• “C’est vraiment minable” : une grande signature du “Canard enchaîné” en conflit avec la nouvelle direction
    https://www.telerama.fr/debats-reportages/c-est-vraiment-minable-une-grande-signature-du-canard-enchaine-en-conflit-a

    La chronique de Claude Angeli, doyen du journal satirique, est non publiée ou amputée de sa signature depuis décembre dernier. Selon lui, il paierait son soutien au journaliste qui a révélé l’histoire d’emploi présumé fictif du “Palmipède”.

    La famille continue de se déchirer au Canard enchaîné . C’est au tour du doyen et figure tutélaire du « Palmipède », Claude Angeli (93 ans), aujourd’hui à la retraite mais toujours pigiste, de pâtir des suites de l’affaire qui empoisonne la vie de la rédaction depuis trois ans. Soutien notable de Christophe Nobili, le journaliste qui a révélé cette vilaine histoire d’emploi présumé fictif au sein de l’hebdomadaire satirique, l’ancien rédacteur en chef voit, depuis décembre dernier, sa chronique consacrée aux questions de défense régulièrement non publiée ou amputée de sa signature. « C’est la première fois que ça m’arrive en cinquante-quatre ans de carrière au Canard [il y est entré en 1971, ndlr], déplore-t-il. On n’a pas le droit d’enlever ma signature sans mon autorisation. La nouvelle direction [composée d’Erik Emptaz et Hervé Liffran, ndlr] voudrait m’écarter du journal qu’elle ne s’y prendrait pas autrement… » Contacté, Erik Emptaz, le nouveau président des Éditions Maréchal, la société éditrice du Canard enchaîné, n’a pas répondu à nos sollicitations.

    Aucun de ses articles n’a ainsi été publié ou signé entre le 1ᵉʳ décembre et le 22 janvier derniers, sauf le 8 janvier. Celui publié trois semaines plus tard comportait bien sa signature, mais accompagnée de celle de « Jérôme Canard », un pseudonyme collectif très utilisé dans le journal pour préserver l’anonymat du journaliste (souvent un pigiste) qui y a contribué. Bref, c’est un peu à l’avenant, les chroniques d’Angeli étant supprimées ou décalées officiellement « faute de place », dixit l’intéressé. Ce dernier a même fait constater la situation par huissier et s’est adjoint les services d’un avocat pour faire valoir ses droits, et un signalement a été effectué auprès de l’inspection du travail.

    Une ambiance dégradée

    Claude Angeli, à qui l’on doit quelques-uns des scoops retentissants qui ont ponctué l’histoire du « Volatile » (feuille d’impôt de Chaban-Delmas, diamants de Bokassa…) paierait d’après lui son soutien à Christophe Nobili depuis la révélation de l’affaire, qu’il avait qualifiée de « lamentable » dans nos colonnes : il s’est encarté à la section syndicale (SNJ-CGT) créée en 2022 par le journaliste lanceur d’alerte (aujourd’hui délégué du personnel), et surtout s’est constitué partie civile (avec cinq autres collègues) à ses côtés en vue du procès qui doit se dérouler en juillet prochain au tribunal judiciaire de Paris, après un premier renvoi. Les ex-dirigeants du Canard Michel Gaillard et Nicolas Brimo, ainsi que l’ancien dessinateur André Escaro et son épouse sont poursuivis notamment pour « abus de biens sociaux ».

    « J’ai des valeurs et une certaine conception de ce métier. Ce qu’on essaie de me faire est vraiment minable », commente, un brin amer, Claude Angeli, qui déplore aussi que l’ambiance se soit à ce point dégradée dans la rédaction. « Le Canard , c’était un endroit où on rigolait bien, où on mangeait souvent ensemble, se rappelle-t-il. Aujourd’hui, les gens ne se parlent plus. La nouvelle direction s’est installée dans les fauteuils de l’ancienne sans rien changer, alors qu’elle aurait pu modérer la crise. » Trois pigistes ont saisi le tribunal des prud’hommes pour harcèlement et / ou discrimination, afin d’obtenir leur titularisation (l’un d’eux affiche plus de trente ans d’ancienneté). Bref, la situation en interne paraît toujours aussi difficile. Et ce n’est pas l’approche du procès pénal qui risque de la détendre ces prochaines semaines.

    • Canard enchaîné : Christophe Nobili gagne aux prud’hommes
      https://www.humanite.fr/medias/canard-enchaine/canard-enchaine-christophe-nobili-gagne-aux-prudhommes

      Le conseil des prud’hommes de Paris a reconnu la discrimination syndicale subie par Christophe Nobili, journaliste au Canard Enchaîné.
      Publié le 4 mars 2025

      C’est l’épilogue d’un feuilleton judiciaire qui aura duré près de deux ans. Christophe Nobili a obtenu gain de cause devant le conseil des prud’hommes de Paris, qui a reconnu une discrimination syndicale de son employeur, le Canard enchaîné, à son encontre. L’ancien directeur général du journal satirique, Nicolas Brimo, et son ex-président, Michel Gaillard, ont été condamnés à lui verser chacun 10 000 euros de dommages et intérêts.

      Christophe Nobili avait, en 2022, dénoncé l’existence présumée d’un emploi fictif au Canard enchaîné, s’attirant les foudres de sa direction. L’année suivante, Nicolas Brimo et Michel Gaillard avaient tenté de le licencier, une procédure finalement invalidée par l’inspection du travail. Estimant avoir été victime de discrimination syndicale, le journaliste avait saisi la justice contre ses dirigeants de l’époque.