• De l’articulation nécessaire

    « Ce qui est commun aux trois oppressions (que sont celles des femmes, des non-blancs et des homosexuels), c’est que chacune divise l’ensemble de la société, l’ensemble de la population, en deux catégories, en deux camps. Mais chacune crée sa propre ligne de partage et divise la même population de départ - ici on dira la population vivant sur les territoires français - de façon différente. Les principes de division étant différents, les groupes dominés et dominants constitués par un principe ne sont pas les mêmes que ceux constitués par un autre. Mais parce qu’il s’agit toujours de la même population de départ, et que chaque division est exhaustive, chaque groupe dominant et chaque groupe dominé par un principe est à nouveau disséqué par le deuxième, puis par le troisième principe de division. Ceci aboutit à ce que chaque personne est nécessairement classée en femme ou homme, mais aussi nécessairement en non-Blanche ou Blanche, et nécessairement aussi en homosexuelle ou hétérosexuelle. Ainsi on peut être dans le groupe dominé d’une division, dans le groupe dominant d’une autre et à nouveau dans le groupe dominé d’une troisième, comme on peut être dominé dans les trois divisions ou dominant dans les trois. L’#articulation, l’imbrication ou l’intrication de ces différentes oppressions, la combinatoire qui résulte de leurs croisements, sont l’un des grands sujets de la sociologie, en particulier de la sociologie féministe. » (Christine #Delphy, Classer, dominer : qui sont les « autres »)