Le jour où Israël s’en est pris aux libraires
Par Oren Ziv, le 11 février 2025 - Traduction (depuis l’anglais) : JB pour l’Agence Média Palestine
Source : +972 Magazine
▻https://agencemediapalestine.fr/blog/2025/02/11/le-jour-ou-israel-sen-est-pris-aux-libraires
Si, à un moment ou à un autre au cours des 18 derniers mois, vous avez pu penser que les autorités israéliennes avaient déjà dépassé toutes les limites possibles en matière de restriction de la liberté d’expression des Palestiniens, vous vous trompiez. En effet, hier, la police israélienne a fait une descente dans deux succursales d’une librairie palestinienne de renommée mondiale à Jérusalem-Est occupée, a arrêté le propriétaire et son neveu, et a saisi une sélection de livres, dont un livre de coloriage pour enfants.
Lors de l’audience qui s’est tenue aujourd’hui au tribunal de première instance de Jérusalem, le représentant de la police, le sergent-major Ortal Malka, a déclaré avoir identifié huit livres dans la librairie éducative qui répondaient aux critères d’« incitation », mais n’a pas précisé lesquels. Il a également refusé d’aborder le fait que la plupart des livres ne sont même pas écrits en arabe et que la clientèle du magasin est principalement internationale.
Une arrestation pour suspicion d’incitation nécessitant l’accord préalable du parquet, le propriétaire du magasin, Mahmoud Muna, et son neveu, Ahmad Muna, qui travaille à ses côtés, ont été arrêtés pour « trouble à l’ordre public », une pratique courante dans les affaires liées à la liberté d’expression. Néanmoins, la police a affirmé dans un communiqué que le magasin vendait des livres contenant « des contenus incitant au terrorisme et soutenant le terrorisme », et le mandat de perquisition utilisé par la police pour perquisitionner les deux succursales du magasin citait « l’expression de solidarité avec une organisation terroriste » comme infraction présumée.
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Au cours de l’audience, Odeh [ l’avocat des Muna ] a tenté d’expliquer au tribunal que les clients des magasins sont pour la plupart étrangers (diplomates, journalistes et touristes) afin de réfuter l’accusation d’incitation portée par l’accusation. Le représentant de la police a répondu : « Je ne sais pas [qui sont les clients], et cela n’a vraiment pas d’importance. L’important, c’est qu’il y ait un public, et le tribunal devrait le comprendre.
« Dès que j’ai entendu parler des arrestations, a poursuivi Odeh, cela m’a rappelé deux raids dramatiques. En 1258, lorsque les Mongols ont envahi Bagdad, ils sont entrés dans les bibliothèques, ont confisqué et brûlé des livres, et en ont jeté certains dans le fleuve pour tenter de contrôler le savoir [public] — par vengeance, rien de plus. Le deuxième cas s’est produit en Allemagne en 1933, lorsque la communauté juive a été persécutée. Je ne fais pas de comparaison, [mais] des écrivains et des auteurs ont été arrêtés parce qu’on craignait que leur art ne soit une critique des atrocités du régime. » (...)


