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Craignosse, les turlutosses !

  • Un culte du chef ? - Culture militaire et verticalité organisationnelle au #front_national | Par #Félicien_Faury et Guillaume Letourneur, Revue française de science politique, 2020/3
    https://shs.cairn.info/revue-francaise-de-science-politique-2020-3-page-399

    Au total, ce sont 15 % des responsables départementaux du #FN mariniste qui ont évolué à titre personnel dans le giron de l’institution #militaire. Comme par le passé, le monde militaire fait ainsi résolument partie des milieux surreprésentés au FN.

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    Ces récits témoignent du sentiment, chez ces anciens militaires, qu’il existe une profonde cohérence entre le monde militaire et l’institution frontiste. Le réinvestissement des capitaux (et de l’illusio qui les accompagne) de l’un vers l’autre apparaît relativement peu coûteux du fait de leur « certification interne  » au sein de l’organisation partisane. Cette facilité de recyclage des appétences et compétences d’un univers à l’autre renforce dès lors le recrutement partisan dans les milieux militaires. Un tel recrutement est par ailleurs rendu concrètement possible du fait d’une continuité des #sociabilités et des pratiques extra-politiques : les enquêtés mentionnent ainsi régulièrement la fréquentation de stands de tir, la participation à des dispositifs locaux orientés vers la sécurité (« Voisins vigilants ») ou des engagements communs dans des associations patriotiques. En Mayenne, par exemple, l’Union nationale des parachutistes, considérée par ses membres comme « non-politique », est présidée par Jean Y., un responsable départemental du FN, et peut en certaines occasions se constituer en relais vers le parti et offrir ainsi un vivier de #militants et de candidats en vue d’échéances électorales locales.

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    Supports d’exemplarités politiques et morales, objets de rétributions partisanes, les militaires sont ainsi en bonne position pour contribuer à façonner et à exprimer les normes culturelles dominantes du parti, partagées au-delà de ce seul groupe professionnel. Les illustrations sont nombreuses. S’agissant par exemple du système de récompenses partisanes, la décoration interne de la « flamme d’honneur » emprunte largement au décorum militaire, avec quatre grades et un « conseil de la flamme » à l’image d’une chancellerie. De même, les rassemblements militants sont fortement marqués par la symbolique empruntée à l’armée, avec des codes vestimentaires spécifiques, où certains militants exhibent des symboles explicitement militaires (bérets, tee-shirts, médailles) sans faire l’objet de réprobations. Le chant de l’hymne national La Marseillaise y occupe également une place centrale et revêt une connotation particulièrement patriotique et militarisée au FN, observable notamment dans la posture des corps (tous les militants se lèvent, se tiennent droit, chantent fort). Enfin, la communication partisane, au niveau national comme au niveau local, présente un soutien quasi systématique aux forces militaires, à la fois par stratégie d’entretien d’une base électorale – du fait de la surreprésentation de ces catégories dans l’électorat frontiste – et par volonté d’affirmation d’une ligne politique orientée vers les thématiques de l’ordre et de la sécurité. La culture militaire résonne également avec l’#idéologie nationaliste du parti, le travail des professionnels de l’ordre étant présenté comme d’autant plus indispensable et admirable qu’il fait écho à la défense de l’intégrité nationale et au combat contre le terrorisme. Ainsi, qu’il s’agisse des modes de hiérarchisation partisane, des moments de cohésion militante ou des thématiques de propagande électorale, l’univers militaire apparaît omniprésent dans la structuration et la vie quotidienne du #parti.

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    Si l’univers militaire imprègne tous les pans de l’organisation frontiste (du recrutement militant à l’idéologie), il fonctionne également comme mode de légitimation de sa culture organisationnelle. La structure pyramidale du parti trouve ainsi ses conditions de possibilité dans les dispositions et sensibilités de ses membres, pour lesquels la verticalité du commandement politique et la centralité du chef sont largement acceptées – rendant dès lors très difficile toute critique interne de ce fonctionnement. Grammaire discursive, la culture militaire fonctionne ainsi plus spécifiquement comme « grammaire disciplinaire  » dominante au FN, légitimant le mode hiérarchique de son organisation. La démonstration se concentrera sur trois aspects caractéristiques de la culture organisationnelle du FN : la verticalité et le centralisme du fonctionnement militant ; la faible propension aux pratiques délibératives ; la résolution des conflits internes par l’exclusion ou la défection.

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    L’examen des dispositions socioculturelles des militants permet ainsi d’expliquer comment les règles objectivées d’un parti sont entretenues, justifiées et « motivées  », et de ce fait débouchent sur des pratiques effectives. Or un des symptômes de la prégnance de la culture militaire est la manifestation parmi les adhérents au FN de croyances fortement positives à l’égard des fonctionnements hiérarchiques. Ceci correspond à ce que l’on sait par ailleurs des membres du « cercle des sympathisants » du FN – dont une étude avait montré leur rejet de principe d’une « société sans #chef ». Mais s’agissant des militants, le point qui nous semble ici important est que ces inclinations à la hiérarchie ne valent pas seulement pour « la société », mais aussi pour le parti lui-même. Ces visions du monde semblent donc constituer les « présupposés de base  » au fondement de la culture organisationnelle frontiste, légitimant sa structure hiérarchique.