Psychothérapies sous psychédéliques : révolution en Suisse - Blick
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Ils ont fait le « saut quantique » des psychothérapies assistées
Depuis 2014, la Suisse est à la pointe des thérapies utilisant la MDMA, la psilocybine ou le LSD. Ces psychédéliques permettent d’atteindre des « états de conscience augmentée » accélérant et facilitant le chemin vers la guérison.
Comme le chocolat, le gruyère, le Cervin, la démocratie directe ou les montres de luxe, presque le monde entier nous les envie. Sauf qu’assez peu de Suisses en ont entendu parler. Il s’agit des PAP. Ce sigle, sonnant comme une onomatopée de bande dessinée, désigne les « psychothérapies assistées par psychédéliques ». Notre pays, dans lequel a été synthétisé le LSD en 1943 par le chimiste bâlois Albert Hofmann, est l’un des rares où elles sont légales.
C’est le cas depuis 2014, à l’initiative du psychiatre soleurois Peter Gasser, président de la Société médicale suisse pour les thérapies psychédéliques. Et si ce n’est pas la méthode miracle, ça y ressemble quand même un peu, à écouter nos témoins. Les résultats observés sur la dépression, les troubles anxieux, les addictions sévères, voire la détresse existentielle en cas de maladie grave ou de fin de vie, seules situations permettant d’accéder légalement à une PAP, sont souvent bluffants.
En quoi consiste une PAP ? Après une mise en condition généralement précédée de diverses séances de psychothérapie, il s’agit d’ingérer de la MDMA, de la psilocybine, du LSD, voire de la kétamine, parfois en groupe et toujours sous la supervision de professionnels dûment formés. Ainsi projeté en « état de conscience modifiée », le patient va revisiter ses traumatismes et déconstruire les mécanismes qu’il a mis en place pour leur survivre, mais qui l’entravent désormais dans son quotidien. Dans l’idéal, il va peu à peu, ou parfois même rapidement, s’en affranchir et imaginer de nouveaux chemins, à mesure que les prises de conscience s’enchaînent et que de nouvelles connexions se font dans son cerveau.
Des centaines de médecins formés
« Bien souvent, des portes s’ouvrent aussi sur des aspirations d’ordre spirituel », relève le Professeur Jacques Besson, ponte vaudois de la psychiatrie et fin connaisseur des PAP. La chose est intense donc et loin d’être anodine. Il faut y être prêt, et, même lorsque c’est le cas, les critères de l’Office fédéral de la santé publique sont stricts. En 2024, l’OFSP n’avait par exemple ainsi autorisé que 723 PAP. « Ces substances sont de formidables boosters réservés aux personnes ayant déjà accompli un certain chemin intérieur. Nous sommes à mille lieues d’une utilisation récréative.
La « difficulté » arrive plutôt après que pendant, lorsque les compréhensions survenues pendant l’expérience vont se déployer. Soit dans les semaines qui suivent. Cela peut être alors assez confrontant. Et là, le fond du travail, qui reste la psychothérapie, accompagne le processus d’évolution », résume Catherine Duffour. La psychiatre de 55 ans, basée à Epalinges (VD), et un de ses collègues ont déjà formé une centaine de médecins à travailler avec les « états de conscience augmentée ». « Tous sont surpris par la puissance de ces séances », relève-t-elle, même s’ils ne proposent pas forcément de PAP par la suite à leurs patients, car cela est chronophage, énergivore, peu rentable pour eux et onéreux pour les personnes concernées.
Comme ses collègues, la médecin constate un fort engouement pour l’introspection sous psychédéliques. « Beaucoup de gens expérimentent sur eux-mêmes illégalement dans « l’underground », ce qui n’est pas sans risque », relève de son côté la psychologue et thérapeute lausannoise Hélène Rey Ruf, qui travaille avec un psychiatre PAP reconnu par l’OFSP. Mais, détail très parlant, on croise dans ces « cérémonies », qu’elles soient « chamaniques » ou lorgnant vers le « dépouillement personnel », beaucoup de psychiatres et de psychologues...
Assise face à nous dans le lobby d’un hôtel lausannois, Laura Tocmacov respire la confiance et la sérénité. Il n’en a pas toujours été ainsi. Pendant trente ans, la Genevoise de 51 ans a souffert de dépression. Sa première crise remonte à ses 8 ans. A 16 ans, l’adolescente, arrivée en Suisse à l’âge de 5 ans et issue d’une famille roumaine de réfugiés politiques, consulte son premier psychologue. C’est le début d’un cheminement qui durera jusqu’à ses 47 ans. Dans cet intervalle, elle se frotte à une trentaine de thérapies avec des succès inégaux, et sans jamais s’affranchir durablement de son mal-être.
Au quotidien, cette mère de trois enfants cogite, mais bizarrement parvient à fonctionner normalement. En 2015, un burn-out la happe. La situation est si critique que son psychiatre parle de l’interner. Cela lui donne un coup de fouet salutaire, mais temporaire... En 2021, rebelote ! Des crises d’angoisse se mettent à la frapper jusque dans la rue. Des envies suicidaires la visitent souvent. « J’étais au bout du bout du bout. J’avais trop tiré sur la corde... Il fallait que quelque chose change. »
L’angoisse de la première prise...
En novembre 2021, l’entrepreneuse genevoise, aujourd’hui active dans l’IA, apprend l’existence des psychothérapies assistées par psychédéliques en écoutant la RTS. Elle qui ne boit pas et n’a jamais pris de drogue est « interpellée mais méfiante ». Quatre mois durant, elle avale tous les articles scientifiques sur le sujet « pour comprendre, notamment la différence entre drogues et psychédéliques ». Son cas est si sérieux qu’elle entre dans les critères de l’OFSP pour suivre une PAP (psychothérapie assistée par psychédéliques).
