C’était la semaine de mon intervention annuelle auprès d’étudiantes et étudiants en spécialisation dans le domaine de l’énergie. Toutes et tous diplômé·e·s d’école d’ingénieur, toutes et tous en alternance depuis plusieurs mois chez des grosses pointures du domaine (énergie fossile ou électricité, je vous laisse deviner…) On cause prévision et on utilise beaucoup Excel, dans le déroulement du module.
Aussi, je leur demande systématiquement – normalement, j’interviens en formation permanente – comment ils réaliseraient telle ou telle opération sous Excel. C’est toujours un moment intéressant qui me permet d’entrevoir les pratiques effectives de calcul en entreprise et les modes d’utilisation d’Excel ainsi que d’observer les résultats de l’apprentissage sur le tas, puisque l’utilisation du tableur n’est pratiquement jamais enseignée.
Pour la première fois, cette année, l’un d’entre eux me dit : je demande à ChatGPT (en fait, c’est plutôt Copilot vu l’environnement, mais ChatGPT est visiblement devenu le nom générique de l’IA). Approbation générale, discussion générale, je charge l’étudiant en question de systématiquement solliciter l’IA après mes explications.
Résultat : impressionnant ! Sur la qualité des réponses, mais aussi quand je vois l’étudiant, face à une réponse difficilement interprétable compléter immédiatement le dialogue par cette phrase : j’ai un bon niveau en mathématiques, ce qui déclenche une reformulation cette fois-ci correcte et compréhensible. Ce qui m’impressionne le plus ce n’est pas tant cette option sur le niveau – après tout, dans tout exemple on a des instructions du genre explique pour un enfant de cinq ans, mais c’est la spontanéité du réflexe de l’étudiant qui démontre une utilisation totalement intégrée dans sa pratique quotidienne. On peut aussi passer une copie d’écran avec un tableau de nombres et demander comment produire telle colonne à partir des autres. Et je suis vraiment étonné de la qualité du résultat quand l’IA traite des sujets pointus et récents, par exemple l’utilisation des formules matricielles dites « dynamiques ».
Du côté négatif, mes élèves sont évidemment bien au courant que le bilan énergétique d’une interrogation par IA est sans commune mesure avec celle d’une simple recherche et, bien sûr, de la difficulté à formuler l’interrogation – le prompt –, cela est souligné dans toutes les démos et nous avons eu l’occasion de nous en rendre compte à l’usage.
Mais, au final, quand on compare à ce que fournit une recherche classique sur Google, il n’y a pas photo ; je viens de tester sur l’exemple « avancé » mentionné ci-dessus. Déjà, pour une recherche " classique ", il faut savoir comment s’appelle la fonctionnalité cherchée. En l’espèce, je cherchais des explications sur l’emploi de l’opérateur # dans une référence. Au bout d’une dizaine de minutes aucun résultat utile voire même approchant, et ce, en français comme en anglais. En fait, il faut utiliser les mots tableau dynamique (anglais dynamic array) et c’est tout-de-suite l’enfer, parce qu’en français tableaux dynamiques, ce sont les tableaux croisés dynamiques c’est-à-dire tout-à-fait autre chose soit traduction de l’anglais pivot table. Du coup, si la chose vous intéresse, sachez que la propagation automatique de ces nouveaux objets se dit en anglais spill, oui, comme marée noire… ;- )
Enfin, dans la discussion générale, un autre étudiant intervient :
– en fait, notre hiérarchie nous encourage même à utiliser l’IA
moi : avec quels arguments ?
étudiant : ben, comme ça on ne va pas voir d’autres personnes
moi (choqué !, comme on dit, aujourd’hui) : bon courage pour vos 40 ans d’une vie professionnelle où sera valorisé positivement le fait d’éviter les interactions avec d’autres personnes.
(rappel : ils sont en apprentissage avec donc, officiellement, un maitre d’apprentissage remplissant une fonction de tuteur…)
