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« vivere vuol dire essere partigiani » Antonio Gramsci

  • Le frigo, l’euro et le plan B | Frédéric Lordon
    https://blog.mondediplo.net/le-frigo-l-euro-et-le-plan-b

    Ça commence avec une histoire de frigo. Ça se poursuit avec un fumet de plan B. Question : comment passe-t-on de l’un à l’autre ?

    D’abord l’électroménager — et résumé des épisodes précédents. Jean-Luc Mélenchon voit ce que tout le monde peut voir : le Système européen de banques centrales (SEBC) détient 20 % de la dette publique française ; rien n’est plus simple que de les annuler : il y suffit d’un trait de plume — plus précisément un acte de création monétaire (c’est pareil). Et c’est toujours ça de moins. Attention tout de même à bien lire les métaphores électroménagères : le « frigo » de la tribune des économistes ne parle que de « mettre de côté », c’est-à-dire de simplement retirer des titres publics de la circulation des marchés secondaires où ils contribuent ordinairement au pouvoir normatif et disciplinaire des investisseurs. Les nouvelles émissions n’en continueraient pas moins d’en enregistrer les verdicts — avec leurs conséquences sur les taux d’intérêt. Parler d’annulation, ce que ne fait d’ailleurs pas la tribune, est une autre affaire. La preuve, on change de rayon : non plus le frigo mais l’incinérateur...

    • À part les expériences de papier, il y a les processus réels. On ne sait jamais très bien comment ils vont s’orienter, mais on sait qu’il faut désormais y compter ceci : que l’histoire pourrait bien apporter sa remarquable contribution à la bifurcation. En général quand l’histoire « contribue », elle ne fait pas les choses à moitié. L’histoire ici, c’est l’énorme crise, financière et économique, qui s’annonce. Une énorme crise économique et financière, nécessairement prolongée en crise politique de mêmes proportions, produit un dégagement d’énergie politique qui aide à faire ce qu’on peut moins bien faire sans. Fin mars 2026, alors que la guerre contre l’Iran a déjà un mois derrière elle, Zanny Minton-Beddoes, rédactrice en chef de The Economist, interviewe Christine Lagarde, présidente de la BCE. Dès ce moment, celle-ci voit l’accumulation des périls : les fragilités du système financier, notamment dans le secteur du private credit, les effets de l’IA, évidemment les conséquences de la guerre, et mesure comme elle doit l’être la toxicité du cocktail. Bref : Christine Lagarde est inquiète — elle a raison. Zanny n’est pas loin de partager ses inquiétudes, qu’elle ne manque cependant pas de lui exprimer dans cette langue néolibérale consternante d’inanité politique : toutes ces difficultés ne risquent-elles pas d’alimenter les « populismes nationalistes », au risque d’instabilités politiques qui se termineraient dans l’euro rendu « ingouvernable » ? Dès le début Christine Lagarde a compris où la question l’entraînait. On attend maintenant sa réponse. Long silence. « Je ne sais pas ». De nouveau un silence. « Je passe ».

      Si ça n’est pas de la fenêtre historique, ça !

    • On pourrait aussi intituler cet exposé « les eaux glacées du calcul égoïste de l’#ordolibéralisme »

      #Euro #dette #panique_morale #outils_coercitifs (du capitalisme globalisé et financiarisé)

      Et comme je ne peux me libérer de cette perversité de l’exégèse marxienne, je vous livre ce petit article qui résume bien la situation très préoccupante dans laquelle le genre humain se trouve englué :
      https://esprit.presse.fr/article/vioulac-jean/les-eaux-glacees-du-calcul-egoiste-37781

    • PECCAMINEUX, PECCAMINEUSE \pe.ka.mi.nø\ adjectif
      https://www.cnrtl.fr/definition/peccamineux

      RELIGION

      A. —[En parlant d’un inanimé] Qui est de l’ordre du péché ; relatif au péché. Synon. coupable, répréhensible. Acte peccamineux ; pensée peccamineuse. Le mot hystérie ne résout rien (...). Quels sont les tenants et les aboutissants de cette maladie peccamineuse (Huysmans, À rebours , 1903, préf. p.XI). Souffrir pour un bien supérieur un détriment dans sa propre personne, ou dans ce que l’on aime, n’est pas peccamineux, mais méritoire. Si le supérieur prescrit un acte défendu par Dieu, alors, oui, obéir serait un péché (Maritain, Primauté spirit., 1927, p.64).

      B. —Rare.[En parlant d’une pers.] Qui est enclin à pécher, capable de faire le mal. Synon. peccable (théol.), faillible, fautif (vx) ; anton. impeccable (théol). Suspecte et peccamineuse, ma grand-mère, toujours au bord de faillir, était retenue par le bras des anges, par le pouvoir d’un mot (Sartre, Mots, 1964, p.25).
      -- [P. méton.] Nature peccamineuse de l’homme. Dans cette oeuvre (...) le moi de Renan (...) domine, un moi dont la rêverie prétend s’intégrer à l’âme du cosmos, transcender sa condition peccamineuse (Massis, Jugements, 1923, p.92).

    • « La dette sans tabou »
      https://blogs.mediapart.fr/jean-luc-melenchon/blog/040926/la-dette-sans-tabou

      Il n’est pas courant de voir le président de la banque centrale allemande répondre à un candidat à l’élection présidentielle en France. C’est pourtant ce qu’a fait Joachim Nagel le 2 septembre, en disant son opposition à la proposition insoumise de « congeler » la part de la dette publique française et européenne détenue par la BCE.

      Ce n’est pas neuf. Tout le monde le sait : sur la question de la dette et de la politique de la BCE, le débat a lieu essentiellement entre les pays latins de la zone euro et l’Allemagne. On a fait entrer le banquier central allemand dans la discussion ? Tant mieux. Car cet homme est par ailleurs, parait-il, candidat pour remplacer Christine Lagarde en 2027 à la tête de la BCE. Il est donc utile de savoir à l’avance sa doctrine.

      Je vais sur le fond. L’argument de M. Nagel contre le frigo (ou le feu) pour la dette publique auprès de la BCE est que cela serait contraire à la lettre de l’article 123 du traité de fonctionnement de l’Union européenne. J’affirme que c’est faux. Cet article interdit en effet à la banque centrale européenne de prêter directement aux Etats. Raison pour laquelle elle ne l’a jamais fait. Mais à partir de 2015, elle a en revanche racheté à des créanciers privés des titres de dettes qu’ils détenaient après avoir prêté à des États de la zone euro. Cette manière de faire a été reconnue comme conforme au droit européen par la cour de justice européenne en 2018 en réponse aux plaignants allemands.

      Heureusement ! Le rachat de 4000 milliards de titres de dettes de la BCE aux banques privées a permis de surmonter les crises de 2015 et 2020 en Europe sans dégénérer en récession généralisée. Donc la Cour européenne a déjà validé une interprétation de l’article 123 qui limite la définition du « financement monétaire » des États par le banquier central au seul prêt direct. De plus, je récuse encore l’argument en rappelant que ce fameux article ne précise pas ce que la BCE a le droit de faire ou de ne pas faire avec des titres de dettes déjà dans ses coffres. Ni la congélation ni la mise au feu ne sont donc interdites. L’argument juridique avancé par le président de la Bundesbank ne tient pas.

      En réalité, le fond de son argument est idéologique. C’est encore un croyant dans l’ordolibéralisme. Ainsi quand on lui fait remarquer que l’augmentation des taux qu’il appelle de ses vœux risque de ralentir une économie européenne déjà au bord de la récession, il répond un laconique : « Notre mandat est d’assurer la stabilité des prix. » Les réponses toutes faites typiques de ceux pour qui les doctrines politico-économiques se figent en foi religieuse inébranlable. Mais cette indifférence à la maltraitance financière lui vient de ses lunettes des années 1990 et 2000. La situation de l’Allemagne à présent est très différente.

      Les taux d’intérêt montent pour tout le monde. Le cas de la France n’est pas isolé. D’ailleurs, sur un an, le taux d’intérêt de la dette allemande a augmenté autant que celui de la dette française. Il y a donc un intérêt commun à trouver une méthode pour se protéger de la hausse des taux et les faire baisser. La congélation de la dette détenue par la banque centrale en est une évidente puisqu’elle allègerait l’État allemand du poids de devoir refinancer auprès des marchés un quart de sa dette et l’État français d’un cinquième de la sienne. Nous éviterions alors le déclenchement d’un effet « boule de neige » qui arrive lorsqu’un pays doit réemprunter pour faire rouler sa dette à un taux de plus en plus élevé. Les marges de manœuvre ainsi gagnées et le danger d’un emballement de la dette ainsi écarté, les taux d’intérêt devraient logiquement baisser.

      Le pays qui a le plus besoin de cette opération en Europe est l’Allemagne. Car en 2026, c’est elle qui va emprunter les plus gros montants sur les marchés financiers. La raison ? Berlin doit faire face à un mur d’investissements repoussé stupidement depuis un quart de siècle. Il y a en Allemagne 4000 ponts à réparer d’urgence. 48 % des aiguillages ferroviaires à changer, comme 42 % des passages à niveau et 23 % des voies ferrées Les communes allemandes estiment devoir investir 68,9 milliards d’euros dans les écoles et 53,7 milliards dans les routes. La couverture en fibre n’atteint que 36 % des foyers allemands contre 90 % en France. Bref, l’Allemagne n’a plus le choix : elle doit rouvrir le robinet des investissements publics. D’autant plus qu’elle a décidé en même temps et unilatéralement de se réarmer massivement pour devenir la première armée conventionnelle d’Europe. Un projet hautement contestable à mes yeux, moins pour ses implications budgétaires que pour ses conséquences géopolitiques plus que discutables.

      Une discussion constructive sera donc possible en Europe, y compris avec une Allemagne incitée au réalisme. La France peut rallier à sa cause l’Italie, l’Espagne, la Grèce et la Belgique qui ont aussi un ratio dette/PIB supérieur à 100 %. Ce groupe de pays représente avec nous 50 % de la richesse de la zone euro. Mais aussi 57 % de la population. Il y a un intérêt majoritaire en Europe pour nous sortir du chantage à la dette que font peser les marchés financiers. La congélation ou l’annulation de la dette publique détenue par la banque centrale est une solution rationnelle et pragmatique pour donner des marges de manœuvre aux budgets nationaux à l’heure où l’exigence d’investissements écologiques s’impose. Le dogmatisme borné du banquier central allemand pourrait craquer devant une autre réalité.

      Il existe en Europe depuis 2012 un mécanisme européen de stabilité qui rend les nations solidaires face au défaut de l’une d’entre elles. Si la Grèce avait craqué lors de sa crise, les Allemands auraient dû payer 65 milliards d’euros et les Français 45 ! Avec la montée actuelle des taux, qui craquera ? Et quand va déferler la crise financière issue de la folie des investissements sur l’IA ou de la crise de la dette des USA ? J’ai confiance. Le moment venu, après l’élection de 2027 si je suis élu, la proposition française aura davantage de partisans qu’il n’y parait aujourd’hui. L’économie n’est ni une religion dogmatique ni une simple comptabilité. C’est de la politique et des rapports sociaux. Les Allemands le savent bien, eux qui ont été sauvés en 1953 par une annulation totale de leur dette d’État.

      Pour l’instant, le seul résultat politique de la politique absurde des Joachim Nagel est d’avoir fait revenir l’extrême droite aux portes du pouvoir outre-Rhin. La soumission des peuples aux marchés financiers conduit au chaos.

      Jean-Luc Mélenchon