Tourisme : La Rochelle coupe les boîtes à clés, symbole du conflit entre les villes et Airbnb
▻https://objectifaquitaine.latribune.fr/business/immobilier/2024-12-30/tourisme-la-rochelle-coupe-les-boites-a-cles-symbole-du-
La Rochelle est la dernière ville d’une longue série à avoir interdit l’accrochage de boîtes à clés dans l’espace public. Cette régulation municipale va de pair avec la loi votée début novembre au Parlement pour encadrer l’effervescence des locations meublées touristiques dans certains territoires.
Entre Noël et le Nouvel An, il n’est de meilleur moment pour flâner sur le Vieux Port de La Rochelle : la mairie a décidé d’en faire un éphémère havre de quiétude en empêchant la circulation. Seul le rugissement strident d’une disqueuse vient briser le tableau maritime. Autre conséquence de l’action municipale, ce trouble est l’œuvre de la police de l’environnement qui supprime les boîtes à clés des arceaux vélo et autres bancs publics.
A quelques jours des fêtes de fin d’année, ces petits écrins à code disparaissent progressivement du paysage urbain. Au grand dam des touristes. Car ces boîtes renferment les précieuses clés qui leur permettent d’accéder au logement meublé loué sur des plateformes telles qu’Airbnb ou Abritel. « L’espace public n’est pas un support pour l’activité commerciale », balaye Marie Nédellec, adjointe au maire. Comme Rome, Florence, Marseille, Nice, Lille et Annecy, la première ville française à l’avoir fait dès 2022, le conseil municipal de La Rochelle a signé début novembre un arrêté interdisant l’accrochage de ces boîtiers sur le mobilier urbain.
« On pose des autocollants et les propriétaires ont quinze jours pour retirer leur boîte, explique l’élue rochelaise, dont l’action a entraîné la suppression de quelques dizaines de boîtiers. La boite à clés est un symbole de ce tourisme qui ne fait que grandir et pour lequel il faut un encadrement. »
Réglementations variables
Un nouveau tour de vis pour les propriétaires, alors que depuis septembre les plaisanciers du port des Minimes n’ont déjà plus le droit de louer leur bateau pour des nuitées sur Airbnb. Leurs représentants comprennent pourtant la décision municipale. « Installer des boîtes à clés sur le domaine public c’est illégal. Je trouve anormal que des propriétaires en mettent sur les bancs et dans l’espace public », adresse Jean-Louis Racaud, président de la chambre syndicale des propriétaires de La Rochelle. Pour les copropriétés, la boîte à clé devra être installée en façade d’immeuble ou dans les parties communes... à condition d’obtenir l’accord du syndicat de copropriété comme l’impose désormais la loi. Pour permettre d’adapter le curseur des réglementations locales, l’Assemblée nationale et le Sénat ont voté début novembre ce texte donnant davantage de pouvoir aux communes pour réguler Airbnb.
Les villes qui souhaitent le plus limiter le nombre de meublés de tourisme pourront par exemple appliquer des quotas drastiques ou encore réserver des zones à la construction de résidences principales. Une façon d’ajuster le curseur d’un territoire à l’autre, alors que la location de courte durée fait aussi le bonheur de certains espaces ruraux ou plus isolés.
« Cette réglementation donne un certain nombre d’outils aux communes et leur laisse le choix, mais elle ne sert à rien, juge pourtant Jean-Louis Racaud. Dans d’autres pays, cette même loi n’a eu aucun effet sur la fluidification du marché locatif... » A la mairie de La Rochelle en revanche, on se satisfait de la nouvelle panoplie législative mais on s’impatiente toujours de connaître l’avis de la justice sur la réglementation locale suspendue provisoirement en mars 2023. Celle-ci visait carrément à brider la location des logements de moins de 35m2 sur Airbnb. En attendant, « on perd encore des logements qui étaient loués à l’année pour les populations locales », regrette Marie Nédellec. Une telle restriction n’a pour l’heure été introduite nulle part en France.

