focusing on about the same time frame between the mid-1990s and mid-2000s.

    I started with Alibaba’s Jack Ma and Tencent’s Pony Ma, two of China’s most successful internet entrepreneurs, both of whom Mr. He had searched for. I also searched for Liu Chuanzhi, known as the godfather of Chinese entrepreneurs: He made headlines when his company, Lenovo, acquired IBM’s personal computer business in 2005.

    I looked, too, for results for China’s top leader, Xi Jinping, who during the period was the governor of two big provinces. Search results of senior Chinese leaders are always closely controlled. I wanted to see what people could find if they were curious about what Mr. Xi was like before he became a national leader.

    I got no results when I searched for Ma Yun, which is Jack Ma’s name in Chinese. I found three entries for Ma Huateng, which is Pony Ma’s name. A search for Liu Chuanzhi turned up seven entries.

    There were zero results for Mr. Xi.

    Then I searched for one of the most consequential tragedies in China in the past few decades: the Great Sichuan earthquake on May 12, 2008, which killed over 69,000 people. It happened during a brief period when Chinese journalists had more freedom than the Communist Party would usually allow, and they produced a lot of high-quality journalism.

    When I narrowed the time frame to May 12, 2008, to May 12, 2009, Baidu came up with nine pages of search results, most of which consisted of articles on the websites of the central government or the state broadcaster China Central Television. One caveat: If you know the names of the journalists and their organizations, you can find more.

    Each results page had about 10 headlines. My search found what had to have been a small fraction of the coverage at that time, much of which was published on the sites of newspapers and magazines that sent journalists to the epicenter of the earthquake. I didn’t find any of the outstanding news coverage or outpouring of online grief that I remembered.

    In addition to disappearing content, there’s a broader problem: China’s internet is shrinking. There were 3.9 million websites in China in 2023, down more than a third from 5.3 million in 2017, according to the country’s internet regulator.

    China has one billion internet users, or nearly one-fifth of the world’s online population. Yet the number of websites using Chinese language make up only 1.3 percent of the global total, down from 4.3 percent in 2013 — a 70 percent plunge over a decade, according to Web Technology Surveys, which tracks online use of top content languages.

    The number of Chinese language websites is now only slightly higher than those in Indonesian and Vietnamese, and smaller than those in Polish and Persian. It’s half the number of Italian language sites and just over a quarter of those in Japanese.

    One reason for the decline is that it is technically difficult and costly for websites to archive older content, and not just in China. But in China, the other reason is political.

    Internet publishers, especially news portals and social media platforms, have faced heightened pressure to censor as the country has made an authoritarian and nationalistic turn under Mr. Xi’s leadership. Keeping China’s cyberspace politically and culturally pure is a top order of the Communist Party. Internet companies have more incentive to over-censor and let older content disappear by not archiving.

    Many people have had their online existences erased.

    Two weeks ago, Nanfu Wang found that an entry about her on a Wikipedia-like site was gone. Ms. Wang, a documentary filmmaker, searched her name on the film review site Douban and came up with nothing. Same with WeChat.

    “Some of the films I directed had been deleted and banned on the Chinese internet,” she said. “But this time, I feel that I, as a part of history, have been erased.” She doesn’t know what triggered it.

    Zhang Ping, better known by his pen name, Chang Ping, was one of China’s most famous journalists in the 2000s. His articles were everywhere. Then in 2011, his writing provoked the wrath of the censors.

    “My presence in public discourse has been stifled much more severely than I anticipated, and that represents a significant loss of my personal life,” he told me. “My life has been negated.”

    When my Weibo account was deleted in March 2021, I was saddened and angered. It had more than three million followers and thousands of posts recording my life and thoughts over a decade. Many of the posts were about current affairs, history or politics, but some were personal musings. I felt a part of my life had been carved away.

    Many people intentionally hide their online posts because they could be used against them by the party or its proxies. In a trend called “grave digging,” nationalistic “little pinks” pore over past online writings of intellectuals, entertainers and influencers.

    For Chinese, our online memories, even frivolous ones, can become baggage we need to unload.

    “Even though we tend to think of the internet as somewhat superficial,” said Ian Johnson, a longtime China correspondent and author, “without many of these sites and things, we lose parts of our collective memory.”

    In “Sparks,” a book by Mr. Johnson about brave historians in China who work underground, he cited the Internet Archive for Chinese online sources in the endnotes because, he said, he knew they would all eventually disappear.

    “History matters in every country, but it really matters to the C.C.P.,” he said, referring to the Chinese Communist Party. “It’s history that justifies the party’s continued rule.”

    Mr. Johnson founded the China Unofficial Archives website, which seeks to preserve blogs, movies and documents outside the Chinese internet.

    There are other projects to save Chinese memories and history from falling into a void. Greatfire.org has several websites that provide access to censored content. China Digital Times, a nonprofit that fights censorship, archives work that has been or is in danger of being blocked. Mr. Zhang, the journalist, is its executive editor.

    Mr. He, author of the WeChat post that went viral, is deeply pessimistic that China’s erasure of history can be reversed.

    “If you can still see some early information on the Chinese internet now,” he wrote, “it is just the last ray of the setting sun.”

    #Chine #internet #dead_link #amnésie #histoire