communisation

Sur la communisation et le chaos.

  • RIP David Lynch
    https://www.theguardian.com/film/2025/jan/16/david-lynch-twin-peaks-and-muholland-drive-director-dies-aged-78

    Lynch ploughed a highly idiosyncratic furrow in American #cinema: from his beginnings as an art student making experimental short films, to the cult success of his surreal first feature Eraserhead, and on to a string of award-winning films including Blue Velvet, Wild at Heart and Mulholland Drive, as well as the landmark TV show Twin Peaks. He received three best director Oscar nominations (for Blue Velvet, The Elephant Man and Mulholland Drive), and was given an honorary lifetime achievement Oscar in 2019; he won the Palme d’Or at the Cannes film festival for Wild at Heart in 1990.

    • https://www.arte.tv/fr/videos/117724-000-A/david-lynch-une-enigme-a-hollywood

      Créateur d’une absolue liberté, David Lynch a construit son œuvre comme une énigme à déchiffrer entre rêve et réalité. Réalisateur culte dès ses premiers films ("Eraserhead", « Elephant Man »), Lynch bouleverse à jamais l’univers de la télévision avec sa série « Twin Peaks », avant de s’attaquer aux mensonges d’Hollywood dans « Mulholland Drive ». Retraçant la vie du cinéaste le plus influent de sa génération, ce documentaire explore le sens caché d’une filmographie implacablement cohérente et plonge sous la surface sombre et grouillante de l’American Dream.

      En 1990, avec Twin Peaks, David Lynch révolutionne l’univers des séries, captivant quelque 34 millions de téléspectateurs à travers le monde. La Palme d’or à Cannes qu’il remporte la même année pour Sailor et Lula achève de révéler ce maître de l’étrange qui intrigue autant que ses films. Comment ce cinéaste en marge d’Hollywood est-il devenu l’un des plus influents de sa génération, imposant sa vision surréaliste sur les écrans mais aussi dans le monde de l’art ? Peintre des profondeurs de l’âme humaine, David Lynch fait une entrée fracassante au cinéma avec deux films désormais cultes : Eraserhead (1977) et Elephant Man (1980). Avec Blue Velvet, il ancre ses images dans la nostalgie de l’enfance et révèle la part d’ombre du rêve américain. À partir de Twin Peaks : Fire Walk with Me, le génial cinéaste s’emploie à dynamiter les codes de la narration classique pour mieux dénoncer les faux-semblants d’Hollywood dans Lost Highway et Mulholland Drive. Avec bienveillance, David Lynch invite le spectateur/détective à déchiffrer ses intrigues, inscrivant la quête de sens au cœur de l’expérience humaine. En lutte constante pour sa liberté de création, le réalisateur s’affranchira des contraintes d’Hollywood avec l’aide de producteurs français. Avec Inland Empire et surtout Twin Peaks : The Return en 2017, David Lynch repousse alors toutes les limites et interroge la possibilité d’une œuvre expérimentale dans le cinéma contemporain.

      Jeu(x) de piste
      Tout au long d’une fascinante enquête, ce documentaire collecte les clés que le réalisateur, disparu le 16 janvier, a semées dans chacun de ses films afin de résoudre l’énigme David Lynch. Au cœur de la célèbre Chambre rouge de Twin Peaks s’ouvre un gigantesque jeu de piste avec, pour principaux guides, ses acteurs fétiches, Laura Dern, Kyle MacLachlan, Isabella Rossellini, Naomi Watts... Un portrait inédit dans lequel témoignent aussi les ex-épouses de l’artiste, la comédienne Peggy Reavey et la monteuse Mary Sweeney, Mel Brooks ou encore Thierry Jousse, pour revisiter son œuvre si singulière, entre mystère et élégance.

    • « David Lynch auscultait une Amérique en proie au mal », Thierry Jousse
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/01/25/david-lynch-auscultait-une-amerique-en-proie-au-mal_6515034_3232.html

      En disparaissant, David Lynch [1946-2025], comme Fellini ou Tati, deux cinéastes qu’il admirait beaucoup, nous a légué non seulement une œuvre, mais aussi et surtout un monde. Ce qui signifie qu’un ensemble d’images, de signes et d’affects s’est imprimé dans le cerveau de très nombreux cinéphiles mais aussi de simples amateurs de cinéma qui ont été, à un moment ou à un autre, touchés par la grâce de cet univers à la fois très cohérent et totalement proliférant.

      Quand on évoque le monde de Lynch, tout le monde a plus ou moins une idée du sujet dont on parle. Mais cette idée se réduit le plus souvent à quelques figures du mystère et de l’étrange qui, si l’on n’y prend pas garde, virent très rapidement au cliché. Dans ce registre, le cinéaste est souvent assimilé à un artiste tout-puissant, une sorte de démiurge excentrique qui accumulerait les bizarreries et les visions plus ou moins incompréhensibles. Et, de ce point de vue, David Lynch est le cinéaste idéal, lui qui a toujours renvoyé les spectateurs et les spectatrices de ses films à leur propre interprétation, sans jamais donner la sienne.

      Eu égard à l’énorme littérature herméneutique générée par Mulholland Drive [2001], Lost Highway [1997] ou les trois saisons de la série Twin Peaks [1990-1991, puis 2017], on peut affirmer qu’il est, à égalité avec Stanley Kubrick, le cinéaste le plus fantasmé de l’histoire du cinéma. Par ailleurs, David Lynch a souvent été assimilé à un artiste de la pure sensation, qui aurait congédié toute forme de signification. Certains allant même jusqu’à affirmer que la séduction de ce cinéma très sensoriel dissimulerait un vide sidéral, une absence totale de sens. Autrement dit, cette œuvre est perçue comme sursignifiante ou, à l’inverse, insignifiante, c’est-à-dire littéralement sans signification. On a parlé à son sujet de surréalisme, manière superficielle de désigner un monde autonome qui échappe à toute compréhension.

      Elargissement de la notion de réalité

      Même si j’ai été, moi aussi, traversé par la sensorialité de cet univers et par son caractère énigmatique, cette vision d’un cinéma totalement coupé de notre réalité m’a toujours un peu gêné. D’abord, il me semble que cette dimension sensorielle est d’abord, pour David Lynch, un moyen d’établir une connexion avec son spectateur. Les moyens mis en œuvre par le cinéaste, visuels, sonores et musicaux, sont une manière de le mettre en condition pour exciter sa perception, la rendre plus fine, plus aiguë, de mobiliser des flux perceptifs plus subtils, et de réveiller certaines zones un peu anesthésiées de notre cerveau.

      Autrement dit, la sensorialité, chez Lynch, c’est une façon d’envisager la réalité comme une totalité, physique et mentale, consciente et inconsciente, en intégrant, par exemple, le fantasme et le rêve dans la représentation. Pas une négation, donc, mais un élargissement de la notion de réalité, avec comme instrument privilégié le cinéma en tant qu’art total.

      Ensuite, si l’on y regarde de près, les sujets des films de David Lynch sont finalement assez simples et surtout pas coupés de notre réalité. Les angoisses d’un couple face à un bébé, vu comme un alien dont les pleurs sont insupportables, dans Eraserhead, son premier long-métrage [sorti en 1980 en France]. L’inceste et le féminicide, produits du refoulé puritain américain, dans Twin Peaks : Fire Walk with Me [1992]. La schizophrénie comme moyen d’échapper au crime (encore un féminicide !) dans Lost Highway. Une histoire d’amour entre deux femmes qui tourne mal et les fantasmes générés par Hollywood, lieu de pouvoir, dans Mulholland Drive.

      Il y a même un côté pré-#MeToo dans le cinéma de Lynch, par sa façon de cartographier sans anesthésie les meurtres de femme, et même, dans Mulholland Drive, de montrer la domination des vieux producteurs qui plient l’industrie, et plus particulièrement les actrices, à leur pouvoir et à leurs fantasmes. Tout cela est mis en œuvre dans une forme très stylisée, mais cette stylisation, loin d’affaiblir le sujet, la renforce au contraire, car elle nous plonge dans la perception de situations vues de l’intérieur.

      La fable idéale

      Si David Lynch est un cinéaste visionnaire, ses visions sont donc loin d’être les fantasmes d’un esthète confortablement installé dans sa tour d’ivoire, ivre de la gratuité de son art. Au contraire, avec son œuvre ultime, Twin Peaks : The Return, sa vision a pris une dimension quasi politique. A travers la figure de l’agent Dale Cooper, diffractée en plusieurs incarnations, Lynch ausculte une Amérique en proie au mal. Mais ce mal n’est pas si abstrait qu’on pourrait le croire, car il se manifeste de manière très concrète, à travers, par exemple, la mort d’un enfant, violemment renversé par un jeune chauffard – une des scènes les plus traumatisantes de toute l’œuvre du cinéaste.

      D’autre part, dans Twin Peaks : The Return, Lynch montre une Amérique appauvrie, en proie à une crise morale et économique très violente. Il y a dans cette œuvre inclassable, qui fait l’effet d’une véritable déflagration, une contamination du mal qui en est le véritable sujet profond. Dans l’épisode 8, d’une puissance assez stupéfiante, Lynch se paie même le luxe de désigner l’intrusion de la bombe H comme origine de cette contamination, qui coïncide évidemment avec la fin d’une certaine innocence. Twin Peaks : The Return a été diffusée en 2017, alors que Donald Trump avait déjà commencé son premier mandat.

      Loin de moi l’idée de considérer ce chef-d’œuvre terminal comme une critique très directe du trumpisme, même si Lynch était un fervent partisan de Bernie Sanders. Mais la vision très sombre qui se dégage de ce troisième volet de Twin Peaks entre forcément en relation avec une Amérique en proie à des démons bien concrets, au point d’en faire la fable idéale pour les temps ô combien troubles que nous vivons. Si bien que, paradoxalement, Lynch apparaît comme un cinéaste profondément réaliste, au sens où Godard, dans Les Carabiniers, faisait dire à Brecht : « Le réalisme, ce n’est pas comment sont les choses vraies, mais comment sont vraiment les choses. »

      Thierry Jousse est réalisateur, ancien rédacteur en chef des « Cahiers du cinéma » et producteur de l’émission « Ciné Tempo » sur France Musique. Il est l’auteur du livre David Lynch (Le Monde/Cahiers du cinéma, 2007).

    • Pour approfondir l’auscultation de maître Jousse se procurer ce hors-série n°2 et le livre
      https://www.cahiersducinema.com/boutique/produit/pack-hors-serie-david-lynch-livre-david-lynch
      https://www.cahiersducinema.com/boutique/produit/david-lynch-4
      avec la combine de @cdb_77 https://seenthis.net/messages/1094736
      voici la mixtape de Ciné Tempo
      David Lynch, puissance de la musique !
      https://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/18123-18.01.2025-ITEMA_24000181-2025M29522S0018-25.m4a
      ça marche mieux ici : https://seenthis.net/messages/1093598#message1094654
      https://www.radiofrance.fr/francemusique/podcasts/cine-tempo/david-lynch-puissance-de-la-musique-9112618

      https://www.arte.tv/fr/videos/052443-022-A/blow-up-david-lynch-par-thierry-jousse
      Sur le site de l’émission il y a un Blow up - David Lynch par Thierry Jousse impossible à trouver sur youtube mais en voici un autre sur Blue Velvet (1986) un de mes préféré de Lynch avec Denis « maboul » Hopper dont le film ressuscita la carrière atone. Incarnation du mal vissé à son masque à oxygène, et qui aurait inhaler du poppers afin que son visage s’empourpre dans d’hallucinantes poussées de violence sexuelle.
      https://www.youtube.com/watch?v=Gnt6l2qzFVA

    • Huit thèses politiques sur Twin Peaks
      https://lundi.am/Huit-theses-politiques-sur-Twin-Peaks

      David Lynch n’a jamais eu l’image d’un artiste politique. En apparence, la valeur de son œuvre est essentiellement esthétique et plastique, ou encore psychologique, morale, mystique. C’est le Magicien d’Oz en guise de théorie critique. Ne masque-t-il pas les rapports de pouvoir sous un discours manichéen, sous une fausse conscience où le bien et le mal semblent s’affronter dans une lutte aussi abstraite qu’interminable (nihilisme négatif), et où le mal, regardé en face comme un abîme sans fond, exerce sur nous sa séduction morbide vertigineuse (nihilisme réactif) ? Lynch ne nous invite-t-il pas, face à la violence du monde, à pratiquer la méditation transcendantale comme seul refuge, à laisser être et à accepter le réel tel qu’il est (nihilisme passif) ?

      Il aura fallu attendre 2017, avec la Partie 8 de la saison 3 de Twin Peaks, pour voir surgir une référence explicitement politique dans le cinéma de Lynch : une origine terrestre y est assignée à Bob, l’esprit malfaisant qui, sorti de Black Lodge, a tué Laura Palmer au terme d’une lutte terrible. Le mal a surgi le 16 juillet 1945 à 5:29 du matin, lors du premier essai nucléaire américain à White Sands, dans le désert du Nouveau-Mexique, trois semaines avant les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki. Cette périodicité est décisive : Twin Peaks ne parle pas du mal comme d’un principe métaphysique général et abstrait, mais d’un mal politique, sublunaire. Le sujet de Lynch a toujours été l’Amérique. Non pas seulement l’Amérique en tant que réalité sociale et politique, mais l’Amérique en tant que projet métaphysique, l’Amérique en tant que force attractive et productive dans le destin moderne du monde.

      #É-U