Du « Paradis » à « l’enfer des enfers » : l’étonnant vocabulaire des gardiens de la Route des Phares dans le Finistère
▻https://media.roole.fr/evasion/patrimoine/du-paradis-a-lenfer-des-enfers-letonnant-vocabulaire-des-gardiens-de-la-
Sur la Route des Phares dans le Finistère, tous les phares ne se ressemblent pas. Autrefois, les gardiens les classaient en trois catégories : les « enfers », les « purgatoires » et les « paradis ». Une manière imagée de décrire leurs conditions de vie... et la difficulté d’y exercer leur métier.
Avec ses 20 phares répartis sur près de 200 kilomètres, entre Pontusval et le sud de la presqu’île de Crozon, la Route des Phares rassemble des édifices aux profils très variés, qui racontent 400 ans d’histoire maritime. Certains se dressent sur la terre ferme, d’autres sur des îles, tandis que plusieurs sont construits en pleine mer, sur de simples récifs battus par les vagues. C’est cette diversité qui a donné naissance à une classification pittoresque héritée des gardiens de phare.
Une classification née du quotidien des gardiens
Au fil des décennies, les gardiens ont pris l’habitude de classer les phares selon leurs conditions de vie et de travail. Plus un phare était isolé et difficile d’accès, plus la mission était éprouvante. « Il y a les phares des enfers, des paradis et des purgatoires », raconte Franck Gicquiaud, l’un des 27 ambassadeurs de la Route des Phares.
Cette classification n’a rien d’officiel. Elle est née du vocabulaire des gardiens eux-mêmes et reflète avant tout la difficulté des relèves, l’isolement des lieux et les conditions de vie sur place.
Les « enfers », battus par les vagues
« Tous les phares construits en mer sur des îlots sont des phares des enfers », explique Franck Gicquiaud. Il cite notamment le phare de la Vieille, celui des Pierres Noires, le phare de la Jument, de Kéréon ou encore le phare du Four.
Construits sur des récifs balayés par les tempêtes, ces phares comptaient parmi les affectations les plus redoutées des gardiens de phare. Ces derniers vivaient alors dans un isolement extrême et leur relève dépendait entièrement de l’état de la mer. Lorsque les conditions météorologiques se dégradaient, ils pouvaient rester plusieurs jours, voire plusieurs semaines, sans pouvoir être remplacés ni ravitaillés.
Parmi ces phares, un en particulier est resté dans les mémoires comme étant le plus difficile d’accès. « L’enfer des enfers : c’est le phare d’Ar-Men », raconte Franck Gicquiaud. « Il fallait vraiment s’accrocher pour monter sur Ar-Men. »
Les « purgatoires » et les « paradis »
À l’autre extrémité de cette classification se trouvaient les « paradis », c’est-à-dire les phares construits sur la terre ferme. Les gardiens y menaient une vie beaucoup moins contraignante, tout en assurant leur mission de surveillance. C’est le cas des phares de Saint-Mathieu, de Trézien, de Kermorvan ou encore de Pontusval. Entre les deux se situaient les « purgatoires », installés sur des îles habitées ou facilement accessibles, telles que Belle-Île-en-Mer, Ouessant ou l’Île Vierge.
Si les gardiens ont aujourd’hui disparu avec l’automatisation des phares, ces appellations continuent de faire vivre leur mémoire. Elles rappellent qu’avant de devenir des sites touristiques emblématiques pour certains, les phares étaient avant tout des lieux de vie où les conditions de travail variaient énormément selon leur implantation.
