Dans un bulletin publié vendredi 3 juillet [▻https://www.santepubliquefrance.fr/docs/bulletin-national/surveillance-de-la-mortalite-toutes-causes-bulletin-du-3-juillet ], l’agence Santé publique France (SPF) a estimé que 2 025 décès supplémentaires avaient été enregistrés du 22 au 28 juin par rapport à la semaine précédente, soit une hausse de 29,1 %. Si ces chiffres sont à prendre avec précaution en raison de leur caractère incomplet, ils donnent à voir une première photographie de la mortalité associée à la canicule exceptionnelle qui s’est abattue sur le pays.
Cette hausse des décès concerne particulièrement les personnes de plus de 65 ans, qui représentent 85 % de cet excès de mortalité, même si les 45-64 ans sont également touchés. Toutes les régions sont concernées, hormis l’Occitanie et Auvergne-Rhône-Alpes, mais près d’un tiers de ces morts de la chaleur se sont produites en Ile-de-France (+ 62,8 % de décès supplémentaires). La canicule a frappé dans tous les types de lieux, avec toutefois un signal très fort sur les morts survenues à domicile, qui ont presque doublé (+ 91 %) lors de cette semaine, contre + 37 % en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) et + 19,7 % à l’hôpital et dans les cliniques privées. Ces données sont « sous-estimées » et la mortalité réelle sera « plus élevée », a précisé SPF.
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A ce stade, seuls 60 % de la mortalité nationale sont enregistrés par le biais de ces certificats électroniques, le reste se faisant encore sur des bulletins papiers, qui seront reçus dans les semaines à venir. Par ailleurs, même si des progrès ont été faits ces dernières années, de gros écarts existent entre les régions – où la mortalité est couverte de 37 % à 77 % par ces certificats électroniques –, mais également entre les types de lieu de décès – ainsi couverts à 79 % à l’hôpital, à 45 % en Ehpad, et seulement à 24,3 % s’agissant des décès survenus à domicile. De plus, le bulletin de vendredi n’est produit qu’à partir des données d’état civil de 5 000 communes, couvrant 84 % de la mortalité nationale.
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En définitive, les comparaisons précises entre canicules ne pourront se faire que dans quelques mois, lorsque SPF aura récupéré, à travers le CépiDC, les volets médicaux des certificats de décès. « Il s’agit des verbatims des médecins et infirmières décrivant le processus morbide, c’est-à-dire l’enchaînement causal ayant entraîné le décès », explique Hélène Chaput, directrice du CépiDc. Y figurent les causes et circonstances de la mort. Charge ensuite au CépiDc d’encoder ces textes et d’identifier formellement sa cause initiale, ainsi que les causes associées. Cela permettra d’établir quelles morts sont attribuables ou non à la canicule.
En général, entre 1 000 et 7 000 personnes meurent chaque été (du 1er juin au 15 septembre) en lien avec la chaleur. En 2025, 5 700 décès ont été attribuables à une exposition de la population à la chaleur, dont plus de 1 900 pendant les seuls épisodes de canicule. « Ils n’ont pas forcément lieu les jours de canicule », relève Fanny Godet, responsable de la diffusion des données du CépiDc. Il peut y avoir un effet différé des fortes chaleurs sur les corps.
« Les études disent que le gros de la mortalité survient dans les trois à quatre jours suivant la canicule, mais ensuite il y a des maladies qui s’aggravent », ajoute Basile Chaix, épidémiologiste qui coordonne le programme d’impulsion de l’Inserm sur le changement climatique et la santé. Il faudra attendre septembre pour connaître l’impact de ces vagues de chaleur, d’autant plus qu’un nouvel épisode se profile les 4 et 5 juillet.
Il s’agit d’ouvrir ce que Basile Chaix qualifie de « boîte noire » de cette mortalité liée à la chaleur. Qui meurt ? Dans quelles circonstances ? « On identifie des trajectoires hétérogènes, pour des gens très différents sur le plan socio-économique », souligne-t-il, la mort pouvant également frapper à tout âge. Pour l’épidémiologiste, les cas de personnes noyées en essayant de se rafraîchir, de celles qui se suicident – leur santé mentale se détériorant avec la hausse des températures –, tout comme les accidents de la route survenant en raison de la fatigue causée par la chaleur doivent être pris en compte pour estimer la mortalité des canicules. « Toutes ces morts méritent de rentrer dans le bilan sanitaire ; leur cause initiale reste dans tous les cas la vague de chaleur, même si la cause immédiate diffère », estime-t-il.