La patronne de la CGT s’inquiète du 10 septembre, parlant d’un mouvement « nébuleux », d’« actions floues ».
Les mêmes qui, après coup, se disent attristés par la faiblesse du nombre de salarié·e·s syndiqué·e·s en France…
Comment pourrait-il en être autrement, quand cette bureaucratie syndicale évite, voire méprise, une partie de la classe ouvrière qui cherche à en découdre, avec un niveau d’expérience de la lutte proche de zéro pour beaucoup ? Certain·e·s n’ont jamais fait grève ou manifesté avant.
Comment veulent-ils que des gens, partant de rien, s’organisent autrement que de manière « nébuleuse » ? Ils n’ont ni UD, ni UL, ni permanents syndicaux, ni imprimante, ni site internet, rien. Juste quelques comptes Facebook ou Telegram pour discuter et partager l’immense colère qui les anime.
C’est quand même fou d’être à la tête d’un syndicat et d’attendre des gens de base une clarté revendicative et organisationnelle digne du parti bolchevique !
Faudra-t-il désormais réciter le Manifeste du Parti communiste pour avoir le droit de lutter ?
En lisant cette interview, difficile de ne pas penser à cette phrase de Lénine :
« Quiconque attend une révolution sociale ‘pure’ ne vivra jamais assez longtemps pour la voir. Il n’est qu’un révolutionnaire en paroles qui ne comprend rien à ce qu’est une véritable révolution. »
Je ne dis pas, bien sûr, que le 10 septembre sera la révolution, mais il s’agit de comprendre la logique générale derrière ces mots.
Les syndicats auraient au contraire une carte énorme à jouer : pour eux-mêmes, mais aussi pour l’ensemble du mouvement ouvrier. À condition de tirer le bilan de leur attitude méprisante vis-à-vis des Gilets jaunes.
Hélas, ils restent paralysés par leur propre mollesse, leur scepticisme, et surtout la crainte de participer à un mouvement qui les dépasse et les pousse à une confrontation réelle avec le pouvoir. Alors, ils bafouillent, répètent les mêmes sornettes qu’au moment des GJ, pour ne rien faire — ou faire le moins possible — et surtout pour apparaître comme des interlocuteurs « responsables » aux yeux du pouvoir. Ils tiennent à leur rôle de « corps intermédiaire »… Intermédiaire entre qui et qui ? La réponse est évidente.
Et si demain il y’a la défaite, et que l’extrême-droite ramasse les pots cassés, ils expliqueront que les gens sont démoralisés, fatalistes… Comment pourrait-il en être autrement quand on méprise même des secteurs qui montrent une volonté de lutter, souvent sur une base de classe, en pointant du doigt le patronat et les riches ?
Les gens s’expriment avec les moyens qu’ils ont. Ils ne sont pas politisés, ne sont pas membres de syndicats, n’ont pas été formés sur 1936 ou 68. Beaucoup ignorent jusqu’à ce que signifient « grève générale » ou « comité de grève ». C’est précisément le rôle des organisations et des militant·e·s d’aiguiller, de former, d’apporter l’expérience accumulée de décennies de luttes, de victoires comme d’échecs, pour tirer ce type de mouvement le plus à gauche possible.
Et non les abandonner parce que c’est « nébuleux » ou qu’on ne sait pas « qui se cache derrière ». Au contraire : quand l’extrême droite, derrière les slogans du type « Nicolas qui paye » et ses appels à ne pas faire grève, boycotte ouvertement le 10 septembre, il faut mener la bataille à fond pour convaincre le maximum de travailleurs en les appuyant. Leur montrer que l’extrême droite est leur ennemie et que c’est dans notre camp social qu’ils trouveront les solutions à leurs maux.
Bravo aux syndicats qui ont déjà exprimé des appels à rejoindre le 10/09. Ce ne devrait pas être à la patronne de la CGT d’empêcher cela, mais aux militants d’imposer démocratiquement l’orientation. Binet explique souvent qu’elle décide de rien, qu’elle suit la base, faudrait il encore la consulter réellement, déclencher une assemblée de tous les secteurs, plutôt qu’imposer déjà une forme de cordon sanitaire par en haut. Anasse Kazib