• Arthur Vernon : « Les relations sexuelles d’un vieux couple relèvent de l’inceste »
    http://ragemag.fr/arthur-vernon-relations-sexuelles-vieux-couple-inceste

    C’est pour ça que je persiste à dire, même si ça fait hurler certains, qu’au bout d’un moment, si les gens arrêtaient de se voiler la face et ne regardaient que la biologie, les relations sexuelles entre un homme et une femme qui vivent ensemble depuis des années et des années, ça relève, d’un point de vue du concept, de l’inceste.

    Tout ça, ce sont des informations scientifiques ultra récentes, donc je comprends qu’elles ne puissent pas être intégrées tout de suite. Mais maintenant qu’on a les infos, allons-y ! Il faut sublimer ces choses-là, les expliquer. Parce qu’aujourd’hui, quand le désir sexuel s’estompe dans le couple, les gens vont culpabiliser et se dire : « C’est de ma faute » ; ou alors : « C’est l’autre, il a changé ». Alors que non, c’est normal.

    • Réflexions intéressantes, ça c’est sûr

      D’autres explications que la science expliquent-elles la norme de l’exclusivité sexuelle ?

      Oui, la culture : le romantisme a contribué à magnifier cette exclusivité, cette appartenance à l’autre, en en faisant quelque chose d’extrêmement beau. Tellement beau que tout le monde s’est mis à le rechercher. Il y a aussi la fameuse culture du conte de fée. « Et ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. » Tout le cheminement de ma pièce consiste à changer ces références culturelles et à faire quelque chose d’esthétique, pour mon montrer qu’on peut faire parler de sexualité, sans que ce soit moche. Aujourd’hui, l’image de la sexualité, ce n’est quand même pas glorieux. Elle a mauvaise presse.

      La norme de l’exclusivité sexuelle reste en place pour d’autres raisons il me semble, car elle convient à divers courants de pensées :
      – la pensée religieuse, prônant la loi naturelle du couple reproducteur, le don de soi et l’abnégation à vie pour un ordre divin
      – la pensée égalitariste, qui du coup exclue toute forme de polygamie, source d’asymétries donc d’inégalités (et bien entendu de domination)
      – la pensée « patrimoniale », matérialiste-consumériste, le « lopin de terre » auquel a droit tout individu pour sa propre sécurité, sa propre consommation, sa propre jouissance, quitte à accepter en échange d’être lui aussi la propriété réciproque de son partenaire. Je te tiens, tu me tiens, par la barbichette, jusqu’à ce que la mort nous sépare, mais au moins j’ai une possession garantie, un contrat à durée indéterminée. L’exclusivité, c’est une garantie, au prix du renoncement à sa propre liberté.

      Ce qui a détruit le théorie des années 68, c’est davantage la drogue que le sexe. Et cette consommation effrénée de sexe a été faite sans aucune culture du désir, sans aucun érotisme. Moi, je veux juste enlever des barrières sociales qui existent. Je ne suis pas dans la recherche de la consommation de la sexualité, mais dans celle de vivre ses désirs à son rythme. Il y a eu un sondage récemment : 75 % des Français se déclarent insatisfaits de leur vie sexuelle. Et aujourd’hui, avec la règle qu’on a, c’est normal.

      Drogue, donc consumérisme, prédation, et ça me fait penser à la question de la pornographie, entre libération sexuelle et prostitution
      http://seenthis.net/messages/140977
      D’ailleurs en parlant de consumérisme, qu’est-ce que l’échangisme tel qu’il se banalise via le web en particulier, si ce n’est une sexualité quasi-prostitutive basée sur le troc de proximité, façon « le bon coin », on s’échange pour consommer du plaisir sexuel ? Une évolution de « bon sens » pour échapper au système marchand, mais où le sexe est entièrement désacralisé, désérotisé, comme n’importe quelle autre activité restant tout à fait compatible avec le schéma du couple monogame exclusif ?