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    Amnesty International dénonce la coopération migratoire entre la Libye et l’UE alors que la répression contre les migrants s’intensifie dans le pays
    Par Leslie Carretero Publié le : 23/06/2026
    L’ONG Amnesty International a dénoncé mardi la volonté de l’Union européenne de renforcer sa coopération avec les autorités libyennes, notamment de l’est, alors que la répression visant les migrants s’intensifie dans le pays. Ces dernières semaines, des milliers de migrants ont été arrêtés dans le pays et envoyés en prison. Des Soudanais ont aussi été expulsés vers leur pays d’origine, selon Amnesty International.
    Dans un rapport publié mardi 23 juin, Amnesty International déplore la répression menée à l’encontre des exilés en Libye, qui s’est encore intensifiée ces dernières semaines. Les autorités libyennes, à l’ouest comme à l’est, « mènent une campagne d’une intensité croissante, alimentée par un discours xénophobe, d’arrestations de masse, de détentions arbitraires et d’expulsions collectives illégales (…) visant les personnes réfugiées, demandeuses d’asile ou migrantes », affirme l’ONG.Depuis quelques semaines, les autorités libyennes organisent des raids dans les quartiers fréquentés par les Subsahariens et interpellent les exilés dans la rue ou leurs habitations. « Les policiers, lourdement armés, bouclent la zone avec leurs véhicules blindés. Ils défoncent les portes des maisons et arrêtent les Noirs. On ne peut pas s’échapper car lors de ces opérations, les agents de l’immigration quadrillent les environs », racontait début juin à InfoMigrants Ibrahim*, un Guinéen vivant à Tripoli. Les migrants sont ensuite envoyés en centre de détention, où ils risquent d’être victimes d’abus et de violences.
    Le jeune homme de 24 ans a, comme beaucoup d’autres, été chassé de l’appartement qu’il occupait avec d’autres migrants. « Notre bailleur nous a mis dehors sans préavis, ce n’est pas un cas isolé, cela se passe partout. Beaucoup de gens ont perdu leur logement, leur travail », disait encore Ibrahim."Des milliers de personnes réfugiées, demandeuses d’asile et migrants ont été arrêtées dans tout le pays, notamment à Ajdabiyah, Al Bayda, Benghazi, Derna, Sabratha, Sabha, Syrte, Tripoli et Tobrouk", affirme Amnesty International. Les autorités de l’est de la Libye, région contrôlée par le maréchal Khalifa Haftar, ont annoncé le 24 mai avoir interpellé entre 7 000 et 8 000 migrants, notamment des ressortissants soudanais, dans le but de les expulser vers leur pays d’origine, selon l’ONG.
    Ces opérations d’interpellations font suite à une violente campagne de désinformation contre les migrants sur les réseaux sociaux en Libye. Des publications appellent à assassiner les Subsahariens vivant dans le pays. « Chaque région doit tuer 1 000 Africains. À la fin du mois, le pays en sera débarrassé », peut-on lire dans un post Facebook. Des vidéos en ligne montrent « des personnes noires pourchassées, provoquées, frappées et agressées physiquement par des personnes libyennes, notamment à Tripoli et Zintan », rapporte Amnesty International.
    Depuis avril, des centaines de Libyens se réunissent chaque semaine à Tripoli pour protester contre la présence de Subsahariens. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) est aussi la cible des manifestants, l’agence étant accusée - à tort - de réinstaller des migrants en Libye.Dans un communiqué publié après une manifestation devant ses locaux à Tripoli début juin, la Mission d’appui de l’ONU en Libye (Manul) s’était dite « préoccupée par la diffusion de fausses informations et de discours de haine concernant le travail de l’ONU en Libye, qui ont contribué à exacerber les tensions et à inciter à la violence contre le personnel de l’ONU ».
    Ces discours « xénophobes, racistes » et complotistes sont alimentés par les autorités libyennes, note Amnesty International. « Le 8 juin, Emad al Trabelsi, ministre de l’Intérieur du gouvernement d’unité nationale [de l’ouest de la Libye, ndlr], a rencontré des militant·e·s du mouvement ‘Non à la réinstallation’ et a publiquement fait part de son soutien à leurs revendications », signale l’ONG. Et début juin, les gouvernements de l’ouest et de l’est ont publié une série de déclarations rejetant la supposée réinstallation des migrants en Libye.
    Malgré la détérioration des conditions de vie des migrants, déjà très dures, l’Union européenne (UE) veut étendre sa coopération en Libye avec les autorités de l’est.Depuis un accord signé entre l’UE et Tripoli en 2017, les gardes-côtes libyens de l’ouest sont chargés de la coordination des sauvetages au large de leurs rives. Une tâche qui incombait auparavant au MRCC de Rome ou de La Valette, à Malte. L’accord de 2017 permet à l’Italie d’équiper et de former les autorités de Tripoli pour intercepter en mer les exilés en route vers les côtes européennes.
    Ce partenariat est régulièrement reconduit, malgré les nombreux témoignages d’exilés et d’ONG de sauvetage en mer sur les violences perpétrées par les Libyens au large de leurs côtes. Les forces libyennes ont été accusées à plusieurs reprises de faire usage d’armes à feu vers des canots surchargés de migrants ou en direction des navires humanitaires.Et c’est ce modèle que la Commission européenne souhaite dupliquer. L’instance est en discussion avec les autorités de l’est pour créer - et financer - un centre de sauvetage à Benghazi pour stopper les embarcations de migrants L’an dernier, la route de Tobrouk qui relie cette ville de l’est libyen à la Crète s’est considérablement développé et la petite île grecque a connu une hausse de 200% des arrivées.
    « Étendre cette coopération aux groupes armés basés dans l’est du pays, connus pour commettre des crimes de guerre (...) en toute impunité, reflète un mépris choquant non seulement pour le droit international mais également pour la vie et la dignité humaines », a tancé Diana Eltahawy, directrice adjointe pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient à Amnesty International. Cette dernière exhorte les États membres de l’UE à « mettre un terme à leur complicité dans les crimes de droit international [en Libye] et suspendre leurs politiques visant à retenir les personnes réfugiées en Libye, à cause desquelles ces personnes sont prises au piège dans des cycles de violence ».

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