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récoltes et semailles

  • La Révolution française et Saint-Just : grand entretien avec Marc Belissa et Yannick Bosc, coauteurs d’un livre sorti l’année dernière aux éditions Sociales, Découvrir Saint-Just.
    https://frustrationmagazine.fr/revolution-francaise-saint-just-yannick-bosc

    Qu’entendent les révolutionnaires comme Saint-Just par “République” ? Est-ce seulement l’opposition à la monarchie, un synonyme de démocratie, ou le suffrage universel ?

    Marc Belissa : En 1789, “République” signifie d’abord res publica, la “chose publique”. Le mot est très large : il peut désigner l’État, le gouvernement, la société dans son ensemble. Dès les débuts de la Révolution, certains affirment déjà que la France est une république, même avec un roi. Burke, grand contre-révolutionnaire, explique en 1790 que la France compte “40 000 républiques” en référence aux communes, preuve selon lui qu’il s’agit bien d’un système républicain. Le terme a un sens politique mais aussi social : c’est le lieu où règne l’égalité des droits.

    Quand la République est officiellement “proclamée” en septembre 1792, beaucoup considèrent qu’ils y vivaient déjà depuis 1789. L’abolition de la royauté vient simplement confirmer une évidence : le roi n’a plus de place dans la chose publique.

    Yannick Bosc : C’est d’ailleurs parlant : on ne “proclame” pas la République, on abolit la royauté. On était déjà en République, mais désormais sans roi.

    Marc Belissa : D’ailleurs, entre 1789 et 1792, seuls les monarchistes insistaient sur le fait que la France était encore une monarchie. La plupart des observateurs, y compris étrangers, parlaient déjà de République. Jefferson aux Etats-Unis, par exemple, disait en 1789 que la France était une république.

    Yannick Bosc : Attention toutefois : ce que nous appelons aujourd’hui “la République” est une construction postérieure. À partir de Thermidor (ndlr : le moment en 1794 où Robespierre et ses alliés sont renversés), le mot perd sa dimension de principes universels – liberté, égalité – et devient surtout une forme de gouvernement opposée à la monarchie. Les Thermidoriens veulent tourner la page des déclarations des droits jugées responsables de “l’anarchie” et de la “Terreur”. Ils fabriquent un récit, repris ensuite par la IIIe République, qui fait de la République un négatif : l’inverse du roi, du clergé, de la noblesse.

    Marc Belissa : Robespierre, lui, ne met pas la solution politique dans le mot “République”. Pour lui, ce n’est pas seulement une forme de régime. On peut avoir une “république” avec un roi – la Pologne, par exemple, ou les Provinces-Unies (les Pays-Bas actuels) qui ont un prince. Ce qui compte, c’est que la République soit aussi un état social.

    Yannick Bosc : Exactement. Pour Robespierre et Saint-Just, il ne suffit pas de supprimer le roi pour avoir une République. Il faut des lois républicaines, une éducation républicaine, une société républicaine. D’où l’importance des fêtes civiques, des lois sociales, ou encore des réformes successorales qui visaient à limiter la concentration des richesses et à favoriser l’égalité d’accès à la propriété. Être républicain, ce n’est pas seulement détester les rois, c’est garantir à tous un droit égal à la liberté.

    Marc Belissa : Le terme “République” va d’ailleurs survivre à la République elle-même. Napoléon continue de se dire “républicain”, même après son sacre. Officiellement, le mot disparaît seulement en 1806, avec l’Empire – bien après la mort de la République dans les faits.