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  • Pour la première fois, à la barre, Gisèle Pelicot hausse le ton : « J’ai l’impression que la coupable, c’est moi »
    https://www.lefigaro.fr/faits-divers/j-ai-l-impression-que-la-coupable-c-est-moi-et-que-les-50-victimes-c-est-ce

    Gisèle Pelicot arrive, déterminée, à la barre. Pour la première fois, elle hausse le ton. « Depuis que je suis arrivée dans cette salle d’audience, je me sens humiliée. Je serais complice de Monsieur Pelicot ? Je serais alcoolique ? Exhibitionniste ? Je suis une femme pudique. L’échangisme et le triolisme ne font pas partie de ma culture. En tant que femme, l’humiliation est totale. C’est tellement dégradant. Et très éprouvant », déclare-t-elle avec une certaine fermeté. Et ajoute, indignée : « je comprends que les victimes de viol ne portent pas plainte : on doit passer par un déballage humiliant ».

    La septuagénaire, droguée et violée à son insu par 51 hommes, dont son mari Dominique Pelicot, se dit également profondément choquée par toutes les questions concernant l’horodatage des vidéos filmées par son ex-mari. « Est-ce que c’est une question de temps, le viol ? Trois minutes c’est pas un viol, mais une heure c’est un viol ? Si, à cet instant, ces hommes avaient devant eux leurs filles, est-ce qu’on aurait le même débat sur l’horodatage des vidéos ? Aujourd’hui, j’ai l’impression que la coupable, c’est moi, et que les 50 victimes, ce sont ceux qui sont derrière moi. » Tout à coup, Gisèle Pelicot lève la voix, s’emporte : « Je m’interroge : à partir de quel moment on considère qu’un mari décide pour sa femme ? Quand on voit une femme inerte, comme ça, dans son lit, on la viole ? ». Et, désignant les accusés : « Ils n’ont pas de cerveau ? C’est quoi ces hommes, des dégénérés ? »

    • « Vous l’avez dit ou vous ne l’avez pas dit ? »

      Quelques accusés se raclent la gorge, protestent. Mais plus rien n’arrête Madame Pelicot. « Oui ! Je le dis : dégénérés ! Et j’ai le droit de le dire : ce sont des dégénérés ! ». Pas un des mis en cause ne bronche cette fois-ci. L’avocat général, resté jusqu’alors assez silencieux, l’interroge sur les propos tenus la semaine dernière par le bâtonnier Me Guillaume de Palma qui, défendant 6 accusés, avait déclaré : « il y a viol et viol. Sans intention de le commettre, il n’y a pas viol ». Interpellée par la question du ministère public, Gisèle Pelicot, d’habitude si calme, s’emporte et sort de ses gonds : « Je n’ai pas l’habitude de m’énerver, mais là, franchement, ça suffit ! Non, il n’y a pas “viol et viol” ! », martèle la septuagénaire, « ce bâtonnier aurait-il dit cela si c’était sa fille qui se présentait aujourd’hui à la barre ? Non, je le redis : un viol est un viol. Point ». 

      Réagissant aux propos de Gisèle Pelicot, le bâtonnier, Me Guillaume de Palma, s’avance. Et, s’adressant au ministère public : « Vous vous faites le relais de ce que disent les médias ! Je ne veux pas qu’on spécule sur ma mère, ma fille ou autre ». Des voix s’élèvent, des robes noires s’agitent, une confusion s’installe. « Ce n’est pas le moment d’entrer dans un débat périphérique à ce débat », proteste le président de la cour Roger Arata, tentant d’apaiser la salle : « quand nous aurons terminé l’audition de Madame Pelicot, nous nous réunirons, et nous viderons l’abcès » concernant cette polémique. Des avocats s’offusquent. Gisèle Pelicot, imperturbable, reprend le dessus et s’adresse au bâtonnier : « Alors, vous l’avez dit, ou vous ne l’avez pas dit ? ». Peu audible au milieu du brouhaha, elle hausse le ton et réitère, ferme et définitive : « Vous l’avez dit ou vous ne l’avez pas dit, qu’il y a viol et pas viol ? ». 

      « Madame, je voulais dire qu’il y avait viol dans son acceptation journalistique et dans son acceptation juridique », répond le bâtonnier, peu convaincant, « je suis désolée que ces propos vous aient blessée et choquée. Mon intention était de rappeler la règle de droit ». Il marque une pause. Puis : « nous devons tous assurer la sérénité des débats. Il ne s’agit pas de... », sa voix s’élève tout à coup, résonne dans toute la salle, il fulmine, s’égosille, « ...de jeter du sel, encore et encore, sur une polémique ! », tonitrue Me de Palma. Le président lui demande « d’arrêter de hurler ». Alors, le bâtonnier se tourne vers ses confrères : « Cette polémique a été alimentée à tel point que, nous, avocats, nous avons désormais le sentiment d’être devenus des accusés... » La salle se tait. Me de Palma retourne à sa place. L’un de ses confrères prend sa défense : « Madame, les avocats défendent les criminels... Et pas les crimes ».

    • Elle a quelque chose de Dimitrov.
      Je lis les CR de Le Monde par le journaflic maison Henri Seckel, descendu dans le sud pour l’occase. Elle, elle assure grave. Tout le monde doit l’admettre. Avoir choisi la publicité des débats permet de rendre visible la partition usuelle des avocat.es de la défense en matière de viol (accuser celle qui a été violée). Là, ils ont du se modérer car la presse était là, et pourtant.

      https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/09/19/au-proces-pelicot-l-accusatrice-accusee-je-comprends-que-les-victimes-de-vio

      (...) deux avocats de la défense avaient obtenu que soient diffusées devant la cour criminelle du Vaucluse quelques photos de Gisèle Pelicot extraites d’un disque dur de son époux, estimant qu’elles seraient « utiles à la manifestation de la vérité ». Gisèle Pelicot est donc venue à la barre mercredi après-midi, sa fille Caroline, qui l’épaule chaque jour, avait quitté la salle à la demande de sa mère, et vingt-sept clichés ont défilé dans le silence : Gisèle Pelicot nue et visiblement consciente, des positions lascives, des gros plans sur son entrejambe.
      L’intéressée dit n’avoir aucun souvenir de ces instantanés – pris, selon elle, à son insu ou lorsqu’elle était sédatée par son mari –, mais elle comprend très bien la manœuvre : « On cherche à me piéger avec ces photos, on veut montrer que j’ai appâté ces individus chez moi et que j’étais consentante. »

      « En fait c’est moi la coupable, c’est ça ? »

      « J’observe que Mme Pelicot est éveillée, on la voit sourire, dit en effet Isabelle Crépin-Dehaene, avocate de la défense à l’initiative de cette diffusion. Toutes les femmes n’accepteraient pas ce type de photos. Elles montrent qu’il y a eu une demande de la part du mari parfaitement connue par l’épouse. J’en déduis qu’il y avait au sein du couple Pelicot un jeu sexuel qui leur est propre. »
      Me Crépin-Dehaene suggère que certains clichés aient pu servir à Dominique Pelicot pour attirer chez lui des hommes à qui il offrait, dans leur chambre, sa femme préalablement droguée. « Peut-être ces photos ont-elles pu légitimement faire penser à l’homme recruté sur Internet que madame était désireuse du jeu sexuel et consentante pour un moment à trois. »

      Gisèle Pelicot peine à garder son flegme [déjà légendaire, ndc] : « J’ai appâté, j’ai fait semblant, j’étais ivre, j’étais complice… Il faut un sacré degré de patience pour supporter tout ce que j’ai pu entendre. Maintenant on montre ces photos prises à mon insu. En fait c’est moi la coupable, c’est ça ? » « Je vous rassure, ce n’est absolument pas votre procès », s’est-on senti obligé de lui dire, du côté de la défense. « Un petit peu quand même », a-t-elle répondu.

      [...]

      La réalité est que la publicité des débats choisie contre toute attente par Gisèle Pelicot dérange terriblement les accusés. L’hostilité à son endroit, mercredi, de la part de certains avocats de la défense pourtant bridés par la présence des journalistes, donne une idée du jeu de massacre qu’aurait été ce procès s’il s’était tenu à huis clos.

      (ce sur quoi travaille la police-justice, dans ce cas comme dans d’autres, c’est l’intention. ici c’est la thèse du viol sans en avoir conscience qui est servie par les accusés et leurs avocat.e.s)

      #viol #justice #culture_du_viol #Gisèle_Pelicot #justice