• Cancer : pourquoi la France fait partie des pays les plus touchés au monde
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/10/10/cancer-pourquoi-la-france-fait-partie-des-pays-les-plus-touches-au-monde_664

    In fine, les cancers sont la première cause de mortalité en France (27 %), suivis des maladies cardio-neurovasculaires (21,4 %), c’est-à-dire l’infarctus du myocarde, l’AVC et l’insuffisance cardiaque.

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    • Cancer : pourquoi la France fait partie des pays les plus touchés au monde
      https://archive.ph/2025.10.10-151949/https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/10/10/cancer-pourquoi-la-france-fait-partie-des-pays-les-plus-touches-au-monde_664

      On comprend bien que le système de dépistage des cancers est nécessairement plus performant en France que dans des pays à faible revenu ne disposant pas de systèmes de santé aussi solides ; ce qui explique au moins en partie une incidence plus élevée. Mais la comparaison ne tient pas avec les autres pays à haut revenu.

      En effet, au niveau européen, la France fait plutôt figure de mauvaise élève du dépistage.

      […]

      Quelle est la part de l’environnement ?

      Toute la population est involontairement exposée à d’autres substances actives, par le biais de l’environnement et de l’alimentation. Pollution atmosphérique, additifs et résidus de pesticides dans la chaîne alimentaire, plastifiants (phtalates, bisphénols), dioxines, polluants organiques persistants (PFAS, PCB, PBDE…), etc. : cette multi-exposition de basse intensité est suspectée d’être à l’origine d’une part substantielle des cancers non attribués à des facteurs de risques connus. Mais les données sont lacunaires et les risques souvent impossibles à chiffrer. « De grandes agglomérations, comme la région parisienne, ou encore de nombreux bassins industriels ne sont pas couverts par des registres de cancer, remarque la toxicologue Francelyne Marano (université Paris Cité). Or ce sont des données cruciales si l’on veut estimer le rôle de l’environnement dans la progression de ces maladies. »

      La hausse rapide de certains cancers est néanmoins fortement suspectée d’être liée à l’environnement. « Quand on voit la hausse alarmante du cancer du pancréas, et que les principaux facteurs de risque connus, en particulier le tabac, ne permettent pas d’expliquer cette tendance, une ou des causes environnementales sont plus que probables », dit Mme Marano. Au cours des trente dernières années, selon Santé publique France, le nombre de cas a quadruplé chez les hommes et quintuplé chez les femmes, les deux tiers de ces hausses n’étant pas explicables par le vieillissement ou l’accroissement de la population.

      La Conférence nationale des unions régionales des professionnels de santé a récemment alerté sur un lien possible avec le #cadmium. Ce métal lourd, classé cancérogène, est présent dans les engrais phosphatés importés du Maroc très utilisés en France. L’imprégnation des Français est, de ce fait, notoirement forte (trois fois celle des Américains, deux fois celle des Italiens). Selon les données du CIRC, la France est le quatrième pays le plus touché au monde, même en tenant compte de l’âge de sa population. En 2024, des chercheurs français ont ouvert une piste de recherche en montrant une association statistique entre #pesticides épandus localement et risque de contracter la maladie.

      Les pesticides – dont la France est l’une des plus fortes utilisatrices au monde – sont, par ailleurs, une cause établie de lymphomes et de cancer de la prostate chez les professionnels exposés, mais aussi de certains cancers pédiatriques chez les populations riveraines d’exploitations. En population générale, les preuves sont limitées, mais des travaux menés en France et publiés en 2018 ont montré un risque diminué de lymphomes (− 75 %) et de cancer du sein post-ménopausal (− 34 %) chez les plus gros consommateurs d’aliments #bio, par rapport à ceux qui ne consomment que des produits issus de l’agriculture conventionnelle. L’hypothèse des auteurs était une responsabilité des résidus de pesticides de synthèse dans l’alimentation. Les données disponibles ne permettent cependant pas de faire de cette imprégnation une particularité française.

    • En effet, au niveau européen, la France fait plutôt figure de mauvaise élève du dépistage. Selon les données publiées par l’Organisation européenne du cancer en 2024, la France se situe en dessous de la moyenne européenne pour les trois principaux programmes mis en place. Le taux de participation au dépistage du cancer du sein est de 46 % en France contre 54 % en Europe, et de 62 % contre 69 % concernant le cancer du col de l’utérus. L’écart est particulièrement marqué pour le cancer colorectal, avec un taux de participation de 29 % en France contre 44 % en moyenne en Europe. Alors, comment interpréter la place singulière qu’occupe la France dans le nombre de cancers affectant sa population ?

      Que disent précisément les données ?
      Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence de l’Organisation mondiale de la santé basée à Lyon, travaille également sur le fardeau du cancer dans le monde et produit le Globocan, une base de données en ligne. Pour ce dernier, la France est classée à la neuvième place des pays ayant la plus grande incidence de cancers, derrière un trio de tête constitué par l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Danemark. « Ces résultats ne sont pas nécessairement surprenants compte tenu de nos différences dans les sources de données et les méthodes utilisées, et soulignent l’importance de soutenir les efforts locaux de surveillance du cancer », estime Lisa Force, maîtresse de conférences en sciences des mesures de santé à l’IHME.
      La France a la particularité d’être l’un des derniers pays européens à ne pas disposer de registre national. Le décompte des cas de cancers est confié à Francim, un réseau regroupant une trentaine de registres locaux et deux registres pédiatriques nationaux. Au total, les nouveaux cas de cancer ne sont ainsi comptabilisés que pour 24 % de la population française. Pour le reste, des mathématiciens sont chargés de faire des estimations, ce qui ouvre la voie à des différences d’interprétation et de méthode.
      Par ailleurs, le travail des registres recoupe plusieurs sources, avec lesquelles chacun doit nouer des conventions de transfert de données. Ce travail de fourmi prend du temps. En 2025, la plupart des registres sont à jour sur les données réelles observées en 2022. Mais les dernières données officielles dont on dispose, publiées par Santé publique France en juillet 2023, sont les nouveaux cas observés jusqu’en 2018, à partir desquels des extrapolations ont été faites jusqu’en 2023. En 2027, Francim espère publier sa prochaine étude d’incidence des cancers basée sur les chiffres de 1985 à 2022.
      « Cela fait longtemps que l’on discute de la qualité des données en France, souligne Isabelle Soerjomataram, cheffe adjointe de la branche surveillance du cancer au CIRC. La vérité est probablement entre la valeur du GBD et celle de Globocan, avec la France dans le top 10 de l’incidence mondiale. » Une loi promulguée le 30 juin prévoit la mise en place d’un registre national, confiée à l’Institut national du cancer. Mais l’instabilité politique a repoussé la publication du décret d’application, initialement prévue en septembre.

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