• Modulation : le rapport d’EDF n’est pas encore publiable – PDG | Montel News - Français
    https://montelnews.com/fr/news/c3a61cbe-c6ea-4736-ba42-6ee3121ca740/modulation-le-rapport-d-edf-n-est-pas-encore-publiable-pdg


    Photo : Thibaud MORITZ/AFP/NTB

    (Montel) La publication du rapport d’EDF sur la modulation nucléaire pourrait ne pas intervenir avant « des semaines », a déclaré jeudi le président‑directeur général du groupe Bernard Fontana à Montel en réponse à des informations selon lesquelles le gouvernement serait à l’origine d’un blocage.

    EDF « veut toujours publier le rapport », mais le document, qui devait être officiellement remis au gouvernement à la fin de l’année dernière, n’est toujours pas finalisé, et cela pourrait prendre « des semaines », a-t-il dit en marge du Congrès suisse de l’électricité à Berne.

    Les commentaires du PDG interviennent alors que des articles de presse et plusieurs sources de Montel évoquent un blocage de la publication de la part du gouvernement, ce dernier craignant que le rapport n’alimente un sentiment anti-renouvelable et ne le mette en difficulté au moment où il peine à faire adopter un budget.
    Trois sources ont dit à Montel avoir obtenu des éléments sur le contenu du rapport de la part de personnes au fait du dossier.

    Vieillissement prématuré ?
    « Une version préliminaire » a bien « circulé », a expliqué Thierry Deleuze, représentant de la CFE‑CGC, qui a pu confirmer cette information auprès du PDG lors d’une réunion avec les représentants du personnel.

    Selon une source, l’enquête d’EDF confirme que la modulation, c’est‑à‑dire les montées et baisses répétées de puissance des réacteurs, provoque un vieillissement prématuré de certains équipements.

    Il s’agirait d’éléments du circuit secondaire, qui transporte la vapeur servant à produire l’électricité, a précisé la source, en ajoutant que ces équipements pouvaient être remplacés, contrairement à d’autres composants vitaux, comme la cuve du réacteur.

    EDF supposait déjà en interne que la modulation pouvait entraîner un vieillissement prématuré des équipements, tel que l’ont fait remarquer des responsables lors d’une audition parlementaire en janvier 2023.

    Une autre source a déclaré que les conclusions d’EDF n’offraient pas « d’analyse quantitative » permettant au gestionnaire de réseau RTE « de faire bouger ses hypothèses ou même à EDF de changer ses pratiques de marché ».

    Instrumentalisable
    Cependant, il contient « plein de petites phrases qualitatives qui peuvent être instrumentalisées pour expliquer que la modulation est très grave, que c’est la faute des renouvelables », a-t-elle ajouté.
    Selon le Bilan prévisionnel de RTE, les réacteurs français pourraient être amenés à moduler huit fois plus d’ici 2035 si la demande d’électricité continue de stagner et si les capacités renouvelables progressent tel qu’attendu.

    Le gouvernement reporte depuis deux ans la publication de la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3), qui doit fixer les objectifs de production renouvelable et nucléaire pour les dix prochaines années, faute d’appuis suffisants au Parlement.
    EDF et le ministère français de l’Économie et de l’Énergie n’ont pas répondu aux questions de Montel.

    • rapport sur la modulation : petit décryptage pour non-initié·e·s

      Documentaire et Vérité / X
      Association - Réalisation de documentaires Analyses et Actualité - Énergie, Industrie 🎥"Éoliennes, du rêve aux réalités Nucléaire, une énergie qui dérange"
      https://x.com/DocuVerite/status/2012522670307389451

      Nous sommes en plein vaudeville. EDF commande un rapport technique pour comprendre ce que la modulation fait réellement à son parc nucléaire.
      RTE publie, presque simultanément, des chiffres montrant que cette modulation va exploser dans les années à venir. L’État, lui, observe la situation avec inquiétude, surtout parce que tout cela tombe au pire moment politique, juste avant publication de l’autre arlésienne électrique, cette si fameuse PPE 3...

      Montel cite une source annonçant que le rapport contient « plein de petites phrases qui peuvent être instrumentalisées pour expliquer que la modulation est très grave, que c’est la faute des renouvelables ».

      Le président d’EDF affirme vouloir le publier, mais précise dans la même phrase que le document, pourtant attendu pour la fin de l’année dernière, n’est toujours pas finalisé, et qu’il faudra encore « des semaines ». Dans ce vaudeville, on promet la vérité tout en repoussant sans cesse le moment de la dire...

      Le mois dernier, RTE a pourtant déjà largement éventé l’intrigue, en annonçant que la modulation pourrait passer de 12 TWh aujourd’hui à 61–102 TWh en 2035 si la demande d’électricité reste molle. Même dans les scénarios plus optimistes, on parle encore de 15 à 47 TWh. Ce ne sont plus des ajustements marginaux. C’est un changement de régime. Le nucléaire, deviendrait une simple variable d’ajustement météorologique.

      EDF a toujours modulé. Mais elle l’a fait de manière ciblée, optimisée, en sachant quelles centrales pouvaient encaisser plus de variations et lesquelles devaient rester stables. Avec l’irruption massive de l’éolien et du solaire, elle devient une contrainte systémique. On ne module plus pour optimiser le parc, on module pour absorber l’intermittence.

      C’est là que le rapport devient explosif. Parce qu’il exposerait, selon les sources ayant eu accès au document préliminaire, des chiffres et des faits sur une réalité que beaucoup préférait garder secrète...

      Plusieurs études ont déjà montré que la modulation use certains équipements plus vite, qu’elle complique la maintenance, réduit le facteur de charge des réacteurs, dégrade la rentabilité économique du nucléaire, et fragilise la logique industrielle d’un parc conçu pour fonctionner à plein régime... Faire du nucléaire un moyen de réglage de l’intermittence, c’est comme utiliser un TGV pour faire des manœuvres de triage.

      Voilà pourquoi la modulation crispe autant. Parce qu’elle révèle que la PPE3 repose sur une hypothèse bancale : celle qui consiste à croire qu’on peut empiler des gigawatts de renouvelables intermittents dans un pays déjà en situation de surproduction électrique, sans consommation en forte hausse, tout en conservant un parc nucléaire performant, rentable et durable.

      Le rapport EDF suggèrerait visiblement l’inverse : plus on ajoute d’intermittence sans hausse massive de la consommation, plus on affaiblit le nucléaire.

      Le gouvernement craint que ce rapport ne serve de munitions contre les renouvelables... Étrange conception du débat public. Ce n’est plus seulement un débat technique. C’est un débat devenu idéologique et donc politique, où certains jugent plus habile d’ignorer les faits, de retarder la transparence, et de protéger les illusions plutôt que d’admettre que la stratégie actuelle met potentiellement en péril la fiabilité du parc nucléaire, sa rentabilité, et, au bout du compte, la sécurité énergétique du pays…

    • Le gouvernement craint que ce rapport ne serve de munitions contre les renouvelables...

      Si je ne m’abuse c’est autant un argument contre la création de nouveaux réacteurs, non ?

    • C’est vrai, de toutes façons, il faut gérer l’adéquation permanente
      • de la demande : la consommation, qui varie, mais relativement régulièrement et, en gros, assez prévisible (cf. les courbes de charge quotidiennes de RTE)
      • et de l’offre : la production, avec un mix composé de trucs qui n’aiment pas changer de régime (les centrales nucléaires) et d’autres qui fluctuent beaucoup (les ENRI, le I, c’est pour intermittentes)
      C’est le boulot de la régulation électrique, indispensable, tout le temps.

      Mais vrai en partie seulement car l’arrivée des EnR à volume dimensionnant augmente a priori, l’ampleur des fluctuations.
      (je reprends le vocabulaire de @Princertitude, spécialiste des turbines, très actif sur X)
      Le même met en ligne ces graphiques pour comparer la variabilité de la production électrique (il ne précise pas vraiment la variable suivi) avant (2001) et après (2021) l’arrivée des ENR


      (extrait d’un tweet de novembre 2025, reprenant son graphique de mai 2025)
      https://x.com/princertitude/status/1991053816599294452

    • sinon, pour la régulation côté consommation, ça avait été pensé très en amont : il y a looooongtemps, quand il y avait dans les instances du secteur des gens qui croyaient vraiment à la nécessité de la transition énergétique.

      En effet, à la conception du #Linky, il y avait deux motivations fortes :
      • à CT, faire disparaître le relevé manuel – et les releveurs humains avec
      • et à MT et LT, cette possibilité de régulation - qui a très rapidement disparu, même s’il en subsiste toujours des éléments physiques dans le dispositif technique du compteur.

      En gros, c’est une généralisation du mécanisme de l’EJP (effacement des jours de pointe), mais en organisant la consommation en fonctions. De mémoire, il en était prévu 8, genre chauffage électrique, ménager (cuisine, lavage,…), domotique (stores et volets roulants, p. ex.), véhicule électrique etc. chaque fonction étant associée à un électrorelais pilotable à distance permettant d’activer ou pas la fonction. Évidemment, c’est du long terme, car cela suppose
      • que le câblage électrique de la maison soit organisé (ie réorganisé) autour de ces fonctions
      • que les fournisseurs d’électricité proposent des offres tenant compte de ces possibilités (généralisation du tarif Bleu…)

      De fait, aujourd’hui, pas loin de 15 ans plus tard, qui est au courant de cette possibilité ? En particulier, les artisans électriciens à qui on demande de rénover des maisons. Pas un de ceux avec qui j’ai discuté du sujet n’était au courant de cette possibilité du Linky !

      De fait, encore, la définition précise des fonctions et – surtout ! – l’affectation standardisée de celles-ci à l’un des 8 relais n’a jamais eu lieu. Le seul truc qui reste - je crois, j’ai un peu décroché du sujet - c’est l’identification standard du relais pour la charge du véhicule électrique. Pour lequel, en plus, il est relativement aisé de prévoir un câblage spécifique, notamment du fait de la puissance requise pour obtenir des délais de charge raisonnables. C’était d’ailleurs l’exemple régulièrement mobilisé à l’époque : imaginez un parc de 10 millions de véhicules électriques, en caricaturant, ceux qui circulent vont rentrer chez eux entre 19h et 20h et appeler – ensemble ! – entre 4 et 22 kW (pardon kVA, ce sont les options proposées actuellement) pour chaque borne de recharge… D’évidence, la régulation du système serait beaucoup plus facile si, à distance, et par sous-ensembles régionaux, il était possible d’étaler dans le temps la charge des véhicules (et, encore une fois, pour les abonnés qui auraient souscrit de telles offres !))

      Aujourd’hui (31/12/2024), on en est à 1,3 millions de véhicules électriques, 2 millions avec les hybrides, avec un nombre d’immatriculations en baisse (!) en 2024 par rapport à 2023.
      source (18/12/2025) : https://izi-by-edf.fr/blog/voiture-electrique-pourcentage-france

      Mais avec l’interdiction future de vente de véhicules neufs à moteur thermiques, ça finira bien par augmenter plus nettement. Encore que …

      Recul sur la fin du moteur thermique, concurrence chinoise… La transition vers les véhicules électriques a-t-elle du plomb dans l’aile en Europe ? – 21/12/2025
      https://www.franceinfo.fr/economie/automobile/recul-sur-la-fin-du-moteur-thermique-concurrence-chinoise-la-transition-v

      Une « erreur stratégique » ou un pas dans « la bonne direction » ? La Commission européenne a proposé, mardi 16 décembre, de renoncer à l’objectif d’interdire la vente de voitures neuves à moteur thermique dès 2035. L’exécutif européen vise désormais un objectif de 90% de voitures électriques neuves vendues dans dix ans, autorisant une part limitée de thermiques en contrepartie de compensations, dont l’utilisation d’acier vert européen.

      C’est une victoire pour l’industrie automobile, trois ans après l’adoption du précédent objectif. Face à la concurrence féroce de la Chine, le secteur demandait plus de temps pour développer de nouveaux modèles et susciter l’adhésion des conducteurs. « Cet assouplissement va dans la bonne direction », a ainsi estimé Luc Chatel, ancien ministre de l’Industrie et président de la plateforme automobile qui regroupe les constructeurs et équipementiers français, sur franceinfo, mardi.

      On notera d’ailleurs que dans l’article, comme presque toujours, n’est pas posée la question de l’aptitude du réseau électrique à répondre à cette demande concentrée dans le temps.

      Pour ordre de grandeur
      • 2 millions de véhicules à charger avec une option moyenne (10 kW), ça fait 20 millions de kW, soit 20 GW…
      • à l’heure où j’écris, on est à 70 GW (et 20 GW, c’est la hauteur de la marche entre 4 h et 8 h du matin)


      https://www.rte-france.com/donnees-publications/eco2mix-donnees-temps-reel/consommation-france

      et vous voyez les 20 GW en question, faudra les placer justement autour de 19h. Alors qu’entre minuit (la veille est un dimanche) et 6 h du matin, on a une marge plus que confortable où on pourrait, sans trop de contraintes pour le consommateur en mettre un gros morceau, l’objectif étant que le véhicule ait sa charge à 7h.

      Bref, tant que ses capacités ne seront pas exploitées autrement que pour virer des gens (pas grave, c’est des sous-traitants) je n’aurai pas de Linky.