• Du mythe républicain à la réalité de l’exploitation : quand le statut social de vos ancêtres sur deux siècles semble être le meilleur déterminant du vôtre :

    il s’est intéressé dans une étude exhaustive à la répartition des noms de famille dans les différentes couches sociales en Angleterre depuis 1800. Et sa conclusion est sans appel : de 70 à 80% des statuts sociaux familiaux sont transmis de génération à génération sur plusieurs siècles.

    Ces études font donc ressortir un constat lapidaire pour les idéaux méritocratiques : que l’on regarde sur deux générations ou sur deux siècles, la réussite sociale est rarement le fruit du seul travail individuel... et encore moins du hasard.

    http://www.atlantico.fr/decryptage/et-c-etait-reussite-sociale-vos-grands-parents-qui-predestinait-votre%C2%A

    • En théorie du moins, on pouvait honnêtement croire depuis Keynes à l’érosion du capital par l’augmentation de la masse monétaire corrollaire de l’extension de la sphère publique.

      Force est de constater que, malheureusement, pendant que ces inadaptés de l’économie de marché que sont les intellectuels pensent, l’élite ne se tourne pas les pouces et continue d’oeuvrer à sa propre reproduction, au point d’avoir organisé la république en fonction de ses besoins : professionnalisée.

      Et si on en revenait, enfin, après un siècle d’aveuglement, de déni et d’intellectualisme stérile, à la lutte des classes ? Quand ton patronyme détermine plus sûrement que quoi que ce soit d’autre ton destin dans l’hypocrite république, à quoi bon vivre si ce n’est que pour subir ?

    • Je suis née dans la lutte des classes, avec une grand-mère fachotte à force de rancœur contre les gros qui exploitent les petits. Elle n’était pas très fine en analyse politique, la Mémé, mais elle avait compris l’essentiel : les riches possèdent et donc dirigent tout et ils se reproduisent entre eux pour que ça dure.
      Elle était bien placée pour le savoir, elle qui avait été presque reniée par sa famille pour avoir mis au monde le bâtard de son patron. Personne n’avait seulement osé penser que la petite bonniche avait été abusée par son maître, mais seulement qu’elle était une dévergondée...

    • Je pense aussi qu’on peut dire qu’il existe un capitalisme « immatériel » celui qui consiste à transmettre une ambition éducative, des exemples de réussite, une identification à ses ascendants. Une sorte de pression sociale, on veut faire « aussi bien que » au minimum, on suit des exemples connus.
      Ensuite, le fait de suivre ou rejeter la voie tracée par ses propres parents me semble plus relever de la psychologie que de la sociologie...

      Atlantico : Les études menées par les universités d’Oxford et de Durham démontrent - surtout chez les hommes - que la position sociale des grands-parents a statistiquement plus de chance d’influencer le destin professionnel (positivement ou négativement) d’une personne que la position de ses parents. Ce résultat vous semble-t-il crédible ? Vous surprend-il et comment l’expliqueriez-vous ?

      Denis Monneuse : Cette étude repose sur un échantillon de plus de 17 000 personnes, le résultat est donc significatif. Une croyance populaire depuis le XIXe siècle veut qu’il existe une « loi des trois générations » : la première crée, la deuxième développe et la troisième dilapide. Cette étude prouve une nouvelle fois que cette loi n’est pas vérifiée ! On savait que la position sociale des grands-parents avait une influence sur les petits-enfants, mais pas qu’elle pouvait être supérieure à celle des parents. Ceci dit, l’enquête ne porte que sur des Britanniques. Il faudrait mener une recherche identique sur trois générations de Français pour voir si cette influence est aussi forte dans notre pays.

    • Tout à fait : on nomme ce capitalisme immatériel Culture. Il comprend l’ensemble des marqueurs sociaux, ceux qui permettent aux membres de l’élite de se reconnaître entre eux : maîtrise de la langue du maître, savoir-être, rhétorique, vision partisane de l’histoire et de son pendant moderne, l’économie, goûts alimentaires, interdits, tabous, moeurs, préférences esthétiques, sexuelles, préjugés discriminatoires, etc.

    • Force est de constater que, malheureusement, pendant que ces inadaptés de l’économie de marché que sont les intellectuels pensent, l’élite ne se tourne pas les pouces et continue d’oeuvrer à sa propre reproduction, au point d’avoir organisé la république en fonction de ses besoins : professionnalisée.

      Et si on en revenait, enfin, après un siècle d’aveuglement, de déni et d’intellectualisme stérile, à la lutte des classes ?

      Ce qui me frappe, dans ton raisonnement, c’est le schéma « eux », « nous », « conflit », « lutte », bref l’idée que tout doit passer par le rapport de force physique, alors que pour moi le bras de fer est avant tout intellectuel.
      Comme s’il n’était pas envisageable de tirer l’humanité vers le haut grâce à un travail plus pertinent des intellectuels (les intellectuels c’est aussi nous), en détricotant nos addictions idéologiques et comportementales, et en visant l’abolition des schémas de domination ?
      Les riches sont aussi bêtes que les autres. Ils sont aussi capables de comprendre eux aussi qu’on est dans l’impasse..

    • Je peux m’en expliquer :

      Non, les riches ne sont pas dans la même impasse que les travailleurs. Les capitalistes ont leurs dictons, dont celui-ci : « Quand les gros maigrissent, les maigres meurent. ». Cent famine en Afrique n’ont rien changé, ne changeront rien : encore aujourd’hui, on prétend interdire aux brésiliens de déforester l’Amazonie et la mettre en culture pour se nourrir, pour que les meilleurs européens prennent durablement l’avion pour aller faire du surf.

      Il est peut-être possible de tirer l’humanité par le haut, mais pas avec des intellectuels professionnels, donc, matérialistes, donc, inféodés au Capital. Peut-être avec un revenu universel verrait-on émerger une classe intellectuelle libre, et c’est sans doute la raison pour laquelle le Capital s’oppose à un tel revenu. Donc, simplifions, cette voie est une impasse car le Capital sait comment la contrer.

      La seule chose à laquelle la classe parasite n’a pas de réponse est le nombre : elle est par définition minoritaire. Elle a beau rendre les pauvres obèses, idiots, envieux, malades et matérialistes, son effectif rétrécit au fur et à mesure de son succès car sa raison d’être est précisément d’être une élite, expulsant de ses rangs les surnuméraires à la première opportunité.

      Tant que l’élite pourra librement arpenter la terre sans craindre pour sa propre existence, l’exploitation durera.

    • Je suis d’accord avec tout ça, et ça me permet de mieux voir en quoi l’effort intellectuel devra porter ses fruits.

      Tant que l’élite pourra librement arpenter la terre sans craindre pour sa propre existence, l’exploitation durera.

      Des riches qui se sont fait trancher la gorge au détour d’un chemin, ça existe depuis des millénaires, et ça n’a jamais fait trembler les riches qui ont toujours su exploiter cela pour rester forts. Chaque époque a ses chateaux-forts et ses gueux qui se cassent les dents sur des murailles.

      La pression sociale par contre, le sentiment de honte que tout humain éprouve quand son comportement minable apparait au grand jour, ça, c’est assez puissant pour neutraliser tous les chateaux forts. Et ça c’est un travail intellectuel de mettre au grand jour ce qui est minable dans nos comportements, nos dominations, nos privilèges, notre servilité et nos petites manipulations...

    • Ils sont décomplexés, car les normes sociales qu’ils ont définies eux-mêmes (via le corpus idéologique du néolibéralisme) leur permettent de l’être. Si le vent tourne, ils se plieront à la pression sociale. Le jour où rouler en Ferrari sera perçu comme un comportement de ploucs, ils renonceront à leur Ferrari.
      J’ai la conviction qu’un humain (dans sa version actuelle homo infantilis ) est plus sensible au jugement de ses pairs qu’à ses pulsions matérialistes et cupides. Si aujourd’hui les riches se pissent dessus en s’ébattant dans ses pulsions matérialistes et cupides, c’est que le regard de leurs pairs les y encouragent...
      Sans contre-offensive idéologique de notre part, la lutte des classes ne ressemblera qu’à la simple mais vaine ambition de devenir calife à la place du calife..