• Les sauveteurs roumains au secours des fugitifs ukrainiens dans les montagnes du #Maramureș

    Depuis le déclenchement de l’invasion russe en février 2022, la #Roumanie a vu affluer des millions de #réfugiés_ukrainiens. Si beaucoup n’ont fait que transiter vers l’Ouest, d’autres, souvent de jeunes hommes fuyant la conscription, ont tenté de franchir illégalement la frontière montagneuse par les monts Maramureș, dans le nord de la Roumanie.

    Une traversée périlleuse, marquée par la #peur, l’#épuisement et les #conditions_météorologiques extrêmes. Des dizaines y ont laissé leur vie. D’autres, près de 300, doivent leur salut à une poignée d’hommes déterminés : les #sauveteurs de montagne roumains.

    Un engagement total à tous les niveaux

    Dan Benga, chef du service de secours en montagne du Maramureș, se souvient de la première alerte, en avril 2022 :

    « Grâce au numéro 112, nous avons été informés que quelque part dans les montagnes, dans la région du pic Pop Ivan, il y a des ressortissants ukrainiens qui ont besoin de notre aide et qui sont dans un état assez précaire, ayant un équipement de printemps-été, pas d’hiver. Il neigeait assez fort là-haut, deux d’entre eux avaient même des problèmes médicaux assez graves, l’un était inconscient et l’alerte a été donnée, comme jamais auparavant, le soir, ce qui nous a donné du fil à retordre, d’autant plus qu’ils étaient dispersés sur tout le terrain et que nous n’avions pas les coordonnées de tout le monde. C’était une action extrêmement difficile, parce que tout se faisait contre la montre, et le problème était que la zone était extrêmement dangereuse, avec des ravins de 400-500 mètres, avec des falaises d’où deux d’entre eux étaient tombés, avec une avalanche qui s’est déclenchée quand l’un d’entre eux s’est levé et a voulu traverser la zone… C’était donc le début d’un voyage, pour ainsi dire, de trois ans et deux mois, jusqu’à aujourd’hui, qui a mis à l’épreuve nos capacités, notre entraînement physique, notre entraînement mental, notre empathie… absolument tout ce qui est lié à notre travail. »

    Les opérations s’enchaînent, souvent longues, risquées, exténuantes. Certaines durent huit, douze, seize heures… D’autres atteignent des records : 133 heures d’intervention autour de Noël 2022 pour sauver cinq jeunes hommes et récupérer deux corps. Tous les moyens disponibles sont mobilisés : avions #Frontex, hélicoptères Smurd avec ou sans treuil, équipes de terrain. Dan Benga se souvient avec intensité d’un #sauvetage en pleine tempête :

    « J’ai réussi à évacuer un Ukrainien qui avait de graves problèmes médicaux et qui ne pouvait pas arriver jusqu’au matin. Je suis resté sur la falaise en attendant que l’hélicoptère vienne nous chercher, moi et le deuxième Ukrainien, mais en raison des conditions météorologiques extrêmement difficiles et défavorables, avec un brouillard qu’on ne pouvait pas voir à 2 mètres, avec une tempête de neige venue de nulle part, mes collègues ont dû me laisser sur la falaise et m’ont dit qu’ils ne pourraient pas venir me chercher avant 32-34 heures, parce que le temps avait radicalement changé et qu’il fallait que je redescende. J’ai alors pris la décision de dire à l’homme que s’il voulait vivre, il devait venir avec moi, parce que je voulais vivre, et que s’il voulait mourir, il pouvait rester là, mais que je ne voulais pas le laisser mourir et que j’allais l’attacher à moi et l’entraîner avec moi dans ma chute. Et dire que pour quelqu’un qui va se promener, 1,3-1,4 kilomètre, ce n’est rien. Eh bien, j’ai fait ce kilomètre et ces 400 mètres en 16 heures environ. »

    Fuir la guerre, affronter la mort

    L’histoire qui a ému le monde entier est celle de ce jeune journaliste ukrainien de 29 ans, retrouvé vivant au fond d’un ravin glacé, avec un chat recroquevillé contre sa poitrine nue pour lui tenir chaud :

    « Un garçon est tombé dans un ravin, il était allongé dans ce ravin, l’eau lui arrivait dans la nuque et traversait son pantalon jusqu’aux jambes, il ne pouvait plus bouger. Nous ne pouvions pas travailler avec l’hélicoptère, car celui-ci ne pouvait pas s’approcher à moins de 200 mètres de lui. Une équipe s’est occupée du sauvetage au sol. Ils l’ont examiné, il était en hypothermie, il faisait moins 16 degrés et lorsque nous l’avons déshabillé, nous avons trouvé un chat sur sa poitrine, sur sa peau nue, qui était resté là, affamé, le pauvre, pendant environ quatre jours. Mes garçons ont grimpé 412 mètres dans le ravin en sept heures et demie. Quatre terrains de football, c’est 400 mètres. Parcourir 400 mètres en sept heures et demie, même en tirant la civière avec les dents, parce que vous n’aviez nulle part où vous attacher, l’attache étant un point d’assurance… Eh bien, je l’ai descendu, il est allé à l’hôpital, le garçon s’est rétabli, il est en Autriche maintenant. Chaque fois qu’il voit une autre action de sauvetage, étant amis sur Instagram, il nous remercie parce que nous avons sauvé sa vie et plus encore, il a je ne sais pas combien de dizaines de milliers de followers, au lieu de cela il suit une seule structure – Salvamont Maramureș – et cela dit tout. »

    Jusqu’à présent, les sauveteurs de Maramureș ont conduit plus de 200 opérations de sauvetage de réfugiés ukrainiens. Tous sont traités selon des protocoles identiques à ceux des touristes en détresse. Mais la portée humaine et psychologique de ces interventions est immense : ces jeunes fuient non pas pour un avenir meilleur, mais pour sauver leur vie.

    « Ces gens ne viennent pas pour s’amuser. Ils viennent pour survivre, et vous mangez des brindilles, vous mangez tout ce que vous pouvez trouver sur le sol, vous mangez des insectes, vous buvez de l’eau que vous n’iriez probablement pas boire dans la vie ordinaire, une flaque d’eau éventée… Bien sûr, en Ukraine, il y a un état de guerre, et l’une des règles est de ne pas s’approcher à moins de 5 kilomètres de la frontière. Ces garçons qui ont l’âge d’être conscrits ne peuvent pas aller dans les montagnes avec un équipement de montagne ou d’hiver, parce qu’il serait honteux de traverser une ville où il y a la police militaire ou les forces armées et de vous voir avec un sac à dos, des bottes et des crocs. Ils vous demanderaient clairement ʹman, il fait 7-8 degrés, 10 degrés dehors, qu’est-ce que vous faites avec cet équipement, où allez-vous ?ʹ Et puis, ils arrivent habillés pour la rue, avec des chaussures de toile, des jeans, des pantalons de quai, il y en a qui vont travailler et qui ont des bottes en caoutchouc aux pieds…. à moins 26 degrés, c’est la recette parfaite pour une hypothermie sévère en moins de 24 heures, des engelures et l’amputation des jambes. Et j’ai connu des situations comme celle-là ! Et pas une seule ! »

    Sur les 120 kilomètres de frontière montagneuse entre la Roumanie et l’Ukraine, le service de secours en montagne de Maramureș couvre une zone de 5 000 km². Pourtant, il ne compte que 18 sauveteurs professionnels et 32 volontaires. À titre de comparaison, le Tyrol en Autriche, pour une surface équivalente, en mobilise plus de 1 100. Ce déséquilibre, Dan Benga le résume d’un trait : « Cela signifie que les sauveteurs en montagne roumains sont à la fois très bien formés, fous et passionnés. »

    https://www.rri.ro/fr/chroniques-hebdomadaires/societe/les-sauveteurs-roumains-au-secours-des-fugitifs-ukrainiens-dans-les-montagnes-du
    #montagnes #montagne #Carpates #réfugiés #migrations #frontières #réfugiés_ukrainiens

    • Dans les montagnes roumaines, la périlleuse traversée de déserteurs ukrainiens

      L’un appelle à l’aide frigorifié, deux autres ont péri dans leur fuite : dans les montagnes du nord de la Roumanie, de plus en plus de jeunes Ukrainiens risquent leur vie pour échapper aux nouvelles règles de mobilisation.

      « Beaucoup disent qu’ils préfèrent mourir ici qu’aux combats », confie à l’AFP Dan Benga, responsable des secours dans cette région isolée des monts du Maramures qui borde l’Ukraine. « Ce sont des gamins qui ne savent pas tenir un fusil et ont peur d’aller au front ».

      A 1.600 mètres d’altitude, il vient récupérer les corps de deux hommes retrouvés par la police des frontières 300 mètres plus haut.

      Dans la nuit noire, ils arrivent sur des brancards, enveloppés dans des sacs noirs, au bout de plusieurs heures de marche pour l’équipe.

      Ce même soir, crépite sur la ligne d’urgence le message de détresse d’un Ukrainien de 21 ans bloqué dans ce massif sauvage des Carpates. « J’ai si froid », l’entend-on dire d’une voix tremblante en anglais. Trois jours qu’il arpente ces terres hostiles encore enneigées.

      Dan Benga le localise et envoie trois de ses hommes à sa recherche. Il sera secouru le lendemain, le 37e à l’être dans cette zone cette année.

      Pas un jour ou presque ne se passe sans de macabres découvertes ou un appel à l’aide.

      « C’est une tragédie », souffle le secouriste barbu de 55 ans, craignant que la fonte des neiges ne révèle d’autres cadavres. « Ils ne sont pas correctement équipés, ils n’ont ni habits de rechange ni provisions ».

      – 23 morts -

      Confrontée à une pénurie d’armes et d’hommes au moment où la Russie a l’initiative et multiplie les assauts sur le front, l’Ukraine a récemment pris des mesures pour faciliter l’enrôlement et davantage sanctionner les réfractaires. Elle a aussi abaissé de 27 à 25 ans l’âge minimal des recrues.

      De quoi pousser sur les routes des milliers d’Ukrainiens vers les pays voisins.

      La seule Roumanie a vu doubler le nombre d’arrivées illégales au cours des quatre premiers mois de 2024 comparé à la même période un an plus tôt : près de 2.500 hommes ukrainiens ont été recensés, pour un total de 12.000 depuis le début de la guerre.

      Officiellement, ceux âgés de 18 à 60 ans n’ont pas le droit de quitter le territoire, sauf autorisation spéciale, en vertu de la loi martiale qui prévoit des peines allant jusqu’à douze ans de prison.

      Vingt-trois de ces déserteurs sont morts dans leur traversée, de froid dans les montagnes ou de noyade dans la rivière Tisza (Tyssa en ukrainien) en contrebas, qui sépare les deux pays.

      Les forts courants et l’eau glaciale emportent souvent des vies. Pourtant chaque jour, les gardes-frontières y rencontrent de 50 à 60 hommes en fuite.

      Parmi eux, un gaillard d’une quarantaine d’années originaire d’Odessa explique avoir déserté après un an sur le front. Sa main parcourue de cicatrices porte les stigmates des combats.

      Aucun des Ukrainiens rencontrés par l’AFP à la frontière n’a accepté de témoigner à visage découvert, par crainte de représailles.

      – « Cité de l’amour » -

      « Allez-vous nous renvoyer ? » : la demande revient souvent dans les services d’immigration mais une fois sur le sol roumain, ils sont en sécurité.

      Malgré la législation instaurée par Kiev, on ne leur pose pas de questions et ils reçoivent un titre de protection temporaire à l’instar des autres réfugiés ukrainiens accueillis dans l’Union européenne, leur donnant le droit de rester sur place et de travailler.

      Dans le centre qui gère les demandes de la zone, « la procédure prend environ cinq minutes », explique sa directrice Simona Chioran, alors qu’un homme de 29 ans portant sa fillette assoupie dans les bras effectue les démarches.

      Une fois munis de leurs papiers, nombreux sont ceux qui partent vers d’autres pays, raconte l’un de leurs compatriotes, croisé dans une pizzeria près du poste-frontière de Sighetu Marmatiei.

      Lui a fui juste avant le lancement de l’offensive russe et donne parfois un coup de main aux nouveaux venus.

      Le week-end, les femmes restées en Ukraine rendent visite à leurs maris et leur apportent des choux farcis faits maison.

      « On se croirait alors à Paris, dans la cité de l’amour », s’amuse-t-il.

      https://www.larepubliquedespyrenees.fr/societe/afp/dans-les-montagnes-roumaines-la-perilleuse-traversee-de-dese
      #désertion #déserteurs

    • Soldats ukrainiens : la grande évasion

      Plus de 250 000 soldats ukrainiens auraient quitté le front depuis 2022, épuisés, traumatisés. Parmi eux, certains fuient vers la Roumanie à travers les montagnes des Carpates. « Envoyé spécial » a suivi d’anciens militaires dans leur quête d’évasion.

      Clandestinement, des centaines de milliers de soldats ukrainiens quittent le front, épuisés, traumatisés par cette guerre qui s’enlise depuis quatre ans. Déserteurs ou en absences non autorisées, ils seraient plus de 250 000 à s’être éclipsés du front depuis 2022 (soit près d’un soldat sur cinq sur le nombre de soldats engagés aujourd’hui dans la guerre).

      Pour ces évadés, il y a peu d’options : vivre cachés ou quitter le pays illégalement. Ils sont nombreux à choisir la fuite par un chemin inédit, celui de la montagne et des Carpates, direction la Roumanie. A pied, au péril de leur vie, ils traversent dans la neige ces monts escarpés à la recherche d’une liberté retrouvée loin de la guerre. Certains ne finissent jamais le voyage – on compte déjà 23 morts en quatre ans dans ces montagnes –, d’autres trouvent refuge en Roumanie et en Europe.
      Pénuries d’hommes, de moyens, d’armes... une guerre d’usure

      Pour la première fois à la télévision et en exclusivité dans « Envoyé spécial », des journalistes ont suivi deux anciens soldats dans cette quête d’évasion. D’abord clandestinement en Ukraine dans la préparation de cette traversée jusqu’au bout du parcours. Le long de ce chemin jalonné d’obstacles, les journalistes décryptent les rouages de cette route de sortie déjà bien connue des anciens militaires et de ceux qui veulent éviter la mobilisation forcée.

      Au gré des rencontres, une autre guerre se raconte : celle de la pénurie d’hommes, de moyens, d’armes, une guerre d’usure sans relève pour ceux qui s’y engagent, avec un commandement parfois corrompu ou sans compétences militaires. Des témoignages exceptionnels.

      https://www.franceinfo.fr/replay-magazine/france-2/envoye-special/video-soldats-ukrainiens-la-grande-evasion_7910933.html#xtor=RSS-3-%5Bles
      #vidéo #reportage

    • Vidéos sur YouTube, groupes sur Telegram... En Ukraine, la fuite des hommes en âge de combattre s’organise en ligne

      https://www.franceinfo.fr/monde/europe/manifestations-en-ukraine/videos-sur-youtube-groupes-sur-telegram-en-ukraine-comment-la-fuite-des-h

      Sur YouTube, la cueillette de champignons semble être devenue la nouvelle passion d’Ukrainiens, avec une préférence pour les espèces trouvées sur le chemin de la Roumanie. De nombreuses vidéos aux titres énigmatiques circulent sur la plateforme, comme « Nous apprenons à cueillir des champignons en Roumanie », « J’ai décidé d’aller en Roumanie pour cueillir des champignons » ou encore « Comment récolter des champignons en Ukraine pour les vendre en Roumanie ». D’autres racontent les aventures de randonneurs ukrainiens qui traversent la frontière roumaine sans s’en rendre compte : « En randonnée dans les Carpates... Nous nous sommes retrouvés par hasard en Roumanie » mais aussi « Comment j’ai quitté l’Ukraine par accident pour la Roumanie »...