Un tribunal sicilien condamne l’Italie à indemniser l’ONG Sea-Watch pour avoir bloqué son bateau de sauvetage en 2019 - InfoMigrants
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Un tribunal sicilien condamne l’Italie à indemniser l’ONG Sea-Watch pour avoir bloqué son bateau de sauvetage en 2019
Par La rédaction Publié le : 19/02/2026
Un tribunal sicilien a ordonné mercredi à l’État italien de verser 76 000 euros d’indemnités à l’ONG Sea-Watch pour avoir immobilisé son navire de sauvetage de migrants en 2019, suscitant l’indignation de la Première ministre Giorgia Meloni. Le navire en question, le Sea-Watch 3, était commandé à l’époque par l’activiste et ancienne députée européenne Carola Rackete. Mercredi 18 février, un tribunal de Palerme a condamné les autorités italiennes à indemniser l’ONG d’aide aux migrants Sea-Watch pour avoir bloqué dans un port son navire de sauvetage en mer en 2019. L’instance a jugé que l’association allemande devait recevoir 76 000 euros de la part de l’Italie, en compensation de ce que Sea-Watch décrit sur X comme un « blocage injuste ».En juin 2019, le Sea-Watch 3 accostait de force sur l’île italienne de Lampedusa, au large de la Tunisie, après avoir été bloqué en mer pendant deux semaines avec des dizaines de migrants à bord. Il bravait ainsi une interdiction gouvernementale qui empêchait à l’époque les navires de sauvetage des migrants d’approcher des côtes italiennes.
À son arrivée sur l’île, le bateau avait heurté un navire de police, et en conséquence, avait été saisi pendant cinq mois avant d’être relâché par la justice. L’activiste et ancienne députée européenne Carola Rackete, qui commandait alors le Sea-Watch 3, avait été arrêtée sous l’accusation d’aide à l’immigration clandestine. Mais les charges retenues contre elle ont finalement été abandonnées par un juge en 2021. « Carola Rackete a agi dans l’accomplissement du devoir de sauvetage prévu par le droit national et international de la mer », avait estimé la juge en charge de l’affaire, Micaela Raimondo.
Les 76 000 euros d’indemnités doivent notamment permettre de rembourser les frais portuaires, le carburant nécessaire au maintien en activité du navire et les frais juridiques engagés cette année-là, selon l’agence de presse italienne Ansa. Les ministères de l’Intérieur, des Transports et de l’Économie, ainsi que les autorités siciliennes locales sont les institutions condamnées à payer cette somme."La loi soutient une fois de plus la désobéissance civile", a salué sur X Sea-Watch. Outre cette période en 2019, ces dernières années, les navires humanitaires de l’ONG ont été plusieurs fois immobilisés par les gardes-côtes italiens.
Dans le même temps, cette décision du tribunal laisse Giorgia Meloni « littéralement sans voix ». « Le rôle des magistrats est-il de faire respecter la loi ou de récompenser ceux qui se vantent de ne pas la respecter ? », s’est insurgée la Première ministre italienne dans un message vidéo diffusé mercredi sur X.Giorgia Meloni critique régulièrement les magistrats qui contestent ses mesures visant à endiguer l’immigration irrégulière. En début de semaine, la justice italienne a par exemple condamné le ministère de l’Intérieur italien à indemniser à hauteur de 700 euros un migrant d’origine algérienne transféré à son insu d’Italie vers le centre de rétention de Gjadër en Albanie, en 2025. Un jugement que la Première ministre a également fustigé dans son message vidéo.
Depuis son arrivée au pouvoir, Giorgia Meloni et son gouvernement s’efforcent de limiter les activités des embarcations de sauvetage de migrants en Méditerranée. La semaine passée, les autorités italiennes ont approuvé un nouveau projet de loi durcissant davantage les règles sur l’immigration. Parmi elles, figure l’instauration d’un « blocus maritime » qui permettrait notamment à l’Italie d’interdire provisoirement les arrivées de migrants par la mer.Concrètement, cela signifie que « sur décision du Conseil des ministres, l’accès aux eaux territoriales peut être interdit aux navires [d’ONG] qui constituent une menace pour la sécurité nationale pour une durée maximale de 30 jours, renouvelable jusqu’à six mois », écrit le journal La Repubblica.
Les navires humanitaires qui forceraient le blocus et ne respecteraient pas l’ordre d’arrêt s’exposent à des amendes pouvant atteindre 50 000 euros. « En cas de violations répétées de l’interdiction, le navire sera d’abord saisi, puis confisqué. Les migrants à bord, considérés comme demandeurs d’asile, pourront être transférés vers des pays tiers sûrs avec lesquels l’Italie a conclu des accords, notamment l’Albanie, afin d’y régulariser leur situation », précise encore le journal italien.
Toutefois, le projet de loi ne précise pas comment exactement les navires des ONG seront empêchés de traverser les eaux italiennes, ni par qui. SOS Humanity, Sea-Watch, Mediterranea Saving Humans et Médecins sans frontières (MSF), ont déclaré que ce projet de loi n’avait pas pour but de réguler les flux migratoires, « mais de cibler et de bloquer les navires humanitaires, ce qui aura pour conséquence d’augmenter le nombre de personnes qui perdent la vie en mer ».
Quelques semaines après l’arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni, fin 2022, l’exécutif a adopté le décret Piantedosi – du nom de ministre de l’Intérieur –, qui a changé la donne pour les associations en mer. Le texte oblige les ONG à se rendre « sans délai » au port de débarquement assigné par les autorités italiennes juste après un premier sauvetage. Si les navires humanitaires effectuent un autre sauvetage, ils doivent le faire avec l’accord de Rome. Sinon, ils s’exposent à des sanctions financières et à l’immobilisation du bateau.
Selon un rapport de SOS Méditerranée publié en février 2025, depuis décembre 2022, les bateaux d’ONG ont perdu 735 jours à rejoindre des ports éloignés des lieux de sauvetage. Depuis janvier 2023, « 640 jours de détention ont été imposés aux navires des ONG », indique le rapport. Et plus de 76 000 euros d’amendes ont été infligés aux ONG de sauvetage en mer en seulement deux ans
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