Niger : après son expulsion d’Algérie vers Assamaka, un migrant togolais meurt des suites de graves brûlures - InfoMigrants
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Niger : après son expulsion d’Algérie vers Assamaka, un migrant togolais meurt des suites de graves brûlures
Par Charlotte Boitiaux Publié le : 28/07/2026
L’ONG Alarme Phone Sahara au Niger qui vient en aide aux migrants expulsés d’Algérie, a annoncé il y a quelques jours le décès d’un exilé togolais. La victime, expulsée le 12 juillet par les forces algériennes à la frontière nigérienne, présentait des brûlures sur une grande partie de son corps à son arrivée à Assamaka.Un homme est décédé au mois de juillet peu de temps après son arrivée au Niger après son expulsion d’Algérie. Ce Togolais, gravement blessé - mais vivant quand il a été pris en charge par l’ONG Alarme Phone Sahara (APS) - s’appelait Ousmane Mansour. Il est mort quelques jours après avoir été récupéré dans le désert.
Selon le communiqué publié sur leur site, « Ousmane Mansour avait été expulsé le 12 juillet 2026, avec un total de 656 autres personnes, d’Algérie vers […] Assamaka », première ville après la frontière algérienne, tout au sud du pays.D’après les informations recueillies par l’équipe d’Alarme Phone Sahara à Assamaka, Ousmane Mansour avait été torturé. « [...] Il avait subi de graves brûlures sur tout le corps, causées par des bidons chauffés et des gouttes de liquide brûlant tombées sur lui alors qu’il était détenu par les forces de sécurité algériennes ». Selon APS, l’expulsion vers le Niger - sans soins - a aggravé son état général.
Les migrants expulsés d’Algérie arrivent généralement au « point zéro », zone désertique délimitant la frontière entre l’Algérie et le Niger. Dans des conditions climatiques extrêmes, ils doivent parcourir à pied 15 km, sans eau ni nourriture, pour atteindre Assamaka."Tout ce que nous avons appris est que Ousmane Mansour a été victime de torture en Algérie avant d’être expulsé sur le territoire nigérien dans un état de santé très détérioré", a détaillé Azizou Chehou, coordinateur d’APS au Niger, contacté par InfoMigrants. Était-il seul ? Avait-il de la famille ou voyageait-il avec des camarades d’infortune ? Azizou Chehou regrette de ne pas avoir eu davantage d’informations « car le malade souffrait et balbutiait [quand il a été récupéré au ’point zéro’] ».
Selon Azizou Chehou, au vu de la gravité de ses blessures, les équipes médicales d’Assamaka ont décidé de l’envoyer vers un hôpital « mieux équipé », mais la victime est morte pendant son transfert « au niveau de la ville de Tchirozérine (72 km avant Agadez) ». La victime « a succombé à ses brûlures très avancées. [...] Son corps a été transporté jusqu’à Agadez pour une inhumation », a précisé Azizou Chehou.Contactée par InfoMigrants, l’ONG Médecins sans frontières (MSF) présent à Assamaka, n’a pas souhaité répondre à nos questions.
Les décès sont hélas fréquents dans la zone de « point zéro ». Sept personnes sont mortes l’été dernier. Mais combien meurent sans laisser de traces ? Chaque année, de nombreux exilés disparaissent dans le Sahara. Ils peuvent se perdre, mourir de déshydratation, ou être victimes de groupes mafieux."Ces convois de déportation [par l’Algérie] ont déjà causé la mort de plusieurs personnes ces dernières années. Régulièrement, lors de ces convois, des personnes souffrant de fractures et d’autres blessures graves sont abandonnées dans le désert près de la frontière ; de nombreuses victimes affirment unanimement que ces blessures leur ont été infligées lors de mauvais traitements infligés par les forces de sécurité algériennes", peut-on encore lire dans le communiqué d’APS.
Selon Alarme Phone Sahara, les autorités algériennes ont expulsé 34 236 migrants vers le désert en 2025. Du jamais vu. En 2024, un record avait déjà été établi avec l’expulsion de 31 404 personnes dans les mêmes conditions.
Face à ces arrivées massives - qui ont cours depuis des années -, le Niger avait annoncé en mai vouloir appuyer l’Organisation internationale de la migration (OIM) qui organise les rapatriements dans les pays d’origine.Quand ils arrivent à rejoindre Assamaka, où se trouve le centre de transit de l’OIM, les migrants ont en effet la possibilité de demander des « retours volontaires ». Mais ces rapatriements prennent du temps. De manière générale, l’OIM est tributaire des processus imposés par les États d’origine pour délivrer les laissez-passer.Depuis des années, les associations n’ont de cesse de dénoncer ces expulsions, opérées en dehors de tout cadre légal. « Les forces de sécurité algériennes n’épargnent personne. Régulièrement, de nombreuses femmes et enfants, souvent même des bébés, se trouvent parmi les personnes expulsées », signale APS dans un rapport en décembre 2025, ajoutant que « de nombreuses personnes arrivent avec des blessures et des traumatismes infligés par les forces de sécurité ». Depuis 2017, InfoMigrants a recueilli de nombreux témoignages d’exilés qui ont été expulsés d’Algérie après avoir été arrêtés dans leur quotidien ou bien à la suite d’une tentative de traversée de la Méditerranée avortée.
« Au bout de cinq ou six heures […], on nous a déposés dans le désert, il n’y avait rien autour. La police algérienne nous a crié : ‘Voilà Assamaka !’, en pointant le doigt vers l’horizon. ‘L’OIM, c’est tout droit’. On s’est mis en marche, je ne sais plus pour combien de temps. Tout ce dont je me souviens, c’est que j’étais épuisé, complètement à bout de forces. J’ai quand même réussi à faire la dizaine de kilomètres qui nous séparaient d’Assamaka », avait raconté à InfoMigrants, fin 2024, un Sénégalais de 25 ans.
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