Sombre

The point, as Marx saw it, is that dreams never come true. (Hannah Arendt)

  • Vive l’internationale protectionniste ! | Babordages
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    Ne crie pas, je vais tenter un parallèle douteux :

    « Je pense que la thèse de la démondialisation est réactionnaire. Le monde ne revient pas à l’envers. » Pascal Lamy, directeur général de l’OMC, juin 2013

    « Aujourd’hui, alors que l’économie est cent fois plus mondialisée qu’elle ne l’était à l’époque de Marx, il est inepte et réactionnaire de proposer un repli national et il est d’autant plus essentiel de défendre l’internationalisme prolétarien. » Lutte ouvrière, février 2012

    Je te précise tout de suite. Il est hors de question de renvoyer dos à dos les libéraux et une partie de la gauche radicale. Il s’agit juste de souligner qu’au nom de l’internationalisme, peut être justifiée une des raisons profondes des problèmes sociaux, du Nord comme du Sud.

    L’internationalisme peut non seulement cohabiter avec le protectionnisme, mais plus encore, il en est une condition, à court terme. Ne pars pas, je vais t´expliquer.

    Quelle différence y a-t-il entre un bon protectionniste et un mauvais protectionniste ? Quelqu’un pourrait-il m’éclairer parce que je ne suis pas très balaise en dialectique ?

    • Il y a le protectionnisme « égoïste » arôme nationaliste (Montebourg, en gros tirer son épingle du jeu et niquer les autres) et le protectionnisme « responsable » (lié à la souveraineté populaire qui doit primer sur l’économie : l’idée est qu’on ne produit et consomme qu’en fonction de nos besoins collectivement déterminés, au lieu de sa faire inonder par la merde des autres et tenter de les inonder de notre merde en retour dans un vaste merdier qu’on appelle marché (si possible « dérégulé », pour que ce soit encore plus visqueux..)

      Il ne faut pas (par mauvaise foi ou par paresse) confondre nationalisme et défense de la souveraineté populaire. La souveraineté est le nœud du problème. Sauf à attendre que les peuples du monde s’unissent et se révoltent en même temps pour renverser l’ordre libéral (je n’ai pas cette patience et les peuples sont trop occupés à être mis en compétition les uns contre les autres), la possibilité d’un renversement ne peut se former que dans un espace de souveraineté populaire, réel ou supposé.

    • Il y a aussi l’idée d’une « clause sociale » qui permettrait de donner des incitations financières à améliorer les droits des travailleurs — pour contrebalancer le jeu de la concurrence par les seuls prix, qui se fait au détriment de ces droits.

    • Certes, j’avais bien senti que le protectionniste égoïste façon US n’était qu’une arme de destruction massive comme les autres, qui, en faisant fluctuer le dollar au gré des ""Quantitative Easings" (facilités de caisse ?) permettent à leurs produits d’inonder le monde alors que la zone Euro se fait niquer. On a appelé tout ça « guerre économique » à une certaine époque (avant la monnaie unique/pensée unique). Maintenant, on parle de compétitivité, c’est moins brutal politiquement plus correct. On va tout de même pas continuer à « se faire la guerre », bordel !

      Aux antipodes de ceci, il y aurait un sain protectionnisme que l’on pourrait nommer coopération entre les peuples, ce qui présupposerait une révolution prolétarienne à l’échelle planétaire.

      J’illustre mon propos par un petit exemple.
      Prenons une marchandise comme la soie. Pourquoi pas ?
      Supposons que l’on réactive la production française comme au siècle dernier. Ce produit qui bénéficiera d’une aide de l’état sous forme de subventions ou niches fiscales aux entreprises pour améliorer le quotidien des ouvriers aura une valeur moyenne « Vm » . Ce même produit fabriqué en Chine avec une main d’oeuvre sous-payée, des machines antédiluviennes et des procédés peu élaborés reviendra obligatoirement moins cher et inondera les magasins français au détriment de la soie nationale qui plus est subventionnée par l’état qui n’est autre que l’émanation de la volonté populaire. Pour ne pas se laisser inonder, le vilain état français adepte du protectionnisme montébourgeois va donc taxer la soie chinoise pour ramener sa valeur à celle produite en France. On peut aisément déduire que le montant de la taxe en douane s’élèvera à Vm - Vchine.
      Mais les doctrines montébourgeoises ayant été remise en cause lors de la révolution prolétarienne de 2014, il a été décidé que ces taxes serviraient de fonds de soutien aux ouvriers chinois pour améliorer leurs conditions de travail et leurs salaires même si l’état chinois se cramponne encore à l’économie de marché.
      Imaginons maintenant que le Tadjikistan ait des velléités d’envahir le marché avec de la soie à bas prix mais produite en très petite quantité car de façon fort artisanale. Je vois très bien notre nation révolutionnaire dépêcher des importateurs auprès de l’état tadjik (à qui on ne la fera pas parce que, hein, la révolution prolétarienne, il sort d’en prendre) pour subventionner grâce aux taxes perçues sur l’importation de la soie chinoise la production locale en permettant aux petits artisans du coin d’améliorer l’ordinaire.

      Conclusion : nous aurions désormais dans nos boutiques trois sortes de soie :
      – la soie française au prix moyen et de bonne qualité
      – la soie chinoise un peu moins chère mais de moindre qualité car hein, faut pas rêver, les chinois n’ont pas encore suffisamment amélioré leurs procédés pour fabriquer l’équivalent français.
      – la soie tadjik beaucoup plus chère que la moyenne (grâce aux taxes perçues sur l’importation et aux subventions versées aux petits artisans locaux) avec un argumentaire de vente vantant ce produit fait artisanalement donc d’une qualité irréprochable grâce aux savoir-faire ancestraux transmis de génération en génération.

      N’y aurait-il pas un petit goût de « fair trade » dans toute cette tambouille ?
      En espérant que le bon exemple donné par le peuple français incite les autres peuples à mener leur révolution dans leur pays : ainsi plus besoin de taxes et autres tours de passe-passe pour donner de la valeur aux choses car cette révolution globale aurait pour premier effet d’abolir l’utilisation de l’argent.

    • @sombre : c’est exactement ma façon de voir. Les institutions des autres pays ne sont pas à notre niveau, tant au niveau social qu’environnemental ? Très bien, au lieu de les pénaliser par des taxes d’importations, reversons aux peuples en question le produit de ces taxes pour leur imposer une protection sociale et la mise en place de normes environnementales. Et s’ils ne jouent pas le jeu, on ne fait plus commerce avec eux.
      Cela me semble possible techniquement. Passons la TVA à 2000%, et créons des niches pour les produits respectant les normes sociales et environnementales qu’on définit dans un cahier des charges, sans se préoccuper du lieu de fabrication. je ne vois pas comment c’est juridiquement attaquable (sauf bien sûr par la mauvaise foi des troupes d’avocats d’affaires qui pullulent à l’OMC)..

      « On ne peut pas exploiter toute la misère du monde », pourrait-on dire..