Cette reconstruction a été prise en charge par une société foncière, Solidere, redevable à ses actionnaires, pas aux citoyens libanais. […] avec pour seul but de ramener plus de profit aux actionnaires de la société foncière. Mais ce n’est pas la faute de la société foncière, mais de l’État. Finalement, l’État au Liban, c’est une pieuvre d’intérêts privés qui utilise les pouvoirs publics pour reproduire le système du clientélisme confessionnel.
La phrase « Mais ce n’est pas la faute de la société foncière, mais de l’État. » n’est pas bien claire : la société foncière, c’est Solidere ; Solidere c’était Hariri ; et Hariri c’était l’État. Est-ce que c’est ce qu’elle veut dire avec la « pieuvre d’intérêts privés » ensuite ? Ça gagnerait à être explicité.
Par ailleurs, peut-être rappeler un des thèmes principaux de Georges Corm et de Charbel Nahas : l’« idéologie de la reconstruction » est justement ce qui a permis de justifier et masquer l’immense hold-up sur les finances libanaises sous Hariri père (de mémoire la reconstruction elle-même n’aurait coûté que quelques milliards de dollars, mais aurait généré une dette odieuse – notamment auprès des élites libanaises – de plusieurs dizaines de milliards), ce qui se termine aujourd’hui par la faillite complète de l’État libanais.
►https://tokborni.blogspot.com/2007/01/les-racket-de-la-dette.html
Il y a aussi cette idée qui circule assez largement au Liban depuis l’effondrement de la livre libanaise et la faillite de l’État, selon laquelle cet effondrement serait directement lié à une volonté internationale (pilotée donc par les États-Unis, mise en œuvre par les pays du Golfe) de faire définitivement pression sur le Liban pour, de manière interne, éliminer les armes du Hezbollah. L’idée serait que l’économie et la dette étaient régulièrement soutenus par les donateurs et prêteurs étrangers, et que l’effondrement serait venu d’une décision politique de ne plus reconduire ces soutiens. Je ne sais pas à quel point c’est vrai (même si des menaces explicites avaient été formulées précédemment), mais c’est une idée qui circule beaucoup au Liban. Et dans cette logique, la reconstruction elle-même, cette fois, risque d’être conditionnée à un ultimatum d’éliminer les armes du Hezbollah. Ce qui, pour de nombreux libanais, constituerait le fondement de « la très grosse différence » évoqué ci-dessus.
(Au fait, comme je voudrais pas avoir l’air de critiquer : merci @rumor pour cette excellente interview de Mona Fawaz !)