L’Allemagne ne compte pas limiter ses expulsions d’Afghans aux personnes condamnées - InfoMigrants
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L’Allemagne ne compte pas limiter ses expulsions d’Afghans aux personnes condamnées
Par Mara Bierbach Emma Wallis Publié le : 24/07/2026
Alors que Berlin multiplie les contacts avec le régime taliban pour faciliter les expulsions vers l’Afghanistan, le journal TAZ révèle que le gouvernement allemand envisagerait d’expulser certains Afghans bien qu’ils n’aient pas été condamnés par la justice en Allemagne.
L’Allemagne s’apprête-t-elle à renvoyer des Afghans non condamnés par la justice dans leur pays ? Ce serait une première depuis le retour au pouvoir des Taliban, en 2021. Selon un article du journal TAZ, daté du 8 juillet, « au moins cinq Afghans ayant été placés en détention en vue d’être expulsés n’ont pas été condamnés pour crimes et ne sont pas considérés comme dangereux ». Le journal se base sur des informations fournies par différents Conseils des réfugiés à travers le pays, un réseau qui opère au niveau local pour la protection et l’intégration des migrants. Des informations confirmées par InfoMigrants auprès de la même source. TAZ précise toutefois ne pas avoir obtenu la confirmation de ces détentions auprès des autorités dans les régions concernées, à savoir la Bavière (dans le sud-est de l’Allemagne), la Hesse (la région de Francfort dans l’ouest) et la Basse-Saxe (au nord, près de Hambourg).
L’un des Afghans concernés avait été placé en détention suite à une erreur administrative de la part de l’Office fédéral des réfugiés et des migrations (BAMF). Les cinq autres personnes auraient connu des démêlés avec la police, selon le journal. Dans deux cas, il s’agirait d’Afghans renvoyés en Allemagne depuis un autre pays de l’Union européenne dans le cadre du règlement de Dublin. Un autre tentait de quitter l’Allemagne lorsqu’il a été interpellé par la police.
Interpellés à la frontière avec l’Autriche
Contactés par InfoMigrants, le Conseil pour les réfugiés de Bavière et le Service jésuite des réfugiés précisent que les détenus sont tous des hommes âgés d’une vingtaine d’années. Ils ont quitté l’Afghanistan après la prise de pouvoir des Taliban en 2021 et sont allés en Allemagne. Ils se sont par la suite rendus en Autriche alors qu’ils bénéficiaient du statut de séjour toléré en Allemagne, appelé Duldung, selon ces deux organisations. Ce statut signifie qu’une personne est dans l’obligation de quitter le territoire mais ne peut être expulsée pour différentes raisons, comme l’absence de documents ou des raisons de santé. Or, il est interdit aux titulaires d’une Duldung de voyager. Ces personnes ont ensuite été interpellées par la police alors qu’elles tentaient de revenir sur le territoire allemand.
Alors que Berlin, mais aussi Bruxelles, multiplient les contacts avec le régime taliban pour faciliter les expulsions vers l’Afghanistan, la politique allemande en matière d’expulsion de certains groupes de migrants, en particulier les Afghans, semble particulièrement opaque.Une porte-parole du parti de gauche Die Linke, Clara Bünger, a affirmé à TAZ qu’elle tente d’obtenir depuis plusieurs mois davantage d’informations sur les récentes réunions des autorités allemandes avec des responsables talibans. Clara Bünger explique s’être heurtée à un « mur » et n’avoir obtenu que très peu de renseignements. Les informations seraient classifiées. En revanche, le nombre d’expulsions ayant eu lieu vers l’Afghanistan est bien connu. Selon les derniers chiffres du gouvernement, 10 personnes ont été renvoyées sur des vols commerciaux, en dehors des opérations d’expulsion à grande échelle organisées sur des vols charters. Elles ont jusqu’à présent concerné des Afghans condamnés par la justice ou considérés comme un danger pour la société.
TAZ parle de 77 Afghans expulsés sur des vols charters depuis le début de l’année. Et depuis l’entrée en fonction du chancelier Friedrich Merz en mai 2025, plus d’une centaine d’Afghans ont été renvoyés de cette manière.
Un porte-parole du ministère allemand de l’Intérieur a confirmé à InfoMigrants que la politique d’expulsion de l’Allemagne ne concernait pas uniquement les personnes ayant fait l’objet d’une condamnation pénale. Dans un communiqué, le ministère a déclaré : « Notre politique officielle pour ce gouvernement, signée par tous les partis de la coalition (…) souligne que nous allons relancer les expulsions vers l’Afghanistan en commençant par les personnes ayant fait l’objet d’une condamnation pénale, sans toutefois nous limiter à celles-ci. »
Le porte-parole a ajouté que chaque Land (l’Allemagne est composée de 16 Etats fédérés appelés Länder) avait la compétence de décider des personnes à expulser : « Conformément à la loi sur le séjour, les ressortissants étrangers doivent être expulsés s’ils sont légalement tenus de quitter le pays et qu’aucun délai de départ ne leur a été accordé ou que ce délai a expiré. Il ne doit toutefois exister aucune interdiction d’expulsion dans un cas particulier. Par ailleurs, les Länder sont responsables de l’application de la loi sur le séjour et sont libres de statuer sur les retours au cas par cas. Les femmes et les filles afghanes bénéficient généralement d’une protection en Allemagne. » Heiko Habbe, avocat et expert en droit de l’immigration à l’université de Hambourg, a affirmé à InfoMigrants que la décision de donner la priorité aux criminels condamnés constituait une « décision politique » et ne s’inscrivait pas forcément dans une politique migratoire. L’expert juridique rappelle qu’en Afghanistan, les hommes courent également le risque d’être arrêtés par la police des mœurs, notamment lorsqu’ils ne respectent pas le code vestimentaire en vigueur ou ne portent pas de barbe, ou plus largement s’ils ne se conforment pas aux normes sociales imposées par les fondamentalistes islamistes. Les hommes tatoués, par exemple, peuvent être victimes de discriminations en Afghanistan. Heiko Habbe note que certains hommes ont même été « tués pour avoir porté des vêtements occidentaux ». D’après un porte-parole du Conseil des réfugiés de Bavière, « la question de l’expulsion inquiète beaucoup de personnes avec lesquelles nous sommes en contact. Il s’agit souvent de personnes qui ne sont même pas menacées d’expulsion, mais le simple fait d’entendre ce mot dans une conversation suffit à semer la panique chez elles ». Le Conseil des réfugiés rappelle que les personnes en possession des documents requis et dont la demande d’asile est en cours d’examen ne devraient pas craindre d’être expulsées, de même que les femmes et les mineurs non accompagnés. Aussi, un homme séjournant en Allemagne avec son épouse et sa famille est également moins exposé au risque d’être renvoyé qu’un individu vivant seul.
Ce risque d’expulsion est également faible pour les personnes disposant d’un contrat de travail, n’ayant commis aucun délit ou suivant un traitement médical. Selon le Conseil des réfugiés de Bavière, le taux de protection des hommes afghans âgés de 18 à 40 ans est en baisse. Seuls 11 % des personnes de ce groupe ont obtenu une protection, si l’on exclut les hommes ayant voyagé avec leur famille. Pourtant, explique l’organisation, « la situation actuelle en Afghanistan s’est détériorée en raison des conflits régionaux, des expulsions massives de ressortissants afghans du Pakistan et d’Iran, ainsi que de la crise humanitaire qui sévit dans le pays, une famine généralisée et les effets du changement climatique sur la population »
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