Comment Israël mène la guerre de l’information, entre « incrimination rétrospective », censure et manipulation des IA
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Cette source raconte la démarche : « Après une telle attaque, le porte-parole de Tsahal [l’armée israélienne] cherche à lier les personnes tuées ou blessées au Hamas. C’est ce qu’ils essaient de faire au départ, car s’il était possible d’affirmer que les personnes tuées étaient des terroristes du Hamas, nous paraîtrions sous un meilleur jour aux yeux du monde. Ce processus est appelé l’incrimination rétrospective », explique le militaire. L’objectif est de renvoyer la responsabilité vers l’ennemi et de diluer l’impact des images. « S’il existe le moindre renseignement, même un lien très faible avec le Hamas, nous pouvons dire qu’il s’agit d’un terroriste du Hamas », insiste-t-il.
Une méthodologie répétée
Les preuves peuvent être minimes sinon inexistantes. Cela a été le cas pour la caméra de l’hôpital Nasser : « Nous n’avons pas pu faire passer le journaliste équipé de sa caméra pour un terroriste et nous n’avons pas pu le lier à une organisation terroriste », constate la source. Cet épisode l’a convaincu de témoigner : « J’ai décidé de briser le silence après cette attaque, parce que j’ai compris que Tsahal visait des journalistes. Ils qualifiaient cela de menace tactique, d’objectif militaire, mais au bout du compte, ce sont des journalistes. »
Résultat de l’incrimination a posteriori : le lendemain des frappes, l’armée annonce que six des victimes des tirs étaient des « terroristes du Hamas », alors même que l’attaque, telle qu’elle avait été planifiée par la brigade Golani, puis validée par le commandement sud (région autour de Gaza), visait uniquement une caméra. En parallèle, l’état-major justifie la décision en accusant le Hamas : « L’ennemi mène une collecte de renseignement visuel étendue et clandestine, tout en exploitant cyniquement des sites sensibles et des infrastructures civiles, telles que l’hôpital Nasser, depuis lesquels il conduit des activités terroristes contre les troupes de Tsahal », indique le communiqué officiel.

