François Isabel

Ni dieu, ni maître, nicotine & nirvana

  • La tour à la case départ
    https://www.lemoniteur.fr/chantiers/la-tour-a-la-case-depart.CWRYZH6U25KMTN7BDQYZV2MYFY.html

    Comme un symbole. Dimanche 26 juillet, des morceaux de vitres sont tombés – notamment – du 20 e étage de la tour Montparnasse, provoquant l’effroi des passants et le blocage du quartier. Vidé de ses occupants, l’édifice part en lambeaux au moment même où son projet de rénovation craque de toutes parts. Quelques jours avant, l’AG de la copropriété avait en effet porté un méchant coup de canif à cette initiative qui remonte à dix ans. En toile de fond, des inimitiés, des gros sous et une facture qui augmente. Décidément infernale, la tour offre un scénario explosif, à défaut d’être inédit.

    S’il fallait tout reprendre à zéro, cet échec illustrerait les immenses difficultés que posent les rénovations de copropriétés. L’extrême lourdeur des procédures, l’interminable longueur des discussions, mais surtout la cruelle divergence d’intérêts entre bailleurs et occupants… Tout cela plombe les bonnes intentions. Ici, c’est bien l’impossible rentabilité de son activité de foncière qui a conduit le plus gros des copropriétaires à annoncer vouloir jeter l’éponge.

    C’est collectivement qu’il faut trouver les voies de la régénération.

    Comme bon nombre d’IGH des années 1960-1970, la tour Montparnasse nécessite d’énormes investissements pour être remise au goût du jour. Probablement plus que tout autre, elle possède un rayonnement qui dépasse de loin les invités à l’AG. Détestée autant que vénérée, elle fait partie du patrimoine commun de la capitale dont elle scande la skyline depuis un demisiècle. Avec elle, on comprend que ces grands ouvrages, en dépit de leur indéniable caractère privé, possèdent une monumentale responsabilité urbaine.

    C’est donc collectivement qu’il faut trouver les voies de la régénération. Si des discussions reprennent au sein de la copropriété en vue de lancer les travaux, l’implication du maire de Paris – afin de sauver un projet marqué du sceau de sa prédécesseure – témoigne de cette porosité entre propriété privée et intérêt général. D’autant plus qu’il y a urgence : le permis de construire tombera lui-même de très haut si le chantier n’est pas programmé d’ici fin novembre. Un épilogue catastrophe qui exposerait la capitale à un héritage dont elle se passerait bien : l’une des friches les plus hautes du monde.