Sombre

The point, as Marx saw it, is that dreams never come true. (Hannah Arendt)

  • Pour un chômage assumé et autogéré ; de quoi faire bondir les requins capitalistes et les chiches-faces du Parti de Solférino
    les pensées doubles de Caleb » Archives du Blog » Nous vaincrons le travail, vive le chômage !
    http://calebirri.unblog.fr/2013/05/08/nous-vaincrons-le-travail-vive-le-chomage

    C’est ainsi que les pays dits « développés » en arrivent à des absurdités à la fois économiques et politiques comme celles que nous constatons aujourd’hui : ne pouvant décemment pas se résoudre à un changement de paradigme pourtant nécessaire et plutôt que d’engager des politiques de relance (déjà que nous gardons dans l’emploi de nombreux postes rendus inutiles dans de nombreuses administrations ou services publics pour ne pas augmenter le nombre de chômeurs), nos gouvernants préfèrent se soumettre à une politique d’austérité destinée à faire baisser le « coût du travail » (les salaires) ; évitant ainsi d’avoir à faire évoluer la technique qui accentuerait le chômage de masse. Déjà qu’il n’y a pas de travail pour tout le monde ! En définitive l’homme n’est un « outil » plus rentable que la machine que lorsqu’il travaille pour rien : l’esclavage est le seul idéal qui permet le plein emploi. A part peut-être la guerre ou une catastrophe naturelle de grande ampleur, une épidémie meurtrière ou que sais-je encore, la situation ne s’améliorera pas ; mais qui peut souhaiter ce genre « d’améliorations » ?

    Une logique poussée jusqu’à l’absurde et pourtant ...

    • Si nous cessions de viser la rentabilité nous comprendrions que le futur de l’homme est de se séparer de la contrainte du travail plutôt que de la désirer, avec des durées hebdomadaires allant sans cesse se réduisant, pour avoir plus de loisirs : « notre société sera une société de loisirs ou ne sera pas », disait un professeur d’économie que j’ai connu. Il avait raison : nous sommes condamnés à travailler de moins en moins. Pourquoi ne pas en faire un objectif avouable et positif , et se réjouir que même le cynisme et le calcul des capitalistes ne suffit pas à empêcher cette inéluctabilité ?

      Sauf que le loisir, dans la culture individualiste et intellectuellement paresseuse dans laquelle nous baignons, ça rime avec divertissement. Et le divertissement ce n’est qu’une aliénation qui nous maintient dans la passivité infantile. ça ne dure qu’un temps. Le divertissement c’est le travail disait Pascal.

      L’humain est fait pour « travailler » c’est à dire se sentir utile et vivre parmi les autres, seule façon de se détourner de la perspective effrayante de la solitude dans la mort.
      Pour le capitaliste, tout le monde doit aussi travailler, car l’humain qui ne travaille pas va consommer plus de richesses qu’il n’en produit pour vivre, il détruit des richesses. Or le capitaliste ne supporte pas que des richesses lui échappent, ce gâchis, c’est une faille dans sa domination.
      D’où le consensus pour dire que le chômage c’est mal, mais dans les faits le capitaliste l’accepte. Tant que le chômeur est à peu près neutralisé, le capitaliste tolère qu’ils restent massivement sur le bas côté. C’est mieux que de les avoir en travers chez les actifs, car ça plomberait encore plus la rentabilité de l’activité humaine résiduelle.. Tant que les chômeurs vivent dans la culpabilité et se cachent, ça marche, mais ça ne durera pas éternellement... Sans sentiment d’utilité, l’humain dépérit...

      Qu’on parle de travail ou autre, c’est le concept d’utilité qui est à réinventer. La révolution techno-industrielle arrivée à saturation, notre moteur de désir devient atone. Ce moteur c’était notre appétit d’opulence matérielle. C’est fini, on a fait le tour. Plus aucun objet ne peut plus vraiment nous faire rêver, nous stimuler. On a beau s’inventer des pénuries, tout est trop accessible. Bien entendu l’hyper-consommation a encore de beaux jours devant elle, l’addiction est bien entretenue, mais l’instabilité va devenir non-maîtrisable..
      Trouver une autre utilité, une autre notion de la valeur ajoutée, de nouveaux réflexes qui se substituent à nos réflexes de possession matérielle, c’est pas si difficile. Et puis bon pour ceux qui qui sèchent, ce n’est qu’une question de temps. La décroissance va s’imposer et ne nous laissera plus le choix de notre épanouissement. Va falloir qu’on substitue le plaisir de l’abondance au plaisir de la frugalité...

    • ou au plaisir de partager nos biens, nos savoirs, notre temps sans systématiquement quantifier notre « valeur participative » en unités monétaires. Je suis plutôt sur la même longueur d’onde que toi dans tout ton commentaire.

    • sans systématiquement quantifier notre « valeur participative » en unités monétaires.

      Je dirais "sans vouloir que notre « valeur participative » se traduise en valeur monétaire directement convertible pour en jouir individuellement". Car je crois que tout effort de quantification est toujours utile pour évaluer la pertinence de nos actes.
      Et je pense qu’avant de pouvoir passer à la forfaitisation, on besoin de faire des comptes d’épicier pour intégrer un peu ne pas occulter les aspects essentielles de notre implication dans l’échange.
      Avant de dire « quand on aime on ne compte pas », je crois qu’il faut passer par la case « les bons comptes font les bons amis ».

      Le problème de la quantification en général, c’est que bien souvent on ne fait pas cette quantification par rapport aux bienfaits pour nous-mêmes (c’est à dire pour soi-même ET la collectivité) mais au travers de la valeur de marché. Si cette quantification est le seul critère d’action, ce n’est pas la pertinence de nos actes par rapport à nos besoins qui est évaluée, mais la pertinence par rapport à ce que décrète « le marché », c’est à dire la foule, au comportement souvent plus qu’irrationnel et, dans le monde capitaliste, rarement vertueux..

      Pour ma part je n’adhère donc pas vraiment à priori à la #critique_de_la_valeur, si j’en ai bien compris la philosophie, au sens d’après moi où il est préférable pour chaque individu de bien connaitre ses propres besoins, donc de pouvoir les identifier, les caractériser, donc les quantifier les évaluer pour effectuer des échanges pertinents.
      Autant je suis d’accord pour rejeter la valeur de marché en tant que telle quand c’est notre seul guide, quand cela se substituerait à notre libre-arbitre, autant je ne la rejette pas en bloc.

      La valeur de marché est un paramètre à prendre en compte dans cette évaluation, car elle peut souvent être utile. S’en passer serait comme jeter un thermomètre en affirmant qu’il n’est pas fiable dans certaines conditions, en plein soleil ou en plein vent.

      Pour moi le problème ce n’est pas la valeur en général, mais l’usage qu’on en fait quand on a le cerveau polarisé sur l’obsession du profit égocentrique.
      Le problème, c’est de penser qu’un échange est bon s’il se fait à mon profit, sans se préoccuper du sort des autres. Et en cela la valeur est nocive car cela devient une fascination en tant que telle qui nous aveugle sur le sort des autres, au point de nous faire adopter des comportements de prédateurs décomplexés et/ou d’autoflagellateurs, quand nos pulsions de consommation se révèlent une prédation contre nous-mêmes ..