Articles repérés par Hervé Le Crosnier

Je prend ici des notes sur mes lectures. Les citations proviennent des articles cités.

  • Lire n’est pas qu’une question de plaisir, c’est un instrument d’émancipation – Libération
    https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/lire-nest-pas-quune-question-de-plaisir-cest-un-instrument-demancipation-
    https://www.liberation.fr/resizer/v2/2G5ER6MLNNHSVDKEGDPXGCFRNA.jpg?auth=d096785223e07e4a70648c8434cd3edc6d3cf

    L’avocat et éditeur Jean-Claude Zylberstein témoigne de ce que la lecture lui a apporté : échapper à l’enfermement social, professionnel, intellectuel et moral. Rien de moins.

    Mentorat à la lecture dans une médiathèque de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis). (Cha Gonzalez/Libération)
    ParJean-Claude Zylberstein
    avocat, journaliste et éditeur
    Publié le 11/07/2026 à 14h15

    Face au déclin de la lecture, je laisse à d’autres le soin de prodiguer aux pouvoirs publics les moyens propres à l’enrayer. Mais je déplore que l’on mette trop souvent en avant son aspect plaisir ou divertissement (à cet égard les écrans semblent bien avoir gagné la partie). La lecture a d’autres vertus, et des plus importantes.

    Aussi bien me suis-je senti incité à témoigner de ce qui m’a permis d’échapper à plusieurs formes d’enfermement : social, professionnel, intellectuel, et même moral, car cela tient en un seul mot : lire.

    Depuis des décennies, je cite volontiers une phrase de Jean Guéhenno gravée sur une plaque apposée dans une rue de Paris où il vécut : « Le livre est un instrument de liberté. »

    Longtemps, j’y ai vu une belle formule. Avec le recul, je mesure qu’elle décrit assez exactement ce que la lecture a représenté dans ma propre existence.

    Je ne suis pas né dans un milieu où les chemins étaient tracés d’avance. Rien ne me destinait particulièrement à devenir éditeur, puis avocat. Si j’ai pu accéder à des univers qui m’étaient étrangers, rencontrer des hommes et des femmes que je n’aurais jamais approchés autrement, comprendre des idées, des œuvres et des expériences qui dépassaient mon horizon premier, je le dois pour une large part aux livres.
    La lecture m’a permis de mieux me connaître moi-même

    La lecture ne m’a pas seulement instruit. Elle m’a permis d’habiter d’autres vies que la mienne et, ce faisant, pour reprendre le mot d’Italo Calvino, de mieux me connaître moi-même.

    Lire, c’est aussi apprendre à penser.

    Dans une époque dominée par l’immédiateté, l’image et la réaction instantanée, le livre impose un rythme différent. Il exige de l’attention, de la patience, parfois même un effort.

    Je ne méconnais nullement les ressources des écrans. Je les utilise comme tout le monde. Ils offrent un accès prodigieux à l’information.

    Mais l’information n’est pas la lecture.

    L’écran favorise souvent le passage rapide d’un sujet à l’autre ; le livre nous invite à demeurer auprès d’une pensée, d’un récit ou d’une démonstration.

    Les livres qui ont changé ma vie, nourri mon jugement ou enrichi mon imaginaire, je ne les ai pas consultés : je les ai lus.
    Dans une bibliothèque, à l’abri de tout

    A chaque fois que je suis entré dans une librairie ou une bibliothèque je me suis senti mieux que l’instant d’avant, à l’abri de tout : de la bêtise, de la laideur, de l’ignorance.

    Et puis la lecture est également une école de citoyenneté. Nos édiles l’ont-ils oublié ? Je ne veux pas croire qu’ils le taisent intentionnellement !

    Avant de devenir avocat, je croyais souvent vivre dans un monde dont je comprenais mal les règles. L’étude du droit m’a appris combien la liberté suppose la connaissance.

    Mais pour accéder au droit, encore faut-il pouvoir lire.

    Lire un texte, comprendre un raisonnement, distinguer un fait d’une opinion, une preuve d’une affirmation, voilà des compétences qui ne concernent pas seulement les études ou la culture ; elles concernent directement l’exercice de la citoyenneté.

    Une démocratie a besoin d’informations et donc de lecteurs, car pour connaître ses droits, il est bon d’avoir fait un peu de droit.

    La lecture n’est pas est un loisir parmi d’autres : c’est un instrument d’émancipation.

    Elle permet de franchir les frontières sociales. Elle donne accès à des expériences que nous ne vivrons jamais directement. Elle nous apprend à douter sans renoncer à juger, à comprendre sans nécessairement approuver.

    Elle nous prémunit contre les simplifications excessives et les certitudes prématurées.

    Les certitudes absolues sont souvent le privilège de ceux qui connaissent mal la réalité.
    Un enseignement de la complexité de nos vies et du monde

    La lecture nous enseigne précisément la complexité de nos vies et du monde qui nous entoure.

    J’irai plus loin : à l’heure où l’on s’interroge sur la santé publique, la cohésion sociale, l’isolement et les fractures culturelles, il est peut-être temps de considérer la lecture comme un enjeu dépassant largement le seul domaine de la culture.

    Lire enrichit le vocabulaire.

    Lire développe l’attention.

    Lire exerce la mémoire.

    Lire favorise l’empathie.

    Lire combat la solitude.

    Lire aide chacun à construire un dialogue intérieur.

    A sa manière, la lecture constitue aussi un instrument de santé publique.

    Je ne prétends pas que les livres rendent meilleurs.

    L’histoire fournit trop de contre-exemples pour qu’on puisse soutenir une telle thèse.

    Mais je demeure convaincu que la lecture est un instrument de réussite, personnelle d’abord, mais aussi professionnelle : je soutiens que dans un entretien d’embauche à compétence technique égale, c’est le bon lecteur qui l’emportera sur celui qui ne lit pas ou pas assez. J’avancerai même qu’elle peut améliorer notre vie affective et sentimentale !

    Et si je devais résumer en une phrase ce que les livres m’ont apporté tout au long de mon existence, je reviendrais à Jean Guéhenno : « Le livre est un instrument de liberté. »

    Il est même, peut-être, l’un des plus puissants que les sociétés démocratiques aient jamais inventés.

    #Lecture #Livre #Lire #Emancipation