On comprend bien que le système de dépistage des cancers est nécessairement plus performant en France que dans des pays à faible revenu ne disposant pas de systèmes de santé aussi solides ; ce qui explique au moins en partie une incidence plus élevée. Mais la comparaison ne tient pas avec les autres pays à haut revenu.
En effet, au niveau européen, la France fait plutôt figure de mauvaise élève du dépistage.
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Quelle est la part de l’environnement ?
Toute la population est involontairement exposée à d’autres substances actives, par le biais de l’environnement et de l’alimentation. Pollution atmosphérique, additifs et résidus de pesticides dans la chaîne alimentaire, plastifiants (phtalates, bisphénols), dioxines, polluants organiques persistants (PFAS, PCB, PBDE…), etc. : cette multi-exposition de basse intensité est suspectée d’être à l’origine d’une part substantielle des cancers non attribués à des facteurs de risques connus. Mais les données sont lacunaires et les risques souvent impossibles à chiffrer. « De grandes agglomérations, comme la région parisienne, ou encore de nombreux bassins industriels ne sont pas couverts par des registres de cancer, remarque la toxicologue Francelyne Marano (université Paris Cité). Or ce sont des données cruciales si l’on veut estimer le rôle de l’environnement dans la progression de ces maladies. »
La hausse rapide de certains cancers est néanmoins fortement suspectée d’être liée à l’environnement. « Quand on voit la hausse alarmante du cancer du pancréas, et que les principaux facteurs de risque connus, en particulier le tabac, ne permettent pas d’expliquer cette tendance, une ou des causes environnementales sont plus que probables », dit Mme Marano. Au cours des trente dernières années, selon Santé publique France, le nombre de cas a quadruplé chez les hommes et quintuplé chez les femmes, les deux tiers de ces hausses n’étant pas explicables par le vieillissement ou l’accroissement de la population.
La Conférence nationale des unions régionales des professionnels de santé a récemment alerté sur un lien possible avec le #cadmium. Ce métal lourd, classé cancérogène, est présent dans les engrais phosphatés importés du Maroc très utilisés en France. L’imprégnation des Français est, de ce fait, notoirement forte (trois fois celle des Américains, deux fois celle des Italiens). Selon les données du CIRC, la France est le quatrième pays le plus touché au monde, même en tenant compte de l’âge de sa population. En 2024, des chercheurs français ont ouvert une piste de recherche en montrant une association statistique entre #pesticides épandus localement et risque de contracter la maladie.
Les pesticides – dont la France est l’une des plus fortes utilisatrices au monde – sont, par ailleurs, une cause établie de lymphomes et de cancer de la prostate chez les professionnels exposés, mais aussi de certains cancers pédiatriques chez les populations riveraines d’exploitations. En population générale, les preuves sont limitées, mais des travaux menés en France et publiés en 2018 ont montré un risque diminué de lymphomes (− 75 %) et de cancer du sein post-ménopausal (− 34 %) chez les plus gros consommateurs d’aliments #bio, par rapport à ceux qui ne consomment que des produits issus de l’agriculture conventionnelle. L’hypothèse des auteurs était une responsabilité des résidus de pesticides de synthèse dans l’alimentation. Les données disponibles ne permettent cependant pas de faire de cette imprégnation une particularité française.