Pierre Coutil

de celles et ceux qui marchent avec… (enfin qu’essayent).

  • Quand Petite Poucette écrit (Le Café Pédagogique)
    http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2013/06/19062013Article635072261688668540.aspx

    L’étude confirme combien l’écrit occupe une place centrale dans la vie quotidienne des adolescents. SMS, messageries instantanées, réseaux sociaux en sont les principaux vecteurs, mais il emprunte d’autres modalités : lettres, créations narratives, écrits fonctionnels du quotidien, citations ou poèmes recopiés, réflexions et notes personnelles via journal intime ou sur supports variés, y compris scolaires comme les cahiers et classeurs… […] Cette importance de la communication influe sur les manières d’écrire et produit de nouvelles conventions […] Sans doute, l’école aurait-elle tout intérêt à prendre conscience de cette appétence des adolescents pour l’écriture, y compris dans sa dimension fondamentalement relationnelle : à multiplier et diversifier les situations de production de textes, à leur donner un vrai destinataire, autrement dit à mettre en place des dispositifs d’écriture autres que le sempiternel « devoir » sur « copie »…

    […]

    L’étude montre encore combien les adolescents ont développé une forte adaptabilité, acquis une capacité à utiliser différentes variantes de la langue […] Les auteurs font d’ailleurs remarquer que le langage SMS lui-même est plus complexe qu’on ne le pense et obéit à des règles, « auxquelles on ne déroge pas impunément, sans risque de sanction sociale […]. Toutes ces constations donnent à penser qu’il une y a bien là une forte conscience des situations énonciatives et des codes linguistiques, une forme d’intelligence et de maîtrise de la langue plus subtile qu’on ne le croit. […]

    L’étude souligne enfin combien les adolescents, bien qu’ils ne soient pas brillants (ou peut-être parce qu’ils ne se le sont pas ?), ne font guère preuve de laxisme en matière d’orthographe. […] Les auteurs montrent en particulier combien les ados se révèlent « très conformistes lorsque l’on parle d’orthographe » […]

    Des aspirations à une vraie maitrise de la langue apparaissent aussi : les adolescents s’inventent des codes stricts, adhèrent fondamentalement aux normes scolaires, évoluent peu à peu dans leurs pratiques pour coller davantage à celles-ci. Il apparait dès lors que les pratiques d’écriture numérique de Petite Poucette ont développé chez elle une qualité essentielle : l’éducabilité.

    #éducation #TICE #écriture #langage #sms

    • 60 ados pour l’étude... Et venant d’où ?

      Dès qu’on émet des critiques sur tel fait de société qui ferait que des gens ou des choses sont moins biens qu’avant, on est « contre la modernité ». Rien que l’intro ne donne pas trop envie de lire la suite...

      ’fin bon, ce n’est pas ce que constatent mes parents profs en collège, et même pas dans des matières où on doit écrire long et compliqué : même en maths, les gosses arrivent de moins en moins à exprimer une idée logique, et sans fautes, et lisiblement. Et pourtant mon père est loin d’être un vieux con, il a toujours été l’un des premiers à utiliser l’ordi, internet, et toutes sortes de choses comme ça. Mais le constat est là, entre il y a 20 ans et aujourdhui...

    • Cher @rastapopoulos, une petite réponse sur le fond (après avoir rappelé qu’évidemment les articles que je seen ne représentent pas forcément le fond de ma pensée, et que même, en général, ce sont plutôt des petits cailloux posés pour tenter de baliser un chemin là où je n’ai pas encore vraiment pensé).

      Ceci étant dit, pour ce qui est des études, c’est évidemment toujours compliqué d’en évaluer la validité qu’il s’agisse de pédagogie, d’ondes électro-magnétiques ou de finance internationale. Néanmoins, il est vrai que la question « Et venant d’où ? » que tu poses est pertinente, la “Mélanie”, citée dans l’article, me paraît assez atypique. La question est d’autant plus pertinente que les capacités d’une élite formée (pas nécessairement à l’école) à articuler la complexité du monde peut cacher la désespérance du plus grand nombre aux habiletés trop lacunaires ou trop incertaines.

      Concrètement, je suis plutôt d’avis, comme tes parents, que « le niveau baisse ». Je le ressens plutôt intuitivement, sans parvenir à le penser vraiment.
      Néanmoins, je m’interroge sur ce fort ressenti qui est mien :
      – C’est peut-être une déformation professionnelle et/ou je suis peut-être en train de devenir un vieux con :)
      – Les études qui tendent à étayer ce fait sont contestables au même titre que cette étude-ci. Même une des études les plus "scientifiques" #PISA reste contestable. En outre, ses résultats sont souvent plus nuancés que les analyses lapidaires qui en sont faites dans la presse. Par exemple, le niveau de toutes les catégories d’élèves ne baissent pas uniformément. Donc, comment fonder scientifiquement que « le niveau baisse » ? [NB : En outre, il me semble que la baisse du niveau observée par PISA suit la mise en place des réformes antipédagos (De Robien, 2005).]
      – On aurait retrouvé, en Mésopotamie, des tablettes d’argile d’il y a 5000 ans qui disent que « le niveau baisse ». Donc, à moins de penser qu’on est en #Idiocracy depuis très longtemps, ce doit être plus compliqué que ça : il ne doit pas baisser partout (socialement, géographiquement), pour tout (domaines d’activités), tout le temps. Donc, même en supposant qu’on ait raison de dire que « le niveau baisse », il reste nécessaire malgré tout d’éclairer ce propos. Certains éléments de cette étude peuvent y participer.
      – De quoi l’antienne « le niveau baisse » est-il le nom ? Le poids démographique et sociologique du vieillissement de la population n’a pas de conséquences que dans les urnes. En 1968, les babyboomers pensaient qu’il fallait tout faire péter, que les écoles étaient des prisons inutiles, et que ceux qui n’avaient pas 20 ans étaient des vieux cons qui ne comprenaient rien. En 2018, les babyboomers pensent que tout part à vau-l’eau, que l’École n’est plus respectée, que ceux qui ont 20 ans ne savent rien. Au-delà de ce résumé caricatural, il me semble que certaines analyses ou visions reposent sur l’a priori qu’il n’y a plus rien à attendre de la jeunesse.
      Outre, sa dimension démographique, « le niveau baisse » a peut-être aussi une dimension sociale et politique.
      Sociale : peut-être est-il (inconsciemment ?) plus confortable d’accuser la #Génération_Y (ou Z ?) d’incompétences, plutôt que d’affronter le fait que les générations au pouvoir pratiquent socialement la politique de la terre brûlée (http://twitter.com/bwshevek/status/363746477039828993). Une sorte de prophétie autoréalisatrice.
      Cf. http://seenthis.net/messages/151162#message153806

      Ce type de raisonnement manque cruellement d’espérance pour la jeunesse française qui aurait surement besoin de plus d’exigence pour avoir envie de réussir.

      Politique, et là on rejoint certaines analyses de l’#agisme, où la construction sociale de « l’incompétence de la jeunesse » est le discours d’une oppression politique.
      Cf. http://seenthis.net/messages/163087

      En définissant les enfants par le manque et l’absence (de compétence des adultes), le discours sur l’innocence finit par rendre les enfants effectivement incapables, et sape l’exigence affirmée d’égalité des droits.

      – La question des #NTIC. Entre adultes technologiquement consentants, nous arrivons à produire des analyses nuancées de notre rapport ambigu et de l’apport ambivalent du numérique (cf. http://seenthis.net/messages/126477). Mais lorsqu’il s’agit des enfants, il semble acquis (cf. #TICE) que le niveau des #digital_native baisse : les jeunes d’aujourd’hui ne lisent plus et ne savent plus écrire. Il n’y a plus d’ambivalence. D’où l’intérêt peut-être de se confronter à des analyses qui réintroduise de la nuance.
      – Un chemin pédagogique doit être pragmatique : il ne peut être celui du déni (de ce que sont les conditions de l’apprentissage, des réalités socio-culturelles, de ses résultats et de son efficacité réelle, de ses empêchements, échecs ou impasses), il ne peut être celui de la déploration (« le niveau baisse », la nostalgie d’un passé réinventé). Une telle étude, avec ses limites, peut aussi peut-être éclairer le pédagogue sur les compétences et les représentations présentes (intelligence des différents niveaux de langues, compréhension de la nécessité de normes, et surtout goût de la production d’écrits autre que scolaire) qui pourraient éventuellement fondée une pratique professionnelle à (re)construire.