• Roland Simon - La lutte de classe n’est jamais « pure » et c’est tant mieux
    https://dndf.org/?p=21431

    Les restructurations du mode de production capitaliste ne suivent jamais un plan, mais se construisent dans les affrontements internes de la classe capitaliste mondiale et par-dessus tout dans l’affrontement avec le prolétariat. La fraction de la classe capitaliste pouvant s’imposer aux autres et créer une hiérarchie vivable pour l’ensemble de la classe mondiale est celle qui résout et reconfigure le rapport d’exploitation. Les luttes internes à la classe capitaliste nationalement et mondialement, jusqu’à la guerre qui n’en n’est que la poursuite, n’ont de sens que de trouver la meilleure solution de renouvellement de l’exploitation pour l’ensemble du capital.

    Dans cette crise de la mondialisation, entre « patriotes » et « mondialistes », (pour reprendre les termes du RN) c’est à l’échelle mondiale une guerre civile idéologique qui se déroule (avec des Etats qui cristallisent ces idéologies), sauf que les « mondialistes » sont prêts, sous certaines conditions, à laisser les clés de la boutique aux « patriotes » dans la mesure où ils géreront la crise de la mondialisation et son renouveau, nécessairement sous d’autres formes.

    Face à un Etat traversé par et agent de la mondialisation, la citoyenneté est devenue l’idéologie sous laquelle est menée la lutte de classe ou au moins la reconnaissance de la figure de la « dignité ouvrière ». La citoyenneté, c’est l’appartenance à la communauté nationale jusqu’à et y compris la « préférence nationale ».

    • On se sent toujours un peu con de pas tout comprendre à la prose de RS.
      Moins à cause du fond que de la forme très lourde poussant à la limite ce que permet la grammaire française (et qui nécessiterait à la fin une relecture puis réécriture complète). Il faut relire plusieurs fois une phrase pour savoir ce qui se rapporte à quoi.

      Exemple typique :

      "Si nous revenons en arrière seulement d’une vingtaine d’années, la « préférence nationale » était la construction d’un groupe « racial » à partir de critères qui ne le sont pas_ (...) " => "qui ne le sont pas"... pas quoi ? "racial" (faute d’accord mais c’est bien le sens) ? qui ne sont pas des critères (logique grammaticalement mais absurde du point de vue du sens).

      Sur le fond l’auteur semble vouloir nous dire que nationalisme et identité ouvrière ont été historiquement liés. Et que par conséquent il pourrait y avoir de belle surprise dans la remise des clefs du pouvoir (patate chaude) de la bourgeoisie modernisatrice au RN réactionnaire :

      Si actuellement les contradictions sociales (« fondamentales ») sont politiquement surdéterminées, le « peuple souverain » peut réserver bien des surprises à ceux qui le mettent en œuvre et le préemptent comme l’opposition de sa Majesté.

      A mon sens, c’est trop se focaliser sur le passé et des questionnements incessants sur les conséquences apparemment infinies de la disparition de l’identité ouvrière. On est déjà dans un autre stade. Il est évident pour moi que le programme politique du RN correspond à une mise au pas de toute la société au rythme de la marchandise sensée être désirable (une fois enrobée des oripeaux identitaires franchouillards), là où celui du NFP correspond à un déni complet de ce que la marchandise fait à la société et qu’il ne souhaite pas plus abolir (mais encore faudrait-il problématiser la chose).

    • Si les classes dominantes dans leurs diverses fractions, la grande bourgeoisie bien assise, les nouveaux condottieres milliardaires de la tech, le capital financier, les multinationales de l’industrie, jouent cette extrême droite, c’est à la fois comme instrument politique de la crise de la mondialisation et instrument d’une nécessaire restructuration encore balbutiante et en grande partie imprévisible dans les affrontements de son déroulement. S’ils jouent l’extrême droite c’est qu’elle est la plus à même de gérer le fondement même de la crise et, quelle que soit la façon dont la chose se réalise, la nécessaire renationalisation (ou en blocs régionaux, ou en réseaux non spatialement délimités en frontières) des aires de valorisation et de péréquation en relation avec une reconnexion (à définir) de la reproduction de la force de travail. Si la classe dominante dans toutes ses variantes est prête à leur laisser les clés, c’est en sachant non seulement qu’elles devront (et elles en manifestent déjà l’intention) tempérer et ajuster leur « programme », mais surtout en ce qu’elles sont l’expression adéquate de la préemption réalisée sur « l’opposition populaire » en engageant et mobilisant le peuple dans la restructuration de la mondialisation en en contrôlant les réactions quand ses ravages se manifesteront.

      En clair ce qui est dit ici :L’extrême-droite est soutenue par les milieux d’affaire parce que
      – il y aurait un mouvement de « démondialisation » du capitalisme qui s’amorce (présageant une « restructuration » dans le langage des communisateurs)
      – l’extrême-droite est la mieux à même d’en symboliser l’idéologie au travers du repli identitaire / réactionnaire / nationaliste devenu populaire. Mais aussi au travers d’une défense du « travail » et la critique de l"’assistanat" marqueur du vote d’extrême-droite.

    • Législatives 2024 : près d’Orléans, à Fleury-les-Aubrais, des électeurs prêts à « renverser la table » en élisant un député RN

      https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/06/17/pres-d-orleans-a-fleury-les-aubrais-des-electeurs-prets-a-renverser-la-table

      L’autre grand sujet d’exaspération, qui surgit très vite dans la conversation, ce sont les « abus » en matière de droits sociaux. « Quand on me parle des familles monoparentales et de leurs difficultés, je rigole, lance M. Fontaine. Le soir, je croise le mari de ma voisine sud-africaine qui va la rejoindre en catimini. Et ce n’est pas un cas isolé. »

      En même temps, si le journaliste creusait un peu, il verrait la très grande difficulté qu’ont les gens à utiliser ces droits sociaux (non recours).

      Naturalisé français depuis quelques années, il n’a pas de mots assez durs pour dénoncer « un système qui encourage à ne pas travailler », mais aussi réclamer « la priorité aux Français », notamment dans l’attribution des logements sociaux.

      ... Comme quoi le fait qu’on soit englués dans la prison du salariat explique plus de choses que le blabla identitaire.

    • Ceci dit, le blabla identitaire est le fait de quelques crapules nazi-friendly. L’autre problème est que ce brouet nauséabond est servi « à feu roulant » par les médias depuis plus d’une décennie. Le salariat et le monde ouvrier ne sont que les victimes (plus ou moins complaisantes) d’une propagande éhontée contre les forces de progrès social.

    • La perspective d’une démondialisation économique (et d’une restructuration du capitalisme qui se cherche et qui n’est pas un plan comme l’indique RS) va, dans le moment actuel, dans le sens du RN qui est le pôle politique le plus susceptible de l’incarner idéologiquement.

      Comme l’explique Stefano Palombarini (1) dans les dernières élections le RN semble avoir pris la relève des macronistes dans la représentation du bloc bourgeois.

      Le pont entre l’idéologie néolibérale et celle de l’extrême-droite étant une vision compétitive de la société, par cercles concentriques : d’abord moi / ma famille, ensuite mon entreprise (qui est une famille travaillant pour le profit), ensuite mon pays (en compétition avec les autres).

      Dans cette vision politique, quand il y a solidarité-égalité au niveau d’un cercle, c’est uniquement pour asseoir une domination au niveau du cercle du dessus :

      – La protection sociale entre français c’est ok (cercle national), vive les services publics etc
      VS
      La protection sociale mérite toutefois d’être détricotée pour maintenir la compétitivité (cercle de l’entreprise) et parce que c’est mal de reposer sur le travail des autres

      – L’égalité homme-femme c’est ok au niveau sociétal quand ça sert à critiquer les musulmans et le port du voile. VS
      à l’échelle de la famille le patriarcat est défendu.

      Le programme économique de Le pen père était très libéral et il semble que celui du RN, après avoir fait semblant d’être social dans le discours, va suivre le même chemin.

      Les premières cibles du RN ne seront pas forcément les étrangers mais les fonctionnaires (hors police), les chômeurs et allocataires CAF, les déviants.

      L’autre signal de la prise de relai de l’extrême-droite du libéralisme économique, c’est l’intransigeance en matière de toute avancée écologique qui gênerait ne serait-ce qu’un tout petit peu l’activité économique.

      (1)

      LM : Quel lien entretient ce bloc bourgeois avec l’arrivée imminente ou possible du RN au pouvoir ?

      Stefano Palombarini : Il entretient plusieurs liens très forts. Le premier lien c’est que justement ces alliances sociales se forment à l’intérieur du même paradigme. Il n’y a pas de discontinuité majeure du point de vue idélogique entre le bloc bourgeois et le bloc de l’extrême-droite. Par exemple si on prend ce rôle de l’Etat, la centralité de l’entreprise, au fait que le conflit capital-travail c’est quelque chose d’inconcevable, parce que quand on est dans une entreprise, on travaille tous dans la même... on est une famille quoi, on travaille pour le profit. ça s’est aussi dans l’idéologie du bloc d’extrême-droite, c’est pas seulement le bloc macroniste. Il y a une différenciation au niveau de la composition de classe, mais qui est en train de s’amoindrir.

      #extrême-droite

      https://lundi.am/Un-lundisoir-tous-les-soirs