"Les tâches simples étaient des moments de repos pour le cerveau. Quand ces outils s’en chargent, il ne reste que l’effort, sans répit."
La « vibecoding fatigue » : épuisés par l’IA, les développeurs informatiques inventent leurs propres parades
►https://theconversation.com/la-vibecoding-fatigue-epuises-par-lia-les-developpeurs-informatique
(...)Sur un forum de développeurs, un ingénieur raconte sa fatigue après deux mois à coder sept heures par jour, quasiment sans week-ends. Il décrit une lassitude d’un genre particulier, née de ces outils qui produisent beaucoup, très vite, et qu’il faut valider sans relâche. (...)
Cette tendance, c’est la vibecoding fatigue, une lassitude de valider sans arrêt le travail d’une machine qui ne s’arrête jamais. Le mot est né sous la plume d’un ingénieur passé chez Google, Jorge Raad, qui décrit dès août 2025 le malaise né d’une délégation cognitive excessive aux outils d’IA.
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En mars 2026, une étude, menée sur 1 488 personnes, le baptise l’AI brain fry. Les coûts sont conséquents avec un tiers de fatigue de décision en plus, 39 % d’erreurs graves en plus, et une envie de démissionner qui passe de 25 % à 34 %. Un des auteurs, Matthew Kropp, désigne les premiers concernés, les ingénieurs qui pilotent déjà plusieurs systèmes d’IA à la fois. Il les appelle « le canari dans la mine », des sentinelles dont la fatigue annonce celle des autres métiers.
L’explication précède l’IA générative de quarante ans. Dès 1983, l’ergonome Lisanne Bainbridge décrivait les « ironies de l’automatisation ». Quand on confie les tâches faciles à la machine, il ne reste à l’humain que les plus difficiles, plus la surveillance de l’ensemble.
Les chercheurs Marie-Laure Cahier et Pierre Quesson le retrouvent dans le conseil. Une médecin du travail qu’ils citent l’explique simplement. Les tâches simples étaient des moments de repos pour le cerveau. Quand ces outils s’en chargent, il ne reste que l’effort, sans répit. Un consultant parle d’un « exosquelette mental » qui décuple les forces tant qu’on le porte. Reste à savoir ce qu’il en demeure quand on l’enlève.
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Le sociologue Hartmut Rosa l’avait pressenti. Chaque technique qui accélère remplit davantage les minutes qu’elle promettait de libérer. Cette pression s’exerce d’abord sur les métiers du langage, à commencer par celui où l’IA a envahi le quotidien. (...)
