croit que ce doit bien être le seul sujet au monde sur lequel elle a une position extrême-centriste — c’est-à-dire de sociale-traîtresse. Elle vous raconte ? Allez, elle vous raconte parce qu’un Lectorat doit TOUT savoir :
L’Académie frrrrrrançaise vient de sortir la neuvième édition de son dictionnaire — la première depuis quatre-vingt-neuf ans, ça va, il n’y a pas d’abus, quand on est Immortel·le on peut prendre son temps. Évidemment l’ensemble des rombières et rombiers qui y ont participé s’est auto-congratulé devant tant d’audace et de modernité (les ceusses viennent de faire entrer « scoubidou », « rancart » et « vibromasseur », c’est dire à quel point iels sont chébrans), et tout aussi évidemment leurs contempteurices (notamment Les Linguistes Atterré·e·s) leur sont immédiatement tombé·e·s sur le paletot, arguant pas tout à fait à tort que l’ouvrage pue la naphtaline, ne tient aucun compte de l’évolution de la langue et ne fait par exemple aucune mention de l’existence des graphies neutres, inclusives ou épicènes — bref, qu’il ne faudrait même pas laisser ces schnocks finir leur camomille avant de les envoyer en EHPAD.
Eh bien la vieille Garreau est... entre les deux, oui, parfaitement. Parce que quelque part elle trouve ça bath que dans ce monde de débiles mercantiles il subsiste encore un aréopage dont la seule fonction est de veiller et statuer sur les mots, de rappeler que ceux-ci ont une histoire et un sens et qu’on ne peut pas impunément leur faire subir n’importe quoi — à ce titre il lui semble qu’elle-même aurait a-do-ré porter l’habit vert, ça aurait été parfaitement assorti à son teint de dictateuse à l’agonie. Elle est donc absolument POUR le principe de l’Académie ; le problème c’est les ceusses qui y siègent, à deux ou trois exception près un ramassis de droitard·e·s réacs et moisi·e·s. Là-dessus les Linguistes atterré·e·s ont raison, la langue ne doit pas être dogmatique et toute évolution langagière est bonne à prendre à partir du moment où cette évolution n’est pas « gratuite » mais construite. Le français c’est aussi de l’argot, du verlan, du louchebem, du caillera des té-cis ; c’est des mots anglais, arabes, russes ou italiens ; c’est des expressions imagées sorties de nulle part. Et enfin et surtout le masculin n’est pas la norme comme le féminin ou le neutre ne sont pas de simples fantaisies.
Donc OUI à l’Académie, mais avec de vrai·e·s académicien·ne·s de gauche, de toutes origines, de tous les milieux sociaux, de tous les sexes et de tous les genres.
Zyva, ça fait grave bizarre d’être modérée.
