La « loi » de Brandolini était une blague. Les dégâts produits sont bien réels
Une plaisanterie érigée en argument d’autorité. La citer au premier degré devrait être le signe d’une méconnaissance des mécanismes de la propagande et d’un aveuglement face aux rapports de domination qui structurent les désordres informationnels. Les concepts inspirent des outils ; ceux qui se réclament de cette prétendue « loi » reproduisent déjà ses impensés.
Ce serait bien que les gens arrêtent de citer la « loi de Brandolini » au premier degré. D’abord parce que ce n’est pas une loi. Alberto Brandolini, programmeur italien qui en est le concepteur, n’a jamais produit de démonstration scientifique établissant que « la quantité d’énergie nécessaire pour réfuter des idioties est supérieure d’un ordre de grandeur à celle nécessaire pour les produire ». Et ce n’était pas le but. Cette phrase est issue d’un commentaire publié sur les réseaux sociaux à la suite d’une conférence consacrée à la politique italienne. C’est à l’écoute d’une interview de Silvio Berlusconi, qui enchaînait les contre-vérités sans aucune contradiction, que cette idée lui est venue. Mais Brandolini lui-même l’a présentée comme une boutade. Pas comme une théorie. Encore moins comme une loi. Une saillie suffisamment heureuse pour être reprise, répétée, puis progressivement transformée en vérité scientifique, sans aucun recul, dans des espaces largement masculins de l’univers du fact-checking.
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